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Chemin de Stevenson : histoire d’une randonnée grandiose au cœur des Cévennes (PARTIE II)

En septembre 1878, Robert Louis Stevenson, qui n’a pas encore écrit ses célèbres romans fantastiques L’Ile au Trésor et Docteur Jekyll et Mr Hyde, traverse les Cévennes sur un âne pour oublier un chagrin d’amour et découvrir le pays des Camisards (ces révoltés protestants qui seront persécutés et résisteront aux troupes de Louis XIV pendant 3 ans au début du XVIIIème siècle).

De ce beau périple, il écrira un bouquin singulier : Voyage avec un âne dans les Cévennes, carnets de voyage et de réflexion relatant son aventure, et portail vers l’histoire de la région.

De ce beau périple, un sentier de Grande Randonnée va être créé à l’occasion du centenaire du voyage de Stevenson : le GR70, 272 kms du Puy-en-Velay à Alès, en passant par le Gévaudan, le Mont Lozère et les Cévennes.

A la fin septembre 2021, avec les copains Corentin et Raquel (sur la 1ère  moitié du voyage), nous partons faire une partie de ce GR en autonomie, sur les traces de l’écrivain.

Du mont Lozère, dont les couleurs de la fin d’été subliment ses paysages de landes de granite, de bruyère et de myrtilles, aux belles vallées cévenoles, royaume du châtaignier et des belles maisons aux toits de lauzes, un voyage inoubliable et une magnifique expérience, que je me propose de vous (ra)conter dans le cadre de ce nouvel article. Bonne lecture !

Dans mon premier article (disponible ici), je vous avais laissé à Florac, capitale des Cévennes dite « des trois rivières », car implantée à proximité de la triangulation aquatique formée par la confluence du Tarn et du Tarnon. Une bien belle ville d’environ 5 000 habitants (presque la « grande ville » pour certains lozériens.. !) située dans un cadre magnifique, au fond d’une vallée coincée entre mont Lozère, montagne du Bougès et causse Méjean – mon paysage de causse préféré, avec ses étendues d’herbe jaune infinies seulement ponctuées par quelques rares maisons et chaos de granite.

Justement, nous y allons. Avant de reprendre en effet la suite du chemin de Stevenson vers Saint-Jean-du-Gard à travers les Cévennes, et après le départ des copains la veille, je m’étais planifié une halte d’une journée au camping du Tarn pour pouvoir aller me promener dans les environs. Et effectivement l’aventure sera belle.

Une rando inoubliable sur les hauteurs de Florac

Dans un souci d’authenticité, et dans un intéressant concept d’autocitation, je me propose de vous livrer tel quel le texte que j’ai écrit le soir du lundi 20 septembre 2021 :

Aujourd’hui j’ai vécu la rando la plus inoubliable de toute ma vie.

Faisant le chemin de Stevenson, je fais halte à Florac après avoir traversé le Mont Lozère, et avant de continuer à travers les Cévennes.

Chose à laquelle je tenais absolument étant donné la beauté du lieu, je monte pour une rando de 6h sur le causse Méjean, magnifique haut plateau steppique au-dessus de Florac, et dont la 1ère moitié consiste en un sentier panoramique au-dessus des falaises.

Il pleuviote. Un 1er magnifique arc-en-ciel apparaît derrière moi, reliant la falaise à la vallée. Je suis comblé par cet instant magique.

Je continue et tombe sur un site de stacking, 100m au-dessus du vide. Des gens sont dessus (voir photos). D’autres font du saut à l’élastique. Je contemple longuement ce spectacle vertigineux. Je mange avec eux puis je continue, sous une pluie croissante et vers la partie la plus isolée.

J’arrive enfin sur le causse, désertique. Je vais à un belvédère isolé de tout où est censé se trouver un géocache, que je ne trouve en plus pas après avoir moultes fois fouillé la zone.

Le temps est de plus en plus exécrable ; depuis 2h, la pluie (non-prévue dans cette mesure) ne veut pas cesser. La montagne est à moitié dans le brouillard. Je veux redescendre récup la route de Florac dans la vallée, 500 m plus bas. Du belvédère part un sentier non balisé mais bien net qui a l’air de descendre vers la route. Parfait. Je le prends et descends.

