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La grande épopée de la Nouvelle-France (CHAPITRE II) : du comptoir de commerce à la colonie royale

Après avoir étudié dans le premier chapitre la découverte et l’exploration du Canada puis l’implantation des premiers établissements permanents dans la jeune colonie française, nous allons pouvoir observer et détailler dans cette seconde partie la formidable mutation que la colonie va connaître à partir de l’arrivée au pouvoir de Louis XIV.

Les grandioses paysages canadiens vus par la BD Les Pionniers du Nouveau Monde (tome 1, p. 28)

Le « Roi Soleil », grand et célèbre artisan de l’affermissement de la puissance française en Europe, va en effet aussi déployer en direction de ses colonies outremers – et en particulier de la Nouvelle-France – une politique de développement d’envergure, faisant de ce qui est devenue désormais officiellement une colonie royale, à la fin du siècle, un immense territoire bien administré et organisé, et couvrant près de la moitié de l’Amérique du Nord. C’est à ce nouveau chapitre fondateur de la grande épopée de l’ancienne Amérique française que nous allons nous intéresser maintenant. Bonne lecture !

Le sommaire complet du second chapitre de cette série, dont l’accès intégral sera réservé aux abonné(e)s du blog (alors abonnez-vous ou débloquez l’ensemble du contenu du site pour 1 mois pour seulement 5€, et soutenez ainsi mon travail et mon indépendance ! 🙏😉)

Premier impératif : peupler la Nouvelle-France et le Canada français

Sur les bords du Saint-Laurent, la France, depuis Richelieu, avait établi une véritable colonie, un morceau d’elle-même, un prolongement de la mère patrie. Par le recrutement de sa population autant que par son régime administratif, le Canada était bien une province du royaume.

Pierre Gaxotte, Le Siècle de Louis XV, pp. 197-198

Bien avisé par son secrétaire d’État à la Marine Colbert (ministère auquel est rattachée la gestion des colonies), le jeune monarque donne dès le début de son règne un véritable coup de barre en direction de sa Nouvelle-France. Dans un premier temps, Louis XIV met fin à l’ère des compagnies commerciales et instaure une administration calquée sur celle en vigueur dans les provinces de France (faisant en quelque sorte de la Nouvelle-France une province française ultramarine, à l’image de nos départements d’outre-mer d’aujourd’hui).

Cela va pas mal de soi, mais je recommande évidemment de commencer la lecture de cette série depuis son début ! 🙂

Comme nous l’avons vu, l’administration de la Nouvelle-France qui prévalait jusque-là (et qui consistait à confier l’administration de la colonie à une compagnie qui exerçait un monopole sur la traite des fourrures, et devait en contrepartie s’occuper du peuplement) n’avait pas donné de brillants résultats. Durant toute cette période, la Nouvelle-France demeura une colonie-comptoir, où l’essentiel de la chasse fournissant les pelleteries était le fait des partenaires commerciaux autochtones des Français.

On imagine bien que dans ce cadre de fonctionnement, l’importation de colons ne présentait donc que très peu d’intérêts économiques pour les compagnies qui se succédaient : il leur suffisait d’entretenir les trois grands postes de traite que constituaient Tadoussac et Québec pour le Canada et Port-Royal pour l’Acadie. Même la tentative de la Compagnie des Habitants, où les coloniaux formèrent eux-mêmes la compagnie détenant le monopole, se solda par un échec (bien aidé il est vrai par la situation catastrophique de la Nouvelle-France durant cette période, où la guerre avec les Iroquois faisait rage).

* * *

Dès son arrivée au pouvoir, Louis XIV met donc fin à ce régime avec l’instauration du gouvernement royal. À partir de 1663, le gouverneur de la Nouvelle-France (représentant du roi détenant l’autorité du commandement militaire) se voit ainsi assisté d’un intendant, haut-fonctionnaire compétent recruté au sein d’une bourgeoisie émergente, et ayant à s’occuper des affaires de police, de justice, des finances, et plus globalement, du développement économique et démographique de la colonie. Un « conseil souverain » est également mis en place, ayant vocation à réunir au sein d’un même collège les deux dignitaires (gouverneur et intendant), l’évêque, ainsi que quelques notables triés sur le volet.

