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Quand l’Amérique était (sous influence) française (CHAPITRE III) : la guerre de la Conquête et la chute de la Nouvelle-France (1754-1763)

Cela va toujours pas mal de soi, mais je recommande évidemment de commencer la lecture de cette série à son début ! 🙂

Dans les chapitres précédents, nous nous sommes penchés sur l’exploration puis l’implantation des premiers établissements permanents et fondations des premières villes de ce qui deviendra la « Nouvelle-France » (Chapitre I), avant de voir comment, sous l’impulsion de Louis XIV et de son secrétaire d’état à la Marine Colbert, ce qui restait un simple comptoir de commerce devint une véritable colonie royale, dotée d’une politique administrative, économique et de peuplement pensée, souhaitée, structurée et de grande envergure (Chapitre II). Calquée sur le modèle administratif et politique de sa métropole, la Nouvelle-France a accueilli des immigrants français de toutes sortes : artisans, prêtres, missionnaires, aristocrates, trappeurs, et bien sûr paysans, originaires de l’ensemble des régions de l’Ouest. La Nouvelle-France constitue ainsi un parfait microcosme de sa Métropole, une sorte de France miniature sur le continent américain, qui a rapidement développée sa propre culture, façonnée par les contraintes locales (climat, isolement, environnement, relations commerciales et métissage avec les populations amérindiennes). Principal bassin de peuplement de la colonie, le Canada se démarque bientôt par une identité propre et marquée, et au début du XVIIIe siècle, on a déjà assisté à la naissance d’une nation canadienne, d’essence catholique et paysanne, mais aussi déjà largement métissée au fur et à mesure que les fameux coureurs des bois épousaient les femmes des tribus amérindiennes qu’ils avaient fréquentées. De façon générale, les Canadiens nés au pays considèrent la vallée du Saint-Laurent comme leur patrie.

Grâce aux multiples explorations et expéditions menées dans les profondeurs du continent par les Jolliet et Marquette, les La Salle et les La Vérendrye, la Nouvelle-France a également enregistré une formidable expansion sur le plan territorial. Si le bassin du Mississippi et la région des Grands Lacs demeure davantage une zone de contrôle forgée par l’établissement d’un réseau de postes et les alliances avec les nations autochtones qu’une véritable annexion coloniale, il est certain que l’influence française rayonne désormais sur l’ensemble de l’intérieur du continent et irradie les immensités américaines du golfe du Mexique à celui du Saint-Laurent, et des Appalaches aux Rocheuses. Cette formidable expansion territoriale de la Nouvelle-France, qui s’étend désormais de la Louisiane au Canada en passant par le bassin du Mississippi et la région des Grands Lacs, n’a eu de cesse d’inquiéter ses populeuses voisines, les Treize Colonies britanniques, désormais enserrée entre la côte et les Appalaches. Déjà en grande tension avec la colonie française depuis le XVIIe siècle pour des raisons alors essentiellement commerciales (le monopole de la traite des fourrures), les colonies anglo-américaines étouffent de plus en plus sous le châssis français, qui brident leur développement alors même que les Treize Colonies enregistrent un essor démographique spectaculaire. Au milieu du XVIIIe siècle, la rivalité pour la domination de l’Amérique du Nord va ainsi finir par atteindre son paroxysme et déboucher inévitablement sur une logique d’affrontement généralisé, comme nous allons le voir dans ce troisième et dernier chapitre. Bonne lecture !

Le sommaire complet de ce troisième et dernier chapitre, dont l’accès intégral sera réservé aux abonné(e)s du blog (alors abonnez-vous ou débloquez l’ensemble du contenu du site pour 1 mois pour seulement 5€, et soutenez ainsi mon travail et mon indépendance ! 🙏😉)

Vers le grand choc franco-britannique en Amérique du Nord (1713-1754)

À consulter en complément pour les intéressé(e)s : un article du blog consacré aux tenants et aboutissants de la méconnue et très conséquente guerre de Succession d’Espagne, le dernier grand conflit louis-quatorzien !

Comme nous l’avons vu dans la seconde partie, les possessions de la Nouvelle-France furent un enjeu important des négociations entre la France, l’Angleterre et leurs alliés respectifs qui menèrent au traité d’Utrecht (1713), lequel mit donc fin à la guerre de Succession d’Espagne. Il est peu dire que la France d’un Louis XIV vieillissant y perdit quelques plumes en Amérique… : la baie d’Hudson, l’Acadie historique et Terre-Neuve sont alors définitivement cédés aux Anglais. Les Acadiens, comme nous l’avons également abordé plus haut, sont « tolérés » mais à la condition de rester neutres en cas de nouveau conflit.

Face à la désormais Nouvelle-Écosse, les Français conservent plusieurs îles du golfe du Saint-Laurent dont l’île Royale, où ils construisent rapidement la remarquable forteresse de Louisbourg. Les frontières exactes de ces nouvelles possessions sont cependant mal tracées, et Français et Anglais vont ainsi se disputer des zones limitrophes au nord (frontières entre la région de la baie d’Hudson – anglaise, et la région des Grands Lacs dite « Pays d’en Haut – française), à l’est (frontières entre Anglais et Français au niveau de l’Acadie continentale mal définie) et au centre (vallée de l’Ohio,…) du continent américain. Autant de futures zones d’affrontements décisives dans la grande guerre finale qui s’annonce…

L’Amérique du Nord après le traité d’Utrecht. On y voit bien apparaître en hachuré les territoires cédés par la France à la Grande-Bretagne (c’est-à-dire l’île de Terre-Neuve, l’Acadie péninsulaire et la baie d’Hudson – région stratégique pour le commerce des fourrures). Des zones toujours disputées malgré les clauses du traité au cours des décennies suivantes…

