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Chemin de Stevenson : histoire d’une randonnée grandiose au cœur des Cévennes (PARTIE I)

En septembre 1878, Robert Louis Stevenson, qui n’a pas encore écrit ses célèbres romans fantastiques L’Ile au Trésor et Docteur Jekyll et Mr Hyde, traverse les Cévennes sur un âne pour oublier un chagrin d’amour et découvrir le pays des Camisards (ces révoltés protestants qui seront persécutés et résisteront aux troupes de Louis XIV pendant 3 ans au début du XVIIIème siècle).

De ce beau périple, il écrira un bouquin singulier : Voyage avec un âne dans les Cévennes, carnets de voyage et de réflexion relatant son aventure, et portail vers l’histoire de la région.

De ce beau périple, un sentier de Grande Randonnée va être créé à l’occasion du centenaire du voyage de Stevenson : le GR70, 272 kms du Puy-en-Velay à Alès, en passant par le Gévaudan, le Mont Lozère et les Cévennes.

A la fin septembre 2021, avec les copains Corentin et Raquel (sur la 1ère  moitié du voyage), nous partons faire une partie de ce GR en autonomie, sur les traces de l’écrivain.

Du mont Lozère, dont les couleurs de la fin d’été subliment ses paysages de landes de granite, de bruyère et de myrtilles, aux belles vallées cévenoles, royaume du châtaignier et des belles maisons aux toits de lauzes, un voyage inoubliable et une magnifique expérience, que je me propose de vous (ra)conter dans le cadre de ce nouvel article. Bonne lecture !

Quand le jeune écrivain Stevenson décide d’un voyage au cœur des Cévennes

En 1878, quand il décide d’entreprendre ce voyage, Robert Louis Stevenson n’a pas 28 ans. Ce jeune écrivain originaire d’Edimbourg en Ecosse, est en pleine peine de cœur : deux ans plus tôt, à Anvers, il a rencontré et est tombé passionnément amoureux d’une jeune américaine nommée Fanny. Mais Fanny est mariée, a 3 enfants, et est sommée par son mari volage de rentrer en Californie sous peine de se voir couper les vivres. Le jeune Stevenson est brisé.

Photo de Stevenson jeune

Comme beaucoup d’écossais, Stevenson est protestant. Littéraire, déjà auteur de quelques nouvelles qui ont rencontré un petit succès, il a longuement arpenté les allées de la grande bibliothèque d’Edimbourg, et notamment les ouvrages relatifs aux persécutions des protestants, qui ont été particulièrement importantes dans la France de l’Ancien Régime. En 1685 en effet, Louis XIV abolit l’Edit de Nantes, qui garantissait la liberté de culte dans le Royaume, et ce faisant, la fragile paix entre catholiques et protestants, après des décennies de guerres de religion ayant déchiré le pays.

L’édit de Fontainebleau de 1685, par lequel Louis XIV entérine la révocation de l’édit de Nantes d’Henri IV de 1598

Un épisode marquant de la persécution protestante en France a particulièrement passionné le jeune Stevenson : celui de la guerre des Cévennes, aussi appelée guerre des Camisards, au début du XVIIIème siècle – une guerre d’embuscades et de guérilla considérée comme la 1ère guerre civile moderne.

Suite à la révocation de l’Edit de Nantes en 1685 en effet, la population protestante des Cévennes, majoritaire dans cette région reculée du royaume de France, se révolte contre l’administration royale et la persécution de leur culte (interdiction du protestantisme sur tout le territoire, fermetures et destructions de temples, interdictions d’exercer aux prêtres protestants, etc.).

En 1702, l’arrestation et la torture par le clergé local d’un groupe de protestants met le feu aux poudres : à Pont-de-Montvert, au cœur des Cévennes et au pied du mont Lozère, une soixantaine d’hommes armés débarque à la maison de l’abbé François de Langlade où ceux-ci sont emprisonnés, réclament la libération des leurs, et attendent. Un coup de feu part des fenêtres, blesse l’un d’entre eux. Ils enfoncent la porte, libèrent les prisonniers, rattrapent et assassinent l’abbé qui tentaient de fuir, et prennent le maquis.

Cet épisode marque le début de cette guerre des Cévennes, méconnue de l’histoire de France. Durant 3 ans, une petite armée d’environ 5 000 habitants des Cévennes, essentiellement des paysans, vont tenir tête aux troupes royales venues réprimer la révolte. Cette guerre d’embuscade, avec son cortège de massacres et de destructions de villages entiers, va profondément marquer l’histoire de cette région, et demeure toujours fortement ancrée dans la mémoire locale – de même qu’un certain esprit de résistance et de liberté très caractéristique de la culture cévenole.

Le voyage de Stevenson : 13 jours à travers les Cévennes

Alors en séjour au Monastier, près du Puy-en-Velay en Haute-Loire, Stevenson a l’idée d’entreprendre un voyage au travers de ces Cévennes qu’il admire et qu’il souhaite ardemment découvrir, dans le cadre de sa passion pour l’histoire des camisards, mais aussi de ses lectures de la trilogie auvergnate de George Sand qui s’y déroule, ainsi que pour se ressourcer et oublier son chagrin d’amour.

Il décide de traverser les Cévennes jusqu’à Alès, en passant par Pont-de-Montvert. L’itinéraire empruntant majoritairement des sentiers de hauts-plateaux et de montagnes ainsi que des drailles (chemins de transhumance), il achète un âne, plus exactement une ânesse baptisée Modestine, qui portera son lourd paquetage (composé de tout l’équipement d’autonomie de l’époque – duvet en peau de mouton, lanterne, ustensiles de cuisine, nourriture, un peu d’alcool, et tout le nécessaire pour écrire – il tiendra un carnet qu’il remplira au fur et à mesure de son voyage).