Jean Talon inspectant la construction d’un navire à Québec. Témoin du souci de la Métropole de structurer son domaine colonial nord-américain, l’intendant avait pour mission de veiller à l’administration civile de la colonie, telle que la gestion de ses finances et à l’administration de son système de justice (soit un rôle identique à celui de l’intendant d’une province de France). En somme, celui-ci était responsable du bon fonctionnement général de la société au quotidien ainsi que de son développement économique. Il fonctionnait en quelque sorte en binôme avec le gouverneur général, premier personnage hiérarchique au Canada. Ce dernier continuait, pour sa part, de diriger les affaires diplomatiques et militaires, en plus d’exercer une certaine surveillance sur le clergé et l’éducation.

Mise en place dans la continuité de la grande réforme de l’administration territoriale conduite en France en 1661, la province canadienne voit néanmoins quelques spécificités lui être accordées, notamment des gouverneurs qui y conservent une importance plus grande qu’en France, du fait de l’isolement de la colonie et des risques encourus sur le plan militaire face aux Iroquois et aux Anglais.

Dans le cadre de cette nouvelle politique d’envergure de développement de la Nouvelle-France, l’un des premiers gros dossiers arrivant sur la table du ministre Colbert est celui du sous-peuplement chronique de la colonie. Celui-ci résulte notamment des politiques mercantilistes appliquées par les compagnies de traite des fourrures successives, et qui ont fait que très peu de colons ont été en pratique encouragés ou financés pour venir s’installer en Nouvelle-France.

Depuis près d’un siècle en effet, ceux-ci arrivent aux compte-gouttes : on considère ainsi l’agriculteur Louis Hébert et son épouse Marie Rollet, installés dans la colonie en 1617, comme les premiers véritables colons de la Nouvelle-France. Si au milieu des années 1630, quelques familles de la région du Perche choisissent Québec et la Nouvelle-France, cela reste des cas isolés. En 1640, la colonie ne compte guère plus de 400 habitants. En 1661, ils seront à peine 2 500, sur un territoire revendiqué grand comme une ou deux fois la France (bien que l’essentiel des colons se concentrent dans la vallée du Saint-Laurent, entre Trois-Rivières et Québec).

Des chiffres à mettre en perspective avec les colonies anglaises voisines, qui au même moment, comptent déjà plus de 30 000 habitants, une population qui plus est en forte croissance. Alors que la France est alors de loin le pays le plus peuplé d’Europe, cette dernière fournit donc incomparablement moins de candidats à l’émigration que les îles Britanniques. Il existe à cet égard de nombreux éléments contextuels permettant d’expliquer cette dissymétrie.

Zoom sur : dès l’origine, des dynamiques de peuplement très différentes entre Amériques française et britannique

Contrairement à ce que peut suggérer une Histoire perçue au prisme de son résultat, rien ne prédestinait à vrai dire la Grande-Bretagne plus que les autres grandes puissances coloniales de l’époque à devenir la future puissance dominante du continent nord-américain. Replacée au début du XVIIe siècle, du point de vue de l’Angleterre, la perspective n’est effectivement guère brillante : alors que l’Espagne règne déjà en maîtresse sur la quasi-totalité des Caraïbes et de l’Amérique latine, que les Portugais sont établis du Brésil aux Indes et que les Hollandais ont déjà posés en Asie les bases de leur future empire commercial, les Anglais ne sont encore qu’une puissance maritime de seconde zone, presque encore plus en retard que la France dans la colonisation du Nouveau Monde :

En Amérique, les Anglais arrivent bons derniers : Walter Raleigh a relâché sur le littoral de ce qui fut aussitôt la Virginie, avec les dernières années du XVIe siècle, mais y a fondé un établissement éphémère ; les pèlerins du Mayflower arrivent, en 1620, au cap Cod, sur la côte de ce qui sera le Massachusetts. C’est là, à première vue, un lot géographique peu plaisant : une côte maussade, coupée d’estuaires, de golfes, de vraies mers intérieures comme la très vaste baie de Chesapeake, par surcroît une côte marécageuse, forestière, coincée vers l’ouest par les dures montagnes des Alleghanies [massif des Appalaches]. En somme, une vaste région, mal soudée dans ses différentes parties et exclusivement grâce aux lentes navigations côtières. En outre, il a fallu en éliminer des concurrents tardifs, Hollandais, Suédois, enfin survivre aux attaques insidieuses des Indiens. Cependant les Français, partis du Saint-Laurent, avaient saisi, du moins reconnu, puis occupé les Grands Lacs et l’énorme vallée du Mississippi jusqu’à son delta, où poussera La Nouvelle-Orléans. Ils ont réussi un vaste mouvement enveloppant. La première manche leur revient. La tête de pont anglaise est dès lors coincée entre la Floride où l’Espagnol a poussé ses avant-postes et le vaste, trop vaste Empire français, avec ses coureurs des bois en quête de fourrures et ses actifs missionnaires jésuites. Vers l’ouest, l’expansion anglaise, quand elle s’amorce vraiment au XVIIIe siècle, se heurte aux forts des garnisons françaises.