Au début du XVIIIe siècle, l’écart se creuse entre les deux colonies

Même si une longue période de paix commence officiellement en 1713 entre la France et la Grande-Bretagne, en Amérique du Nord, les tensions restent vives. Plusieurs grands facteurs permettent de l’expliquer. Comme nous l’avons vu dans le chapitre précédent, la traite des fourrures, marché très profitable et qui connut un grand essor au XVIIe siècle, constitua longtemps un objet de contentieux majeur entre les deux colonies. C’est d’ailleurs tout au long de ce siècle le monopole de l’accès aux pelleteries et à ses fournisseurs qui motiva les grandes explorations menées en particulier par les Français dans les confins de l’Ouest américain, et qui justifia une politique de conquête et de contrôle territorial de ces grands espaces. Néanmoins, à partir du début du XVIIIe siècle, le commerce des fourrures est en grande perte de vitesse et n’a cessé de décliner (il ne représente bientôt plus qu’un chiffre d’affaire de 150 000 livres par an). Alors même que les immensités du bassin du Mississippi et des Grands Lacs ont donc perdu de leur valeur du point de vue économique, leur contrôle représente en outre une lourde charge financière pour la Nouvelle-France : il faut en effet y entretenir les postes, y déployer et renouveler les garnisons, y acheminer le ravitaillement, tout en continuant d’irriguer les alliés Amérindiens en marchandises pour l’entretien des alliances (marchandises qui devaient souvent être amenées depuis la Métropole et même vendues à perte afin de lutter contre la concurrence anglaise, dont les colonies peuvent maintenant fournir sur place de meilleurs produits à meilleur marché… !).

Malgré leur faible rentabilité économique, ce contrôle des immensités continentales demeurent toutefois indispensable à l’avenir de la Nouvelle-France, car cet ensemble de postes à l’entretien coûteux a permis de dresser une barrière à l’expansion anglaise. C’est qu’une nouvelle donnée est en train de surpasser toutes les autres dans le grand jeu pour l’Amérique du Nord : l’essor démographique spectaculaire des Treize Colonies britanniques. Depuis le début du XVIIIe siècle en effet, l’écart de peuplement entre les colonies française et britannique n’a cessé de se creuser. Au moment où la Nouvelle-France peine à atteindre les 50 000 habitants d’origine européenne (pour un territoire grand comme trois fois la France !), l’Amérique anglaise est déjà forte de plus d’un million de colons. Et le différentiel ne cesse de grossir.

Zoom sur : le poids du peuplement français et britannique en 1750, à la veille de la guerre de la Conquête

Au milieu du XVIIIe siècle, la Nouvelle-France et la Louisiane comptent à peu près 90 000 habitants, dont les familles souches proviennent presque exclusivement de la France de l’Ouest. Depuis les années 1700, le flux de l’émigration s’est limité pour l’essentiel aux militaires et aux marins. La croissance démographique de la colonie française (qui se limitait à 2 000 habitants en 1660, et à peine 16 000 vers 1700) est due à une natalité exceptionnelle, de l’ordre de 65 pour 1 000 (la famille des LeMoyne d’Iberville en constitue un remarquable témoin).

Carte des provinces d'origine des émigrants français en Nouvelle-France
Les colons français de Nouvelle-France sont majoritairement issus du nord-ouest de la France, tout particulièrement des régions du Perche et du Poitou.

Une autre carte qui montre bien combien l’Amérique du Nord demeure davantage une zone « d’influence » française qu’une véritable colonie de peuplement francophone, comparée tout particulièrement aux colonies britanniques voisines… L’histoire.fr) À noter toutefois une importante réalité invisibilisée par cette carte : la présence de près de 15 000 colons d’origine française en Nouvelle-Écosse, demeurés sur place après l’annexion de la région en 1713.

L’État n’a guère encouragé les Français à s’installer en Nouvelle-France et en Louisiane, voire y a même pris des mesures restrictives (comme l’interdiction faite aux Protestants de s’établir au Canada). L’interminable hiver canadien a aussi rebuté nombre de candidats potentiels à l’émigration. En 1755, le quart de la population canadienne vit dans les villes de Québec (7 à 8 000 habitants), Montréal (4 000) et Trois-Rivières (1 000). Un effort est également fait pour accélérer le peuplement de Détroit (dont la ville américaine porte toujours le nom), la clé de voûte des Grands Lacs. La Louisiane, colonie presque marginale, compte alors quant à elle à peine 4 000 habitants d’origine française. Au regard de cette population rachitique d’un territoire représentant trois ou quatre fois la taille de la France, la volonté de défense voire d’expansion de l’Amérique française loin de ses (maigres) bassins de peuplement peut ainsi paraître avec le recul relativement questionnable, pour ne pas dire suicidaire :

Avec environ 24 millions de sujets en 1750, le royaume de France est l’État le plus peuplé à l’ouest de l’Oder, contre 10,4 millions aux îles britanniques (dont 6 millions d’Anglo-Gallois). Certes, la natalité française est peu dynamique comparée à celle d’Outre-Manche. Mais la masse humaine acquise intimide et surtout permet à Paris d’entretenir une armée considérable, la première d’Europe par son nombre. Jamais Louis XV ne manquera de soldats, un atout certain sur le continent. En revanche, en termes d’empire, la balance est pro-britannique, notamment grâce à la croissance spectaculaire des colonies nord-américaines : 900 000 colons en 1740, 1,6 million en 1760. Soit 12 à 20 fois la population du Canada français ! Dans ces conditions, la volonté d’expansion française vers le bassin de l’Ohio, une des causes de la guerre, est une vue de l’esprit. La faute au manque de discernement des Bourbons, qui ont fait fi des capacités céréalières pourtant non-négligeables au sud-ouest de Montréal. Le pays est de ce fait incapable de nourrir une nombreuse population, et encore moins une armée, ce qui sera une raison de sa chute.

