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Aux origines de la guerre de Sept Ans (CHAPITRE III) : Succession d’Autriche et embrasement européen

Dans le premier puis second chapitres, nous nous étions centrés sur la présentation développée de l’arrière-plan socioéconomique européen (ainsi que mondial) qui caractérise le tournant des années 1740. Une période marquée, pour rappel, par la prééminence croissante du monde colonial dans l’économie, le commerce et la géopolitique des grandes puissances européennes (et ce particulièrement en ce qui concerne la Grande-Bretagne, la France et l’Espagne). Une croissance et rivalité (commerciale, coloniale, maritime,…) inédites à l’origine d’une sérieuse démultiplication et intensification des tensions internationales ; tensions qui commencent à augurer et même déjà à déboucher sur des conflits de grande envergure (comme nous l’avons vu notamment avec l’exemple de la guerre anglo-espagnole de l’oreille de Jenkins, qui éclate en 1739).

Cela va pas mal de soi, mais je recommande évidemment la lecture de cette série depuis son début ! 🙃

En ce milieu de XVIIIe siècle, un autre important terrain (et terreau) constitue également un espace de développement privilégié des conflits entre grandes puissances européennes : celui des questions de succession dynastique. Des problématiques il est vrai hautement récurrentes dans l’histoire de l’Europe moderne, et renvoyant invariablement aux grandes divergences (voire antagonismes) d’intérêts géopolitiques et géostratégiques qui traversent les puissances de l’époque (rivalités économiques, velléités territoriales, ambitions politiques,… et bien souvent un cocktail explosif de tout cela !).

Objet de ce troisième chapitre sur les origines de la guerre de Sept Ans, la guerre de Succession d’Autriche, qui embrase le continent européen de 1740 à 1748, en constitue à ce titre un exemple particulièrement frappant. Ce grand conflit impliquant la quasi-totalité des puissances européennes, et dont les racines sont profondément liées aux tensions géopolitiques du continent (mais qui atteindra également une dimension planétaire inédite – objet du quatrième chapitre), peut en effet être considéré comme le grand prélude, voire l’acte I de cette première « guerre mondiale » de l’Histoire que constituera la guerre de Sept Ans (1756-1763), qui lui succèdera à peine quelques années après (et à encore plus grande échelle). Bonne lecture !

Le sommaire complet de ce troisième chapitre de la série, dont l’accès intégral est réservé aux abonné(e)s du blog (alors abonnez-vous ou débloquez l’ensemble du contenu du site pour 1 mois pour seulement 5€, et soutenez ainsi mon travail et mon indépendance ! 🙏😉)

La guerre de Silésie : quand la Prusse embrase l’Europe

Décembre 1740, frontière austro-prussienne. De longue file d’hommes en uniforme noir, blanc et jaune traversent le fleuve. Des centaines. Des milliers. Voilà des semaines qu’ils sont massés là par le jeune Frédéric II le long de l’Oder, le grand fleuve polonais séparant les royaumes de Prusse et de Bohême. Sans la moindre déclaration de guerre, le tout jeune roi de Prusse (qui vient d’hériter du trône de son père, en même temps que de la redoutable armée bâtie par ce dernier) vient ainsi d’envahir la Silésie, la plus riche province de son puissant voisin et allié autrichien. Un véritable coup de poker géostratégique, qui par effet domino, s’apprête bientôt à embraser l’ensemble du continent européen..

En attendant, la percée est fulgurante. En à peine deux semaines, grâce à l’effet de surprise (ainsi qu’à une armée très en avance sur son temps), la petite Prusse de Frédéric II prend le contrôle d’un territoire représentant plus d’un million d’habitants (soit autant que sa propre population), en même temps que de la plus riche possession de la jeune Marie-Thérèse d’Autriche. Embourbée dans un épineux conflit dynastique, l’héritière de l’empire des Habsbourg n’avait pourtant vraiment pas besoin de ça…

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Vienne, octobre 1740 (soit deux mois avant l’invasion de la Silésie par la Prusse). La capitale impériale de la première puissance d’Europe centrale vient brusquement de se retrouver au centre de l’attention européenne. Le décès soudain de l’empereur Charles VI, mort sans descendance masculine, vient en effet de provoquer une grande instabilité dans le vaste échiquier du Saint-Empire romain germanique (entité politique complexe sur laquelle nous allons nous attarder un peu). Partout, dans les capitales des différents royaumes composant l’Empire (et au-delà), on s’affaire, on intrigue, et l’on place ses pions.

L’équilibre européen est [au XVIIIe siècle] la notion fondamentale qui préside aux relations internationales. […] Cet équilibre est en particulier compromis à tout moment par les problèmes de succession, car les États monarchiques conservent encore un caractère archaïque d’États patrimoniaux. Et l’Europe dynastique sera, tout au long de la période, une source involontaire de conflits par suite de l’extinction de la famille régnante et des contestations apportées par les collatéraux aux règlements envisagés.