Fernand Braudel, Grammaire des civilisations, pp. 603-604

Comme le résume parfaitement la citation ci-dessus du célèbre historien Fernand Braudel, alors que les Français vont se contenter en Amérique du Nord d’occuper le terrain, voilà l’avantage décisif que les Britanniques auront développé vis-à-vis de leurs homologues et concurrents coloniaux : le substantiel avantage du nombre. Les contextes nationaux auront, à cet égard, beaucoup joué dans ce différentiel de peuplement. Dans l’immense pays fertile et agricole qu’est la France de la Renaissance et de l’Ancien Régime (qu’on l’on peut voir pour l’époque comme l’équivalent de la Chine moderne en terme d’envergure et de rapports espace-temps), les terres ne manquent pas, et au vu des risques de la traversée et de la survie sur place, les candidats à l’émigration ne se pressent pas. Tout le contraire des îles Britanniques de la même époque, dont l’agitation politique et religieuse « jette de l’autre côté de la “mare aux harengs” les turbulents sectateurs protestants, ces “cavaliers” que décourage l’Angleterre de Cromwell » (Braudel, Grammaire des civilisations, p. 604). Un chiffre, à lui seul, résume à peu près tout : pour 1 Français, ce seront 30 Anglais qui auront quitté le Vieux Continent pour l’Amérique du Nord. Tous ces nouveaux venus seront en nombre tel que, lorsque la vraie lutte commencera à poindre, il y aura d’un côté plus d’un million d’Anglais, et de l’autre à peine 70 000 à 90 000 Français. Cette accumulation explosive de forces – et la concurrence économique et territoriale croissante à laquelle se livreront les deux colonies –, ne pourra ainsi que conduire au grand choc entre ces dernières, forcément fatale à l’une ou à l’autre.

Pourquoi les Britanniques sont-ils tellement plus nombreux que les Français à s’installer en Amérique ?

Nous l’avons laissé entendre plus haut, et c’est une réalité indispensable à comprendre : les Britanniques ont bien davantage de raisons de quitter leurs pays natal et de venir s’installer au Nouveau Monde que les Français de la même époque. Au-delà même du climat plus rude des îles Britanniques (surtout en cette époque du petit âge glaciaire), il y a tout d’abord les persécutions religieuses qu’y endurent là-bas une frange importante de la population (catholique comme protestante au demeurant). Mais aussi, encore plus structurellement, la politique d’enclosure qu’y mènent depuis la fin du Moyen-Âge les riches propriétaires terriens, phénomène qui s’est beaucoup intensifié à la Renaissance et qui prive de nombreux paysans modestes de terres à cultiver. Autant de paramètres qui, combinés à une croissance démographique soutenue, ne pourront que favoriser ce vaste mouvement d’émigration des classes pauvres ou religieusement persécutées vers les territoires tempérés et « libres » des colonies anglaises d’Amérique.

Lorsque les migrants [anglais] arrivent en Amérique au début du XVIIe siècle, il y a cette idée puritaine très présente sous Cromwell qu’ils sont le peuple élu venu bâtir une sorte de société chrétienne idéale.

Stéphane Haffemayer, dans un entretien donné au magazine Historia pour son numéro spécial « Cromwell, la république anglaise », p. 39

Deux autres facteurs importants (dont ne bénéficiera pas la Nouvelle-France, au moins jusqu’à la fondation de la Louisiane au tournant du XVIIIe siècle) vont jouer aussi substantiellement en faveur du peuplement des Treize Colonies : leur facilité d’accès par mer douze mois par an, et leur abondance de plaines et de terres fertiles au climat doux, propices au développement de l’agriculture vivrière comme aux activités agricoles à finalité commerciale (notamment les cultures de plantation axées sur les produits exotiques – tabac, coton, etc.).