Benoist Bihan, « Versailles contre Londres : deux mondes en opposition », article extrait du dossier « La guerre de Sept Ans : le Premier Conflit mondial » paru dans le n°21 du Magazine Guerres & Histoire (octobre 2014)

L’Amérique du Nord vers 1750. Un rapide coup d’œil sur la carte générale permet immédiatement de saisir le pourquoi du sentiment d’encerclement qui travaille et agite si fortement les colonies britanniques (de même que la flagrante disproportion de peuplement qui distingue tout particulièrement l’Amérique française et anglaise…). Cette carte a enfin le mérite de rappeler une dernière réalité trop souvent ignorée de la lutte européenne pour l’Amérique du Nord : l’existence de l’immense Nouvelle-Espagne, et son expansion et rayonnement jusqu’aux confins du Texas et de la Californie, à l’interface de la zone d’influence française (les deux puissances sont alors gouvernées toutes deux par la famille royale des Bourbons et ont déjà commencé à faire front contre la menace britannique dont l’expansionnisme colonial et maritime suscitent de lourdes inquiétudes à Versailles comme à Madrid – bien que cette alliance demeurera sous-exploitée et se traduira par peu d’actions combinées malgré les intérêts communs).

Tandis que dans leur pénétration vers l’intérieur, les colons anglais s’étaient laissé arrêter ou retarder par la barrière boisée des Alleghanys [l’un des massifs des Appalaches, NDLR], les Français avaient tourné l’obstacle aux deux bouts et borné par avance la marche de leurs ennemis. Si l’occupation française se consolidait, les colonies anglaises ne formeraient bientôt plus qu’une longue enclave, enserrée par nous de trois côtés. Mais cette position diminuée devait leur paraître d’autant plus insupportable que si elles n’avaient pas eu l’audace, elles avaient au moins le nombre : un million d’habitants en 1740, contre 40 000.

Pierre Gaxotte, Le siècle de Louis XV, p. 201

Les Treize Colonies britanniques, regroupées sur une bande côtière plus étroite, sont déjà peuplées d’entre 1,5 et 2 millions d’habitants vers 1750 (elles n’en comptaient que 4 700 vers 1630 !). La croissance démographique est due à l’émigration – volontaire et surtout forcée – des minorités religieuses protestantes (Puritains, Quakers,…) venues trouver leur terre promise de l’autre côté de l’Atlantique (mais aussi, comme nous l’avons vu dans le chapitre précédent – et à la différence de la Nouvelle-France, d’un certain nombre « d’indésirables » sur le sol britannique : mendiants, vagabonds, prisonniers, criminels de droit commun, etc.). L’identité religieuse des Treize Colonies n’en pas moins très marquée : les colons anglo-américains détestent les « papistes » (catholiques) canadiens, qui le leur rendraient bien – « la Nouvelle-France arbore son unité catholique comme un étendard » (Edmond Dziembowski).

Si la fondation des premiers établissements coloniaux anglais en Amérique intervient dès le début du XVIIe siècle, c’est véritablement le XVIIIe siècle qui marque l’essor (formidable) des treize colonies anglo-américaines, qui doublent de population tous les dix ans, et connaissent rapidement de grandes dynamiques d’extension dans la profondeur du continent, vers l’ouest et le nord (c’est-à-dire vers la Nouvelle-France et les territoires revendiqués et contrôlés par les Français, et vers le solide réseau de forts bâtis tout le long de la frontière par ces derniers).

Le port et la ville de Philadelphie aux alentours de 1750. Certaines villes anglo-américaines comme Boston ou surtout New-York, témoins de croissance urbaine et économique comme Amsterdam et Londres avaient pu en connaître respectivement deux et un siècle plus tôt, comptent déjà à elles seules presque autant d’habitants que toute la population francophone de la Nouvelle-France réunie (grande pourtant comme trois fois la France) !

Au socle « anglo-saxon » (Anglais, Écossais, Irlandais) qui constitue la part la plus importante des arrivants, vient s’ajouter l’immigration d’Europe centrale et septentrionale, ainsi que bien sûr l’apport africain alimentant la main d’œuvre servile des colonies médianes et méridionales. Comme en Nouvelle-France, la majorité des colons vivent à la campagne, mais les villes portuaires (Philadelphie, New York, Boston,…) sont alors en pleine croissance. Face à de telles disparités de peuplement et de cultures, le choc entre les deux colonies semble inévitable…


Face à l’expansion des Treize Colonies, la stratégie défensive de la Nouvelle-France

Face à cet écart démographique croissant et le risque qu’il fait peser sur l’avenir de la colonie, depuis le début XVIIIe siècle, les gouverneurs de la Nouvelle-France ont adopté une politique défensive (nous pourrions dire de containment). En s’appuyant sur le réseau de postes de traite qui maillent ses immensités du golfe du Mexique à celui du Saint-Laurent, et à défaut de parvenir à la peupler, il s’agit de fortifier la Nouvelle-France, et surtout de garantir l’unité entre les grands bassins de peuplement (relatifs) que constituent le Canada et le Louisiane. Loin de rassurer ses voisins toujours plus nombreux par son caractère a priori simplement défensif, cette politique de fortification aura pour paradoxe de ne faire que majorer l’inquiétude des colons britanniques et, in fine, de pousser ces derniers à l’offensive… :