A mi-pente (bien raide), plus de sentier, j’arrive sur une zone de terrasses aménagées, paysages typiques du coin, fruit de siècles de travail de l’Homme dans ces contrées à la vie rude. Je les descends en marchant vite, avec des accélérations pour descendre d’une terrasse à une autre, car je suis pressé d’arriver à la route.

Arrivé à un moment je checke mes poches : plus de portable. Putain. Il était dans ma poche ouverte, branché sur la batterie de secours ; ne reste que cette dernière. Hyper dur de se souvenir par où je suis passé exactement en descendant les terrasses bien escarpées. Je remonte jusqu’au dernier point où je me souviens avoir pris une photo (1 km plus haut). Je ne trouve rien. Je rechecke toute la zone des terrasses. Rien. Je n’y crois déjà plus. Je suis bien dans la merde. Cela fait très, très chier de perdre le portable, déjà dans l’absolu, mais aussi parce que c’est mon seul moyen de communication s’il m’arrive un pépin, surtout que je suis dans une zone complètement isolée loin des sentiers.

Je rebalise encore toutes les zones. Je suis épuisé après déjà 5h de marche et masse de dénivelé. J’ai plus beaucoup d’eau. Mes chaussures sont trempées depuis déjà longtemps. Le portable est noir, de la même couleur que la plupart des pierres partout, qui me donnent plusieurs fois de faux espoirs..

Je refouille encore une des terrasses, et là, miracle, je vois le portable, sur un pré, pas du tout là où je pensais qu’il serait tombé.

Je rejoins jusqu’à la route en descendant un peu n’importe comment, me croûtant plusieurs fois sur les pierres glissantes. Enfin j’arrive à un sentier, qui grâce à mon portable retrouvé, me permets de checker que celui-ci mène bien à la route via un hameau. J’y arrive enfin.

Je fais du stop, la 1ère voiture qui passe me prends (magie de la campagne) et 10 min plus tard me revoilà au camping, trempé jusqu’à l’os, mais au complet, n’aspirant qu’à une bonne douche chaude.

Source : moi-même

Le 1er arc-en-ciel, quelque part au bord des falaises…
Le vertigineux spot de slacking sur les falaises au-dessus de Florac, entre deux arc-en-ciel… 😵😍
Une photo que je trouve assez incroyable.. !

Plus de peur que de mal, donc. Pour être honnête, j’ai un peu mis deux jours à en « redescendre » ; dès que je voyais mon portable, je n’arrivais toujours pas à croire que je l’avais retrouvé. Je me demande si, là-haut, je n’ai pas prié pour le retrouver. Même si je me désespère un peu d’être aussi attaché à ce genre de choses, le portable, c’était tous les numéros de téléphone, toutes les belles photos du voyage, mais aussi un outil quasi-indispensable pour la poursuite de cette rando en autonomie, où les points de pause étaient définis au jour le jour grâce à la magie des informations d’Internet. Plus de peur que de mal donc, un souvenir mémorable, une prudence renforcée vis-à-vis de mes poches, et toujours l’idée qui m’anime depuis toujours que je dispose d’une sacrée bonne étoile.

Le soir, une autre bonne surprise m’attend. Bien rentré et douché, je pars me poser dans la salle commune pour recharger mon portable et préparer ma popote du soir (bien que les vingt-cinq cigarettes fumées durant l’heure de l’accident m’ait un peu diminué l’appétit). Et voilà t’y pas que revoilà les copines de la mission eau, qui campent ici pour la nuit avant de rentrer dans leur Lorraine d’origine. Grand amusement général de se recroiser pour la 3ème fois. On se raconte nos dernières aventures respectives et nous souhaitons mutuellement une bonne continuation. Je crois même me souvenir qu’elles m’ont offert leur dessert, une bonne petite pâtisserie qui m’a fait bien plaisir après les affres de la journée sur le causse. Si le voyage s’arrête là pour ces compagnonnes de route, pour moi, le lendemain est la promesse de la poursuite de l’aventure, et du chemin qui continue à se dérouler devant moi.


Cet article a 2 commentaires

  1. Malaval A.

    Votre reportage est un régal !!! , en tous points !!! Cévenole d’origine, j’ai redécouvert grâce à vous cette région que j’adore !! MERCI MERCI !!

  2. Collet Isabelle

    Votre récit est très agréable à lire, instructif.
    Vos photos laissent entrevoir des paysages magnifiques. Vous donnez bien l’envie de faire cette belle randonnée. Merci !

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