Les Treize Colonies britanniques d'Amérique du Nord, qui encerclent au milieu des années 1750 la Nouvelle-France
Les Treize Colonies britanniques originelles, avec leur dynamique d’extension au nord et à l’ouest, vers la Nouvelle-France.

Au-delà de ces considérations géographiques et religieuses, de façon plus générale, il existera un très important contraste dans la nature du peuplement des deux colonies rivales. Comme le soulignait dès 1744 le père Charlevoix, les premiers habitants du Canada étaient « ou des ouvriers qui y ont toujours été occupés à des travaux utiles, ou des personnes de bonnes familles qui s’y transportèrent dans la vue d’y vivre plus tranquillement et d’y conserver plus sûrement leur religion qu’on ne pouvait le faire alors dans plusieurs provinces du royaume où les religionnaires étaient forts puissants ». Contrairement à l’image qui en a abusivement été donnée notamment par les « philosophes » des Lumières au XVIIIe siècle (et qui se plairont alors à dépeindre la Nouvelle-France comme un « ramassis de filles malades et d’anciens galériens »), les immigrants français au Canada n’étaient ni des aventuriers, ni des malingres, ni des déportés, ni des misérables. Certes, il y aura bien quelques centaines de bagnards acheminés en Louisiane à l’époque de la compagnie du Mississippi de John Law (sous la Régence), puis plus tard un millier de prisonniers envoyés de France entre 1723 et 1749 pour parer à la crise de main d’œuvre. Mais ces volumes demeureront il faut bien le dire tout à fait négligeables rapportés à la masse des immigrants issus essentiellement de la paysannerie, du clergé ainsi que de la petite bourgeoisie et de la petite noblesse des régions de l’Ouest de la France :

Un coureur des bois accompagnant une petite compagnie de troupes de la Marine joue le rôle d’interlocuteur avec des Amérindiens. La forte proportion de militaires parmi les premiers habitants de la Nouvelle-France (et le fait qu’une part importante des soldats choisiront une fois démobilisés de ne pas rentrer en France et de s’établir au pays) donnera nous le verrons au Canada des origines une coloration très « martiale », qui expliquera probablement la haute proportion de colons engagés au sein de la milice, de même que l’efficacité et le pragmatisme de cette dernière sur le terrain.

Les fondateurs du Canada furent des gens fort honorables […]. La pureté des mœurs, les fleurs de vertu et d’héroïsme qui s’épanouirent en Nouvelle-France ne pouvaient avoir poussé sur une pourriture morale […]. Outre l’honorabilité, les immigrants de l’Ancien Régime avaient apporté ici, avec une foi ardente, un attachement solide à la patrie française. Ils venaient des pays de la guerre de Cent ans et des guerres de religion. L’épreuve, la réaction contre l’ennemi avaient fortifié en eux leurs enracinements spirituels. […] Ils connaissaient le règne de l’ordre, de la discipline sociale. En l’âme de ces nobles et de ces paysans, vibraient la fierté d’appartenir à la meilleure race, au plus beau royaume du monde. […] Avec émotion, leurs lointains descendants peuvent remercier la Providence d’avoir ménagé à leur père qui étaient des pauvres, la richesse supérieure de la probité et de l’honneur. Après la foi, le premier bien et le plus rare privilège, pour un peuple, ne serait-ce pas de pouvoir avouer tous ses ancêtres ?

M. le chanoine Groulx, professeur à l’université de Montréal, dans son ouvrage Naissance d’une race

Rien à voir, donc, justement, avec le cas des colonies anglaises voisines, alimentées en peuplement par des sources hélas bien moins avouables pour leurs descendants modernes :

C’est faire un honneur excessif aux colons anglais que de les représenter tous comme des dissidents religieux ou politiques, de nobles proscrits fuyant par grandeur d’âme leur ingrate patrie. Il y avait aussi parmi eux des vagabonds, des mendiants, des déportés de droit commun, des criminels graciés, d’anciens forçats et des aventuriers. Un historien américain conseillait à ses compatriotes épris de généalogies lointaines, de commencer leurs recherches par les greffes des prisons anglaises. La boutade n’est point sans fondement. Ce n’est pas d’hier non plus qu’on a inventé le moyen de stimuler l’émigration par des réclames alléchantes et fantaisistes. Rien n’égale à cet égard les opuscules imprimés à l’usage des paysans allemands et suisses. À les en croire, le paradis terrestre n’était qu’un pauvre petit jardinet à côté de la Caroline. Cette propagande portait ses fruits. Les émigrants réunis par les racoleurs partaient pour l’Amérique munis d’un contrat de travail qui, pendant dix ou vingt ans, en faisait de véritables esclaves. À leur arrivée, l’armateur les mettait aux enchères.