C’est pour compenser la faiblesse du peuplement (en moyenne 10 sujets britanniques pour 1 français) qu’apparaît sous la Régence [la période allant de 1715 à 1723 et correspondant à la minorité de Louis XV, NDLR] la politique des points d’appui. Faute de pouvoir peupler l’espace américain, les colons français vont s’attacher à le contrôler, ce qui, à long terme, aura pour résultat d’inquiéter sérieusement les colons anglais, et dans l’immédiat d’être en contradiction avec l’Entente cordiale régnant entre Londres et Paris. Elle se traduit par la construction de Louisbourg, ainsi que de forts dans l’Ouest. […] Les colons de Nouvelle-Angleterre se sentaient également menacés par les forts bâtis dans l’Ouest canadien, destinés à protéger l’axe Canada/Louisiane en contrôlant les Grands Lacs, qui donnent accès à l’Ohio et au Mississippi. En 1721, l’année où débutaient les travaux à Louisbourg, on construisit Fort Niagara sur le lac Ontario, puis Fort Pontchartrain sur le lac Érié. Bien qu’il s’agît là de forts à l’américaine, avec des remparts de bois (palissades faites de troncs d’arbres, suffisantes pour arrêter les Indiens, voire des miliciens), munis de faibles garnisons et dépourvus d’artillerie, la présence de ces points d’appui, symboles de la souveraineté française, provoqua des heurts avec les Anglo-Américains et avec les Sioux. Ces incidents alimentèrent l’inquiétude des colons et les disposèrent à reprendre, le moment venu, les hostilités contre les Français, car ils se sentaient menacés, l’expansion française dans l’Ouest américain bloquant toute possibilité d’extension de la Virginie.

Jean Meyer et Jean Béranger, La France dans le monde au XVIIIe siècle, pp. 181-182

Durant les décennies 1720 et 1730, tandis que les Treize Colonies britanniques enregistrent un développement économique et démographique sans précédent, la Nouvelle-France se garnit donc de forts. Les gouvernements du cardinal de Fleury (1726-1743) en France et de Robert Walpole à Londres demeurant soucieux de la paix et de la stabilité européenne, aucune guerre franco-britannique sur le Vieux Continent ne vient se répercuter en Amérique, et les deux colonies continuent de tracer leur chemin de leur côté (non sans quelques échauffourées et accrochages réguliers à leurs frontières). L’éclatement de la guerre de Succession d’Autriche en 1740 en Europe va néanmoins provoquer un retour des franches hostilités de l’autre côté de l’Atlantique, et enclencher le jeu d’engrenages qui mèneront bientôt au grand choc de la guerre de Sept Ans (1754-1763).

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La guerre de Succession d’Autriche (1740-1748) : raid canadien sur la Nouvelle-Angleterre et capture britannique de Louisbourg

Les mesures défensives ont pris, étant donné le climat de méfiance des Anglais vis-à-vis des colons français, l’allure d’une provocation. Bien plus, ce ne sont plus seulement les gens de Nouvelle-Angleterre, adversaires traditionnels (et malchanceux) des Canadiens, qui sont hostiles à la colonisation française, mais aussi les Virginiens, c’est-à-dire que le Nord et le sud des Treize Colonies sont devenus des adversaires de la présence française sur le continent. Et c’est là un des véritables motifs de la guerre franco-anglaise, beaucoup plus profond, beaucoup plus sérieux que la concurrence entre le sucre de la Jamaïque et celui de Saint-Domingue, entre West Indies britanniques et Antilles françaises.

Jean Meyer et Jean Béranger, La France dans le monde au XVIIIe siècle, pp. 182-183

Durant la guerre de Succession d’Autriche, les colons de la Nouvelle-Angleterre profite notamment du contexte de conflit ouvert entre la France et leur Métropole (qui se sont officiellement mutuellement déclarées la guerre en 1744) pour organiser une opération contre Louisbourg, perçue depuis sa construction comme un « pistolet braqué contre le cœur de la Nouvelle-Angleterre ». En plus de se débarrasser de la concurrente économique et de la « machine de guerre » que constitue la grande forteresse maritime de l’île de Capbreton, l’opération vise à répondre aux raids menés par des miliciens canadiens et leurs alliés amérindiens le long des frontières nord de la Nouvelle-Angleterre en 1744 et 1745 (les Canadiens, comme à leur habitude, y ont en effet pris les devants et mené plusieurs incursions jusqu’au cœur des colonies de New York et du Massachussetts, détruisant quelques villages, tuant les résistants et faisant des centaines de prisonniers, ce qui a fait régner la terreur chez tous les habitants des colonies du nord). Au-delà des considérations économiques et géostratégiques, la dimension religieuse est en outre bien présente dans l’antagonisme qui anime les deux colonies voisines : lorsque s’embarquent les miliciens venus de l’ensemble des Treize Colonies, les pasteurs accompagnent les soldats et bénissent les navires. Le raid anglo-américain sur Louisbourg est également l’occasion de constater la dimension globale que commencent à prendre les échauffourées entre les colonies françaises et anglaises d’Amérique, puisque pour la première fois, un corps de 4 000 soldats réguliers participe à l’opération contre la forteresse française, sur décision du gouvernement de Londres :

Le gouverneur du Massachusetts Shirley (nommé par le gouvernement de Londres) demanda l’aide de la Métropole pour organiser une expédition punitive, qui prit l’aspect d’une croisade protestante contre les “papistes” et les Anglo-Américains mirent en œuvre des moyens puissants : pour la première fois, toutes les colonies participèrent à l’opération et l’on vit alors que l’hostilité à l’égard des Français était le meilleur ciment entre toutes ces provinces anglophones et protestantes.