Jean Meyer et Jean Béranger, La France dans le monde au xviiie siècle, 1993, pP. 16-18

À sa mort, faute de descendants mâles, l’empereur Charles ne présente en effet aucun héritier « naturel ». Bien au courant de ce problème à venir, l’archiduc d’Autriche avait pourtant organisé de longue date le principe de sa succession. En l’occurrence : qu’elle revienne à une femme, en la personne de l’une de ses filles – une première dans l’histoire du Saint-Empire (sur lequel sa famille des Habsbourg règne alors depuis près de 300 ans !). Une décision qui n’a cependant jamais vraiment été pleinement acceptée par ses différents électeurs (du nom donné aux dirigeants des différentes provinces et territoires composant cette étrange entité politique qu’est le Saint-Empire, et dont seul le collège réuni a le pouvoir d’élire son empereur). Et une situation qui s’apprête ainsi à transformer une classique querelle dynastique interne (comme l’Europe en compte alors cinq par siècles…) en un conflit européen de haute intensité.

Toutefois, comme Charles ou la jeune Marie-Thérèse ne l’aurait peut-être jamais soupçonné, ce n’est pas des monarques (et candidats) concurrents de la Bavière ou de la Saxe, mais de la petite Prusse que vient finalement la grande agression. Pourquoi Frédéric II, considéré par Marie-Thérèse comme l’un de ses plus fidèles alliés, envahit-il donc son puissant (et géant) voisin, prenant ainsi tous les risques ?

Pour comprendre les ressorts de cette invasion, qui marque le coup d’envoi d’un conflit européen (et bientôt planétaire) parmi les plus importants du XVIIIe siècle (et qui s’apprête à porter la guerre de la Pologne à l’Allemagne, et de l’Italie aux Pays-Bas), il nous faut revenir, une fois n’est pas coutume, dans les dessous de la géopolitique européenne de l’époque, et dans le détail des intérêts géostratégiques intensément antagonistes qui traversent les grandes puissances continentales de l’Europe de 1740.

Carte de l'Europe après le traité de Vienne de 1738, à la veille de la guerre de Succession d'Autriche
À la veille du déclenchement de la guerre de Succession d’Autriche, l’Europe (ici représentée en 1738, suite au traité de Vienne) s’apparente à une véritable poudrière, tant le continent est partout traversé par de profonds et puissants intérêts antagonistes entre grandes puissances voisines.
(© P. S. Burton, via Wikimedia Commons)

Derrière la Succession d’Autriche, le « House of Cards » de la géopolitique européenne

Si d’aucun parmi vous sont adeptes de Game of Thrones ou de la série House of Cards, ce qui va suivre devrait vous plaire.

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… Fin du Chapitre III …

Pour patienter : le troisième chapitre de ma série sur l’histoire de la Nouvelle-France, centrée sur celle de la « guerre de la Conquête » (qui correspond globalement au théâtre nord-américain de la guerre de Sept Ans)

Dans le quatrième et dernier chapitre de cette grande série préliminaire, je vous plongerai dans la dimension planétaire et maritime de la guerre de Succession d’Autriche. Partie du continent, ce conflit entre grandes puissances européennes s’étendra, pour les concernées, à l’ensemble de leurs colonies d’outremer (particulièrement aux Amériques et aux Indes). Espaces coloniaux qui seront ainsi le théâtre d’un affrontement sans précédent entre puissances mondiales, en particulier entre l’Espagne, la France et la Grande-Bretagne, esquissant déjà le grand choc que constituera la guerre de Sept Ans, à peine une décennie après le conflit de Succession d’Autriche (qui peut donc être vu comme une simple armistice…).

Une guerre de Sept Ans qui se traduira, quant à elle, par un affrontement naval inédit dans l’Histoire, et qui verra notamment la France et la Grande-Bretagne (ainsi que l’Espagne) s’affronter sur trois grands théâtres (l’espace nord-américain et les Antilles, l’Europe et la Méditerranée, et l’océan Indien, les Indes et le Pacifique), représentant la quasi-totalité des mers du globe.

Une guerre désastreuse pour la France, qui après quelques années de résistance, finira en effet totalement dépassée par la toute puissance maritime du Royaume-Uni. Une France qui enregistrera ainsi durant les dernières années du conflit désastre sur désastre sur terre et mer, de lourdes défaites qui lui coûteront son premier empire colonial, et nourriront au sein du Gouvernement ainsi que de la population française un profond désir de revanche.

Revanche qui se matérialisera notamment au travers de l’engagement de la France dans la guerre d’Indépendance américaine deux décennies plus tard. Un nouveau conflit contre la Couronne britannique dont la France sortira finalement victorieuse mais financièrement exsangue, l’affront de la guerre de Sept Ans ayant ainsi été lavé (mais à quel prix ?).

La première partie de mon histoire de l’implication de la France dans la guerre d’Indépendance américaine, à lire également en complément, pour les intéressé(e)s !

À très bientôt pour la suite ! 😉


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