Pierre Gaxotte, Le Siècle de Louis XV, p. 201

Ce dernier aspect demeure en effet peu connu : il constitua pourtant une importante réalité du « phénomène colonial ». Ces Européens issus des classes les plus pauvres venus au Nouveau-Monde pour tenter d’échapper à la misère de leur pays en contrepartie d’années de travail gratuits dans les plantations et les fermes (une forme d’esclavage à durée limitée…), on les appelait les « engagés ». Ils furent des centaines de milliers à peupler les différentes colonies du monde colonial européen. Oubliés par l’Histoire à la différence de la il est vrai hautement tragique traite négrière (qui concerna elle plusieurs millions de déportés africains – vendus dans leur cas par les royaumes de leur propre continent…), ces « Engagés » constituent un autre grand drame de la colonisation européenne des Amériques (voir cet autre article du blog pour plus de détails sur ces tristes sujets) :

Plus de trois quarts des quelque 120 000 immigrants britanniques débarqués dans la [colonie anglaise de la Virginie] au cours du XVIIe siècle le furent sous le signe de la servitude. À la maison, la plupart avaient été victimes d’un long processus de dépossession de leurs terres, orchestré par la caste aristocratique anglaise. Trop pauvres pour se payer une traversée de l’Atlantique, on leur avait proposé l’occasion de devenir propriétaire d’une terre en échange de 4 à 7 années de leur vie à travailler, sans salaire, les champs de tabac de leurs maîtres. Sous les rayons brûlants du soleil d’été, une humidité étouffante et des nuées d’insectes porteurs de pathogènes mortels, ces « engagés » menaient des vies pénibles et courtes. Dans la poursuite de leur rêve, une majorité succomba avant même l’expiration des termes de leur servitude en raison d’une combinaison de maladies et de surcharge de travail. Initialement, la mortalité fut telle que seuls 20 % des 10 000 colons importés dans la colonie entre 1607 et 1622 étaient toujours vivants en 1622. Malgré cela, la population coloniale continua de croître par l’importation massive d’immigrants pour répondre aux besoins de labeur dans les champs de tabac qui se multipliaient. 

Marco Wingender, « La Virginie, le rouleau compresseur colonial anglais », article publié originellement le 13 juillet 2022 sur le site web québécois Libre Media


De façon générale, des Britanniques poussés à l’émigration vers le Nouveau Monde par de puissants mécanismes intérieurs

Dans une perspective plus générale, il n’y a aucune comparaison possible entre les flots de population qui débarqueront de façon presque continue dans les ports de la Virginie ou de la Nouvelle-Angleterre dès le second quart du XVIIe siècle, et l’émigration au compte-goutte vers la vallée du Saint-Laurent ou plus tard la Louisiane. Pays immense comparable à l’époque à la Chine d’aujourd’hui, la France de l’Ancien Régime demeure un pays d’essence rurale et agricole, où les nouveaux bras sont toujours les bienvenus et où les terres ne manquent pas. Soit tout le contraire des îles Britanniques de la même époque, objets d’une croissance démographique importante et que le pays n’est guère en capacité d’absorber, en particulier sur le plan agricole, l’ère étant alors à l’enclosure (la privatisation par de riches propriétaires fonciers des anciennes terres communales, et leur transformation quasi-systématisée en pâturages exclusifs pour des troupeaux de moutons, dans le cadre du commerce de la laine alors en pleine expansion). Les paysans britanniques manquent de terres et connaissent une grande paupérisation depuis le début de l’époque moderne. Aussi sont-ils nombreux, à la différence de leurs voisins d’outre-Manche, à prendre le risque du grand voyage à travers l’Atlantique dans le rêve d’une vie meilleure (ils seront nombreux à « s’engager » avec leurs familles sur démarchage actif des riches colons et marchands, et ce seront par bateaux entiers qu’ils gagneront les colonies américaines).