Jean Meyer et Jean Béranger, La France dans le monde au XVIIIe siècle, p. 192

Menée contre une garnison minée par la maladie et la mutinerie (elle n’a en effet pas été payée depuis plusieurs mois), l’opération contre Louisbourg est un succès et la forteresse maritime se rend après un mois et demi de siège. Ce succès tactique aurait pu s’avérer gravissime pour la Nouvelle-France, car laissant la voie ouverte à une invasion maritime du Canada via le golfe du Saint-Laurent (dont Louisbourg a précisément pour vocation de garder l’accès). En conséquence, les autorités de la Nouvelle-France renforce les défenses du Québec : les garnisons des forts de la vallée du Saint-Laurent (Saint-Louis,…) sont renforcées, et les habitants sont invités à construire des cabanes dans les bois pour pouvoir s’y réfugier en cas d’attaques. La colonie se mobilise et se tient prêt à se défendre.

Zoom sur : l’expédition du duc d’Anville et l’échec de la tentative de reconquête de Louisbourg (1746)

Suite à sa capture par la grande expédition anglo-américaine de mai 1745, la France n’abandonna pas du tout Louisbourg. Dès l’annonce de la chute de la forteresse à Versailles, Louis XV décide l’envoi d’un grand corps expéditionnaire pour tenter de reprendre la place aux Britanniques. En 1746, ce sont ainsi pas moins de 76 navires embarquant 13 000 hommes qui appareillent de l’île d’Aix en direction de l’Acadie (une expédition d’ailleurs considérée par l’historien américain James Pritchard comme la plus grande force navale jamais regroupée vers l’Amérique du Nord avant la Révolution américaine !).

Le siège de Louisbourg (1745), la porte de la Nouvelle-France, durant la guerre de la Conquête
Après 47 jours de siège et des renforts français et indiens n’étant pas parvenus à la secourir, Louisbourg a été contrainte de capituler le 27 juin 1745. Animée par un fort sentiment antifrançais, les colons de Nouvelle-Angleterre célèbrent d’un bout à l’autre du territoire la chute de la puissante forteresse française.

Cette expédition va, malheureusement, rester dans les mémoires comme la pire catastrophe sanitaire qu’a probablement jamais connue la Marine française. D’abord ravagée par plusieurs tempêtes et retardée par des vents contraires, la flotte de d’Anville se retrouve ensuite décimée par une épidémie de typhus et de scorbut (qui sera même propagée à terre aux miliciens acadiens et aux alliés Micmacs à l’arrivée des troupes…). Six jours après l’arrivée de l’escadre en Acadie, le duc D’Anville est emportée par la maladie et son successeur d’Estourmel tente même de se suicider, tandis que l’épidémie se propage à terre aux miliciens acadiens et aux alliés Micmacs venus rejoindre les forces françaises… À l’image de l’attaque britannique sur Carthagène-des-Indes quelques années auparavant, les débris du corps expéditionnaire sont contraints de rembarquer vers la France sans avoir peu ou prou pu mener de véritables opérations à terre (une tentative de reconquête de Port-Royal a bien été engagée quelques semaines mais le siège dû être rapidement abandonné faute de renforts depuis la Métropole).

Dès la guerre de Succession d’Autriche (et donc avant même les grands désastres sanitaires de la guerre de Sept Ans), le désastre de l’expédition du duc d’Anville illustre bien les limites logistiques et sanitaires de l’époque quant à la conservation des aliments frais et à la lutte contre les maladies contagieuses. Si la Royal Navy souffre à l’époque des mêmes difficultés (qui lui vaudront un désastre sanitaire similaire lors du siège de Carthagène-des-Indes en 1742), celle-ci tirera plus vite les leçons de ses erreurs et entreprendra ainsi dès le début des années 1750, sous l’impulsion de l’amiral Anson, de grandes réformes pour améliorer les conditions de vie et d’hygiène de ses équipages (avec notamment la mise en place d’un remarquable système de ravitaillement en mer en vivres frais, qui permettra notamment aux escadres britanniques de tenir des mois le blocus de Brest en 1758-1759). Ajouté au fait que la Royale ne dispose toujours pas de grande base logistique dans les Antilles où ses escadres peuvent relâcher et réparer leurs navires, ce grand différentiel qu’enregistre la France avec la Grande-Bretagne vis-à-vis de l’investissement dans sa Marine et dans l’amélioration de ses capacités opérationnelles pèsera très lourd dans les futures guerres à venir…

Fort heureusement pour le Canada français, la perte de Louisbourg (que la Marine française aura donc tenté – en vain – de récupérer) n’entraînera aucune tentative d’attaque sur la vallée du Saint-Laurent. Au-delà du désastre sanitaire, la facilité avec laquelle le verrou maritime du Québec avait été enlevé avait néanmoins de quoi interroger les stratèges français : « Ce qui paraissait le plus sérieusement défendu et l’enjeu le plus important tomba sans grande difficulté. C’était l’un des paradoxes des conflits en Amérique du Nord : les plus gros moyens ne servaient guère la cause française. » (Meyer et Bérenger, p. 192). Les Acadiens, d’ailleurs, ne s’y tromperont pas : dès le départ de ce qui reste du corps expéditionnaire, ceux-ci se sentiront abandonnés par la France, et commenceront déjà à s’alarmer très sérieusement pour leur avenir, craignant notamment les représailles britanniques après les combats de 1745-1746 (et dramatiquement, comme nous le verrons, l’Histoire leur donnera raison…).