Illustration de Stevenson et Modestine en chemin

En 13 jours, en passant par la célèbre abbaye de Notre-Dame-des-Neiges, Le Bleymard, Pont-de-Montvert, Florac et Saint-Germain-de-Calberte, il rejoindra Saint-Jean-du-Gard, où il revendra Modestine avant de finir son voyage à Alès, début octobre 1878. Il relatera son aventure dans un livre paru un an plus tard : Voyage avec un âne dans les Cévennes, son premier grand succès.

Page de couverture de Voyage avec un âne dans les Cévennes, en édition originale anglaise

En 1978, à l’occasion du centenaire du périple de Stevenson dans la région, un itinéraire de randonnée est mis en place, pour permettre aux amateurs de répéter le voyage de l’écrivain d’aussi près que possible. Cet itinéraire fut ensuite intégré au réseau des chemins de grande randonnée sous le nom de GR 70, appelé « le chemin de Stevenson », que nous avons réalisé à l’automne 2021.

De retour de nos belles vacances d’été, où avec ma compagne nous avons découvert le sud de l’Ardèche, et après une semaine de vacances en famille, je ressens début septembre un nouveau besoin de grand air, et d’aventure. En août, depuis le sud-ouest de l’Ardèche, au pied des Cévennes, nous avions fait une magnifique journée de randonnée sur les pentes du mont Lozère, aux sources du Tarn, endroit que je rêvais de découvrir après une première virée en Lozère l’été 2020, où nous n’avions pas eu le temps de découvrir cette partie de la région, à l’extrémité est des Grands Causses.

Je meurs d’envie de retourner arpenter ces magnifiques paysages de Lozère, ces immensités de causses steppiques et de landes, que je sais particulièrement belles à cette période de la fin d’été. En cette période compliquée pour moi de fin d’une séquence professionnelle difficile et en plein questionnement sur mon avenir dans mon métier, l’envie d’une grande randonnée en autonomie, et propice aux réflexions personnelles, se matérialise. Mais où, et comment ?

En ces premiers jours de septembre 2021, je me souviens avoir entendu parler à plusieurs reprises de Stevenson en Lozère, ce qui m’avait pas mal surpris : quel rapport entre l’écrivain fantastique écossais et cette région peu connue internationalement du sud de la France ? En regardant sur le vaste Internet, la question est vite répondu : le voyage de Stevenson, le livre qu’il a écrit, son chemin devenu un GR. Il y a même un groupe Facebook dédié avec plus de 30 000 personnes dessus. En quelques jours, je dispose de toutes les infos pratiques, un super topo-guide acheté au Vieux Campeur, et une feuille de route sur le trajet et les étapes que je souhaite réaliser. Un couple de copains, rapidement motivé, se joint à l’aventure. Ils feront la première partie avec moi, jusqu’à Florac.


Cet article a 10 commentaires

  1. BLANC

    Magnifique et superbe votre article… le récit de votre périple sur le chemin de Stevenson avec tous les détails de cette belle aventure qui nous donne envie de partir à notre tour. Félicitations et merci pour cela.

    1. Merci beaucoup ! C’est une randonnée remarquable, autant par la beauté des paysages traversés que des belles rencontres qu’on y fait. Stevenson, c’est un certain état d’esprit.. Je vous souhaite d’avance bonne route 🙂

  2. trocellier

    magnifique récit, tes écrits nous serviront, impatient de lire la suite, merci. Nous allons comme toi faire la partie sud à 4 en famille 1ère semaine de septembre 2022 à bientôt éric

    1. Merci beaucoup ! Si vous aimez le bivouac dans la nature, les spots où l’on a campé étaient franchement pas mal, je pourrais vous les indiquer si vous le souhaitez..! 😉
      Septembre en plus, c’est la plus belle période de mon point de vue : la bruyère en fleurs, encore beau temps et pas trop de monde, et les belles bogues vertes de châtaignier !

  3. Cabiron

    Bonjour sympa de décrire votre périple de septembre sur les traces de Stevenson !
    Je venais il y a 1 mois de finir le livre de ce dernier : Voyage avec un âne dans les Cévennes. J’adore la Lozère (mon père est lozérien) et rêverais de faire le voyage, au moins comme vous la plus belle partie avec le Mont Lozère et la source du Tarn…
    En tout cas merci p le partage. Les détails pratiques sont top pour qui ne connaît pas trop comme moi. Peut-être un jour ???
    Cordialement.

    1. Si ça peut vous aider et vous simplifier l’idée du voyage, à la fin du 2nd article, je consacrerai une partie aux infos pratiques sur la rando 😉

  4. ROBELIN

    Merci avons apprécié votre périple sur le Chemin de STEVENSON
    Avons fait le milieu en 2017 de LANGOGNE à FLORAC et avons adoré…
    Aimerions faire le début en Partant du PUY et la fin jusqu’à Saint Jean du GARD.
    Mais ce serait magique de le parcourir avec les genets en fleurs, de l’or partout… ( nous ils étaient en gousses à la période que nous l’avons fait… )
    Bonne suite dans les chemins…

    1. En juin avec les genêts on me l’avait recommandé effectivement, c’est magnifique. Mais si je puis vous donner mon avis, je pense que la plus belle période pour faire le chemin est la fin d’été, en août/septembre, car les champs de myrtilles et de bruyère prennent leur couleur rouge-violette, qui contraste avec le jaune et le vert de l’herbe, le gris de la roche. Des patchworks de couleurs d’une beauté indescriptible.. Et puis de même côté Cévennes, en septembre, vous avez les belles bogues vertes des châtaigniers ! Et puis c’est une période plus calme, pas trop chaud ni trop froid.

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