Petites et désormais surpeuplées et hostiles au paysan libre, les îles Britanniques exportent ainsi en Amérique leur excédent démographique. Au plus fort de l’émigration au milieu du XVIIe siècle, c’est tous les jours en moyenne un navire qui quitte la Grande-Bretagne pour l’Amérique du Nord, chargé de familles de paysans fauchés, de cadets de famille sans perspective, de puritains en quête de liberté exclusive, de vagabonds et de délinquants de droit commun qui se voient ainsi offrir une seconde chance (des historiens britanniques estiment que ce serait entre 50 000 et 120 000 prisonniers – de droit commun, politiques et de guerre – qui auraient été déportés par l’Angleterre vers ses colonies américaines entre 1610 et 1776). Oppressés par la domination anglaise, les Irlandais et les Écossais vont également émigrer en masse vers les colonies anglaises d’Amérique, qui offrent un refuge et la perspective d’un pays plein de promesses, où la misère et la disette n’existent pas, et où la terre abonde. Des milliers de protestants d’origine suisse, hollandaise, allemande, scandinave,… complèteront pour finir ce flux en direction de l’Amérique anglaise, qui dès ses origines aura toujours été dix fois plus peuplée que sa voisine (et bientôt rivale) française. La perspective d’un ennemi commun achèvera plus tard de cimenter toutes ces disparités de cultures et d’origines :

Le besoin de vivre et de se protéger imposa [aux émigrés anglais, écossais, irlandais, suisses, allemands, etc. des Treize Colonies] une vie commune. Ils se groupèrent contre les Indiens, contre les Hollandais, contre les Espagnols, contre les Français. Le sentiment du danger en fit un corps uni et vigoureux, toujours prêt à l’attaque comme à la défense.

Pierre Gaxotte, Le Siècle de Louis XV, pp. 201-202

Carte du Canada français et du nord des colonies anglaises d'Amérique du Nord
La Nouvelle-France et les territoires des colonies voisines vers le milieu du XVIIe siècle. Notez qu’à cette époque, la région avoisinant le fleuve Hudson est encore une colonie néerlandaise autonome, appelée la Nouvelle-Hollande (sa capitale, la Nouvelle-Amsterdam, est d’ailleurs appelée à une certaine postérité : il s’agit de rien de moins en effet que de la future New-York… !). Peu nombreux et bientôt encerclés par les colonies anglaises voisines et populeuses de la Virginie au sud et de Nouvelle-Angleterre au nord (elles-mêmes d’ailleurs encerclées plus tard par la Nouvelle-France), les colons de Nouvelle-Hollande seront rattrapés par le contexte de guerre maritime entre leur Métropole et l’Angleterre et finiront annexés par cette dernière (dans le cadre de la seconde guerre anglo-néerlandaise, une petite escadre britannique commandée par le duc d’York s’emparera en effet de la Nouvelle-Amsterdam ; lors du traité de paix du 1664, les Provinces-Unies choisiront de céder ce territoire aux Britanniques, privilégiant leur colonie sucrière et cacaotière du Surinam et la consolidation de leurs positions aux Indes orientales – espaces jugés bien plus rentable et plus intéressants que l’Amérique du Nord de leur point de vue…).

La Nouvelle-France, quant à elle, se voit à l’époque beaucoup moins attractive pour les populations françaises et leur riche pays agricole au climat agréablement tempéré. En métropole, en effet, la Nouvelle-France n’a guère bonne presse : traversée longue et éprouvante (en moyenne, 10% des passagers y perdent la vie), hivers difficiles et climat extrêmement hostile, implantation très laborieuse pour des Français majoritairement ruraux, attaques iroquoises surprises, souvent suivies de tortures… Rien pour susciter des vocations ! À l’heure où la traversée du vaste océan Atlantique Nord sur de fragiles bateaux en bois demeure un voyage hautement dangereux et périlleux, s’expatrier en Nouvelle-France constitue en définitive rien d’un moins qu’un véritable périple initiatique, comme le rappelle par le menu l’historien québécois Marco Wingender :