Heureusement en tout cas pour les Canadiens et la Nouvelle-France, la prise de Louisbourg n’est pas spécialement exploitée par les Anglo-Américains, et durant tout le reste du conflit, le Canada restera inviolé. Mieux : en 1748, dans le cadre du traité d’Aix-la-Chapelle (qui met officiellement fin à la guerre de Succession d’Autriche en Europe), la forteresse est même rétrocédée à la Nouvelle-France en échange de Madras (le grand comptoir britannique des Indes, que les Français avaient capturé en 1746), à la grande fureur des colons de la Nouvelle-Angleterre. Cependant, des deux côtés de la Manche, nul n’est dupe sur le fait que ce traité de paix ne constitue qu’une trêve et que la reprise des hostilités reste inéluctable, tant les intérêts français et britanniques s’opposent partout dans le monde, et particulièrement ici en Amérique du Nord, où leurs colonies respectives demeurent à couteaux tirés.

Toujours plus à l’étroit dans leurs territoires, les colons des Treize Colonies veulent en effet en finir avec cet « encerclement » français, et toujours davantage chaque année passant, poussent Londres à envahir une bonne fois pour toute le Canada français. Du côté anglais, on patiente avec fébrilité, mais on se sait confiant lorsque l’affrontement arrivera : le rapport de forces est en effet démesurément en faveur des Anglais, dont les Treize Colonies comptent déjà près de 2 millions d’habitants, quand l’ensemble de la Nouvelle-France peine à dépasser les 70 000 – un rapport de plus de 1 à 20 ! Cela sans compter sur la toute puissante Royal Navy, nouvelle maîtresse incontestée des mers, qui contrôle l’Atlantique, et est en capacité d’acheminer et de débarquer en quelques mois des dizaines de milliers de soldats bien entraînés et équipés depuis l’Angleterre. Les Français, avec leurs quelques régiments déployés dans la vallée du Saint-Laurent, leurs garnisons dispersées aux quatre coins de l’intérieur du continent et leurs miliciens canadiens (mais aussi – les Anglais l’oublieront peut-être un peu vite – les nations amérindiennes, qui sont presque toutes alliées avec la France et qui excellent dans l’art de la guérilla), semblent peu capables de faire le poids face à un tel potentiel déploiement de forces. Confiant et certain du résultat final, côté anglais, on attend et on espère (voire on suscite…) le moindre prétexte, la moindre échauffourée, qui finiront bien inévitablement par arriver :

Sous la Régence et sous le ministère de Fleury [c’est-à-dire durant la période de l’« Entente cordiale » franco-britannique qui fait suite au traité d’Utrecht de 1713, NDLR], les hostilités ne cessèrent pas en Amérique. Le gouverneur de la Virginie, Spottswood, proclama dans un rapport célèbre que les treize colonies encerclées par les Français périraient d’étouffement si elles ne parvenaient pas à rompre les communications entre le Canada et la Louisiane, en s’emparant par la force du territoire de l’Ohio. En fait, comme l’a prouvé M. Heinrich dans une thèse remarquable, les Anglais continuèrent sans vergogne leur politique d’empiétements et de chicanes ; ils armèrent contre nous leurs alliés indiens, fomentèrent des révoltes parmi nos protégés, essayèrent d’emporter par surprise le fort que nous avions élevé à Niagara, bref, menèrent contre nous, sous le couvert de l’alliance, une guerre incessante d’intrigues, de crimes, d’embûches et de razzias.

Pierre Gaxotte, Le Siècle de Louis XV, pp. 202-203

Du côté français, face à un rapport de forces si nettement défavorable, et bien conscient du danger, on s’est donc engagé depuis le traité d’Utrecht de 1713 dans une grande politique de fortification, poursuivie par tous les gouverneurs successifs avec l’appui de la Métropole (ce qui montre au passage que de Dubois à Fleury, les gouvernements de Louis XV, bien qu’engagés dans une diplomatie pacifique avec l’Angleterre, ne négligèrent pas les intérêts français en Amérique du Nord). Bientôt, en cette fin des années 1740, c’est la vallée de l’Ohio, à la frontière des deux colonies, qui concentre toutes les attentions et qui constitue le nouveau grand terrain de la rivalité franco-britannique en Amérique du Nord. C’est là que la politique défensive conduite par les gouverneurs successifs de la Nouvelle-France, en verrouillant cette région aussi stratégique que convoitée, va achever de braquer et de souder les colons anglo-américains contre leur géante voisine, et pousser ces derniers à l’offensive. C’est là que les échauffourées des années 1754-1755, pour la première fois de l’Histoire européenne, vont voir une guerre mondiale démarrer dans le monde colonial ET À PARTIR d’un différent colonial.

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La bataille pour l’Ohio (1748-1754) : l’étincelle d’une future guerre mondiale

Pour exploiter [la vallée de l’Ohio], de grands féodaux virginiens, les Lee, les Fairfax et les Washington, formèrent une société à qui le gouvernement de Londres concéda cent mille hectares de terres qui ne lui appartenaient pas. Le gouverneur du Canada, La Galissonnière, avertit aussitôt les planteurs qu’ils se trouvaient en territoire français et, pour marquer la souveraineté du Roi, ses envoyés enterrèrent de place en place des morceaux de plomb fleurdelisés dont plusieurs n’ont été découverts que longtemps après. Ces mesures eurent peu d’effet. Le nouveau gouverneur, Duquesne, entreprit alors d’expulser les trafiquants britanniques et d’élever, du Saint-Laurent à l’Ohio, une série de forts que relieraient de temps à autre de petites colonnes mobiles : le fort Presqu’île sur le lac Érié, les forts Le Bœuf et Machault sur la piste qui menait du lac Érié aux « fourches » de l’Ohio.