Les paysans et les artisans français qui n’avaient vraisemblablement jamais vu la mer devaient y penser à deux fois avant de s’embarquer dans une aventure aussi périlleuse et aller tenter leur chance dans la nature sauvage nord-américaine. Pour arriver à bon port, il fallait s’enfermer dans le ventre d’un navire pour un mois et demi, deux mois, voire trois. Tous les passagers, peu importe leur rang, devaient endurer les montagnes russes qui ballottaient le vaisseau et le grondement incessant du bois dans leurs quartiers sombres et humides où l’eau salubre se faisait rare. […] Pour le voyageur transatlantique, le mal de mer, l’eau rance, la puanteur, l’étroitesse des cales, la promiscuité, un régime lassant, les fièvres de navire, les parasites, les dommages de l’eau salée sur les vêtements et les bagages ainsi que des tempêtes violentes constituaient les misères quotidiennes. Si des vents contraires ou le calme plat perduraient, on courrait le risque de voir les réserves de nourriture s’épuiser avant de toucher terre. Apparaissait alors la menace du scorbut, telle une épée de Damoclès pendue au-dessus de la tête des passagers. En 1662, rien de moins que le tiers des engagés transportés dans les navires du roi ne survécurent pas à leur traversée. Aussi tard qu’à la moitié du XVIIIe siècle, si moins de 10 % des personnes à bord décédaient durant une traversée, celle-ci était considérée comme un bon voyage !

Des colons canadiens en train de bâtir une maison dans la vallée du Saint-Laurent, aux alentours des années 1690.
(© Francis Back pour le site québécois Anecdotes Historiques)

Débarquer en Amérique, c’était un peu comme renaître pour entreprendre une nouvelle vie. D’ailleurs, après avoir atteint les bancs de Terre-Neuve, les marins baptisaient les voyageurs qui réalisaient leur première traversée en guise de rite de passage. En s’expatriant, les arrivants français laissaient derrière eux leur coin de pays pour se livrer à un véritable continent. Celles et ceux qui débarquaient dans la vallée du Saint-Laurent découvraient alors un univers sans commune mesure avec ce qu’ils avaient connu en France et l’immensité de sa nature vierge ne pouvait que les dépasser. Ils venaient de remonter un fleuve aux dimensions colossales trônant entre des paysages majestueux de montagnes et de forêts aux arbres géants — habitées d’une flore et d’une faune diversifiées et abondantes — qui s’échelonnaient à perte de vue. L’expression “Nouveau Monde” revêtait certainement un sens bien réel et concret pour ces gens dont aucun texte ou aucune image n’avait pu les préparer à une telle expérience de vie.

Marco Wingender, extrait du chapitre « La traversée de l’Atlantique nord : une renaissance initiatique », issu de son remarquable ouvrage Le Nouveau-Monde oublié – La naissance métissée des premiers Canadiens

Une émigration française existera bien à vrai dire à cette époque, mais elle va se diriger plutôt vers les colonies des Antilles (où la mortalité est pourtant très forte en raison des maladies tropicales), ainsi que vers la péninsule ibérique, où les artisans aussi bien que les travailleurs non qualifiés sont alors attirés par les bons salaires. Par contraste, la Louisiane, l’Acadie, et par-dessus tout la vallée laurentienne avec son hiver sibérien et ses attaques iroquoises, conserveront longtemps leur mauvaise réputation. La perspective maintenant replacée au début des années 1660, lorsque Louis XIV décide enfin de changer radicalement la politique de développement de sa Nouvelle-France, les autorités vont donc devoir trouver urgemment des moyens d’attirer des colons et de peupler cette grande colonie vide.


Face à ce contexte d’une Nouvelle-France sous-peuplée, la première mesure que met en place le secrétariat de la Marine répond directement à un grave problème dans le problème dont pâtit la colonie concernant sa problématique démographique : celui du déséquilibre des sexes. En effet, non seulement la colonie souffre depuis son origine d’un grave déficit de colons, mais supplémentairement, presque tous les immigrants sont des hommes, très peu de familles s’étant installées pour défricher des terres (une des raisons qui pourraient également expliquer pourquoi Champlain puis les autorités coloniales successives s’étaient pragmatiquement montrés si ouverts au métissage).