Pierre Gaxotte, Le Siècle de Louis XV, pp. 239-240

28 mai 1754, près du lieudit Great Meadows, dans l’actuel État de Pennsylvanie. Un petit détachement canadien d’une trentaine d’hommes campe sur les lieux, dirigés par un officier du nom de Joseph Coulon de Villiers, sieur de Jumonville. L’expédition de Jumonville n’est pas militaire : il s’agit de reconnaître si le territoire revendiqué par la France dans la vallée de l’Ohio a effectivement été envahi, et, le cas échéant, de délivrer aux Anglais une sommation de retrait des terres du roi de France. Même si les relations sont très tendues, aucune belligérance n’a encore été déclarée. Il ne doit s’agir que d’une simple mission d’observation et d’ambassade. Enfin, en théorie…

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Pour aller plus loin… (au Canada, par exemple ?) 🍁

À titre personnel, je n’ai encore jamais eu la chance de me rendre au Québec, mais cela fait partie de ces destinations que je rêve de pouvoir visiter un jour, me perdre dans ces grands espaces de lacs et de forêts, aux couleurs vermeilles, presque boréales… S’imaginer ce qu’ont pu ressentir les premiers européens en découvrant ces nouvelles terres si vastes, si grandioses, à premières vues si intactes de la main de l’Homme. Demeuré fasciné par les tribus amérindiennes qui vivaient depuis si longtemps dans des contrées au climat si rude et dans une certaine harmonie avec leur environnement naturel, et fasciné également par ces jeunes hommes qui partirent à l’aventure dans la forêt infinie, en quête de richesses, de gloire, et certainement indéniablement, d’un certain sentiment de liberté…

Photographie du Québec
Le monde des coureurs des bois… même si leur vie devait être bien difficile et spartiate (sans parler de tous les dangers qui allaient avec ces expéditions), cette photo m’inspire un certain appel de l’aventure, pas vous ?

Pour revenir à notre article : eh bien j’espère évidemment qu’il vous a plu (tant sur le fond que sur la forme), et qu’il vous a apporté une première connaissance assez résumée mais abordant tout de même de nombreux thèmes intéressants et histoires croisées gravitant autour de ce que fut cette grande aventure coloniale, à la fin aussi tragique que grandiose.

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Bibliographie et sources documentaires

Par ailleurs, si vous êtes très intéressé(e)s par l’histoire de la Nouvelle-France et souhaitez approfondir votre connaissance de cette passionnante période historique de façon plus documentée, vous trouverez ci-dessous une petite bibliographie d’ouvrages de référence sur l’histoire de la Nouvelle-France, du Québec et de l’Acadie (la plupart de ces ouvrages ayant été écrits par des Québécois qui connaissent bien leur sujet et semblent toujours vibrer des lointaines et bouleversantes vies et aventures de leurs ancêtres… !) :

  • Éric Bédard, L’Histoire du Québec pour les nuls, 384 p.
  • Éric Thierry, La France de Henri IV en Amérique du Nord, 506 p.
  • Éric Thierry, Aux origines de Québec. Expéditions en Nouvelle-France de Samuel de Champlain, 280 p.
  • Charles-Philippe Courtois, La Conquête. Une anthologie, 496 p.
  • Raymonde Litalien, Québec. Capitale de la Nouvelle-France (1608-1760), 236 p.
  • Raymonde Litalien (avec J.-F. Palomino et D. Vaugeois), La Mesure d’un continent, 300 p.
  • Laurent Veyssière et Bertrand Fonk (dir.), La Chute de la Nouvelle-France, 358 p.
  • Denis Vaugeois, Jacques Lacoursière et Jean Provencher, Canada-Québec (1534-2018), 616 p.
  • Nicolas Landry et Nicole Lang, Histoire de l’Acadie, 472 p.
  • Marco Wingender, Le Nouveau Monde oublié — La naissance métissée des premiers Canadiens, 2021, 559 p. (un ouvrage que je recommande en particulier, publié récemment et présentant l’intérêt rare de se centrer largement sur les Nations Autochtones et en particulier sur le rôle que jouera la relation franco-amérindienne dans la fondation puis le développement de la Nouvelle-France)
  • Jean Meyer et Jean Bérenger, La France dans le monde au XVIIIe siècle, Paris, éditions Sedes, coll. « Regards sur l’histoire », 1993, 380 p.
  • Pierre Gaxotte, Le Siècle de Louis XV, éditions Fayard, 1933, 486 p.
  • Le Figaro Histoire n°45, « Quand l’Amérique était française – De Québec à la Louisiane », 2019, 132 p.
  • Guerres & Histoire n° 21, Dossier « La guerre de Sept Ans : le Premier Conflit mondial », 2014

Pour ceux que cela intéresse, une autre série d’articles sur l’intervention de la France dans la guerre d’Indépendance américaine (dans la continuité de ces articles sur l’histoire de la Nouvelle-France.. !)

Pour les mêmes intéressés, je recommande également le Musée virtuel de la Nouvelle-France, une sorte de musée en ligne accessible sur le site du Musée Canadien de l’Histoire. Un musée interactif vous permettant de vous promener dans une foule de rubriques et de thématiques, allant de la grande histoire de la Nouvelle-France, de telle ou telle région, telle ou telle expédition, tel ou tel conflit, à d’autres sections développant plutôt ce à quoi pouvait ressembler la vie quotidienne des Franco-canadiens et des Amérindiens (habitat, nourriture, déplacement, agriculture et artisanat, religion, etc.). Un très chouette site très simple de navigation et ludique vraiment à visiter, accessible en un simple clic !

BD sur l'histoire du Québec français
La belle couverture du Tome 2, centré sur la période du Grand Dérangement. Vraiment, je ne saurais assez vous recommander cette BD, je l’ai découverte à l’époque au CDI de mon lycée et elle m’avait fasciné et m’a donné le goût de cette période historique, un peu (beaucoup trop) oubliée aujourd’hui.

Et puis enfin, si comme moi vous êtes des grands amateurs de BD historiques ce qu’il faut de romancée (et qui ont pour principe de raconter les grandes affaires et guerres de monde au travers de l’histoire d’un groupe de personnages aussi développés qu’attachants), je vous conseille au plus haut point la BD dont vous avez vu apparaître des extraits ici et là, et qui racontent les péripéties, joies et malheurs d’une groupe de franco-canadiens se retrouvant en plein milieu de cette terrible guerre de la Conquête qui vient de débuter. Du point de vue de la rigueur historique, je l’ai trouvé particulièrement bien faite. Au-delà du conflit qui déchire l’Amérique du Nord, elle offre également une formidable fresque de ce à quoi devait ressembler l’organisation sociale et politique ainsi que la vie et le quotidien dans la Nouvelle-France des années 1750-1760.

Espérant à nouveau que cet article vous a plus et permis de découvrir et/ou de mieux connaître une page importante de notre histoire, je vous invite également à ne pas hésitez à partager vos remarques, ressentis, avis, points de vue, informations complémentaires, et toutes autres réactions que cet article aurait l’occasion de vous susciter. Je me réjouis toujours du partage et de l’échange, même critique, que peut développer un de ces articles autour d’une thématique historique qui constitue l’essence de ce site de découverte et de vulgarisation historiques.

Et pour ceux qui souhaiteraient en savoir davantage sur la grande histoire dans laquelle s’imbrique la fin du présent récit, n’hésitez pas à aller consulter cette autre série d’articles de mon blog consacrée à l’histoire de la guerre de Sept Ans, première véritable « guerre mondiale » de l’Histoire (et dont la guerre de la Conquête ne constitue donc que le théâtre nord-américain de ce conflit entre grandes puissances européennes). Une guerre de Sept Ans centrale et charnière du grand conflit global (et planétaire) auquel se livrent la France et la Grande-Bretagne tout au long du XVIIIe siècle pour la domination du monde colonial et maritime (et que certains historiens ont d’ailleurs qualifié de « Seconde guerre de Cent Ans »).


En guise de prologue : Pocahantas : morale disneylandienne gnangnan, américo-orientalisme, mythe du bon sauvage, ou ode à la Nature et à l’Altérité ?

Pour finir, je souhaitais dédicacer cet article à mon arrière-grand-père chasseur, et au film Pocahantas. Pocahantas, c’était en effet le préféré et seul Disney de mon Grand-Papi, qui adorait ce film. Le seul qui était en cassette chez lui, et qui a bercé mon enfance passée là-bas.

Ce dessin animé nourrit mon imagination, ma fascination et mon profond respect des grands espaces de forêts et de prairies infinies nord-américaines et de la (les) culture amérindienne, bien avant le film Danse avec les Loups (qui me marqua aussi profondément – et dont l’un des plus puissants et profonds symboles demeure peut-être l’abattage barbare du loup « Chaussette » par les soldats de la cavalerie américaine…). Mais que dire alors de Pocahantas ?

Lorsque j’ai (enfin) crée mon compte Spotify l’hiver dernier et ainsi constitué les riches playlists qui rythment depuis mes journées, je retombais par hasard sur ma chanson préférée du célèbre Disney, et en écoutait cette fois avec grande attention les paroles. Relisons-les ensemble :

Pour toi, je suis l’ignorante sauvage,
Tu me parles de ma différence, je crois sans malveillance,
Mais si dans ton langage, tu emploies le mot “sauvage”,
C’est que tes yeux sont remplis de nuages, de nuages…

Tu crois que la Terre t’appartient toute entière,
Pour toi, ce n’est qu’un tapis de poussière.
Moi je sais que la pierre, l’oiseau et les fleurs,
Ont une vie, ont un esprit et un cœur.

Pour toi l’étranger ne porte le nom d’Homme,
Que s’il te ressemble et pense à ta façon
.
Mais en marchant dans ses pas, tu te questionnes,

Es-tu sûr, au fond de toi, d’avoir raison ?

Comprends-tu le chant d’espoir du loup qui meurt d’amour ?
Les pleurs des chats sauvages au petit jour ?
Entends-tu chanter les esprits de la montagne ?
Peux-tu peindre en mille couleurs l’air du vent ?
Peux-tu peindre en mille couleurs l’air du vent ?

Courons dans les forêts d’or et de lumière,
Partageons-nous les fruits mûrs de la vie,
La terre nous offre ses trésors, ses mystères,
Le bonheur, ici-bas, n’a pas de prix.
Je suis fille des torrents, sœur des rivières,
La loutre et le héron sont mes amis.
Et nous tournons tous ensemble, au fil des jours,
Dans un cercle, une ronde à l’infini !

Là-haut, le sycomore dort,
Comme l’aigle Royal, il trône impérial.
Les créatures de la nature ont besoin d’air pur,
Et qu’importe la couleur de leur peau.

Chantons tous en chœur les chansons de la montagne,
En rêvant de pouvoir peindre l’air du vent…

Mais la Terre n’est que poussière,
Tant que l’Homme ignore comment
,
Il peut peindre en mille couleurs l’air du vent ! »

Alors : mièvrerie « sauvageonne », mythe du « bon sauvage », ou grandiose et intemporel ode à la Nature, à la Terre, au Vivant et à l’Altérité ?

Pour ma part, moi, je partage le goût et le sentiment de mon Grand-Papi … 😉


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