Afin de remédier à ce premier problème, dès 1663, est mis en place un programme de recrutement de « filles à marier ». De 1663 à 1673, près de 770 orphelines d’origine très modeste, munies d’un certificat de bonnes mœurs fourni par leur curé, traversent ainsi l’Atlantique et font souche en Nouvelle-France. Elles donneront naissance à elles-seules à 4 500 bébés. Appelées les « Filles du Roy », ces orphelines provenaient pour la plus grande partie d’entre elles de l’hôpital général de Paris, où étaient placées des filles de différentes classes sociales, dont des familles de gentilshommes indigents. Il est ici intéressant de noter que la forte proportion de parisiennes parmi ces mères de famille pionnières entraînera une rapide uniformisation des parlers dans la colonie en faveur du « français du roi » (la France parlant à l’époque, selon les régions, des patois très différents – breton, basque, occitan, etc.).

Une autre anecdote aussi cocasse que navrante à noter sur ce thème est le choix de l’État français de mettre un terme à ce programme en 1673 et de ne plus encourager aussi fermement l’émigration au Canada de peur de… « dépeupler le Royaume » ! Il était convenu que désormais, c’est par croissance naturelle que la population du Canada (qui avait doublée durant la période) devrait se faire, selon l’idée d’alors que cela permettrait « au caractère distinct des Canadiens de s’en affirmer que plus rapidement ». Cette croissance naturelle, il est vrai, était importante : en moyenne, la population doublait tous les vingt-cinq ans. Mais la Nouvelle-France accusait un tel retard avec ses voisines britanniques (qui jouissaient elles à la fois d’une croissance naturelle forte mais aussi d’une immigration soutenue et continue) que l’écart devait inexorablement devenir si disproportionné que le petit poisson en viendrait par être mangé par le gros…

Doublant à chaque génération, la population canadienne atteignit 15 000 habitants en 1700. Cette augmentation démographique, bien qu’impressionnante, n’était toutefois pas suffisante pour rivaliser avec les colonies anglaises qui, au même moment, comptaient déjà 234 000 colons et plus de 31 000 Africains soumis à l’esclavage. Néanmoins, une telle croissance n’en demeure pas moins phénoménale pour cette époque. Contrairement à celui de leurs voisins britanniques, ce rythme ne fut pas le produit d’une immigration européenne massive et continue. Pour l’ensemble de l’histoire de la Nouvelle-France, il fut surtout le fruit d’une croissance naturelle à partir d’une population immigrante originale de quelque 7 000 à 8 000 colons français (la forte majorité étant des hommes) qui auront laissé une descendance – dont bon nombre par la voie d’union avec des femmes autochtones de ce pays.

Marco Wingender, « une croissance naturelle prodigieuse », extrait du Nouveau Monde oublié – La naissance métissée des premiers Canadiens

En aparté : l’organisation administrative de la Nouvelle-France

Vaste territoire toujours en expansion, la Nouvelle-France va être divisée en plusieurs districts nommés « gouvernements particuliers ». Le gouverneur général siège à Québec, au château Saint-Louis. Son autorité s’étendra en principe sur toutes les colonies de la Nouvelle-France, des prairies de l’Ouest à l’Acadie, de Terre-Neuve à la Louisiane. Le Canada lui-même va être subdivisé en trois gouvernements. Celui de Québec sera gouverné directement par le gouverneur général. S’ajouteront ensuite les gouvernements de Trois-Rivières et de Montréal (ce dernier contrôlant tout l’hinterland du Canada, en perpétuelle expansion vers l’ouest).

Carte du Canada français au sein de la Nouvelle-France
La Nouvelle-France en 1664. Les connaisseurs noteront une petite coquille sur cette carte : en effet, la Nouvelle-Orléans, qui apparaît ici dans les territoires espagnols, ne sera fondée qu’en 1718, durant la Régence (et précisément en l’honneur de la lignée du Régent lui-même, Philippe d’Orléans !).

Certains territoires connaitront même une colonisation, comme la région du Détroit (Michigan actuel) et le pays des Illinois – plus tard rattaché au gouvernement de Louisiane. La situation en Acadie restera plus instable, en raison des nombreuses invasions britanniques venant de Grande-Bretagne et surtout de Nouvelle-Angleterre (après le traité d’Utrecht et le passage de Port-Royal sous gouvernement britannique, la capitale des territoires demeurant sous contrôle français deviendra ainsi Louisbourg, sur l’île du Cap-Breton). La Louisiane formera un autre gouvernement particulier (tout comme, jusqu’à sa cession par le traité d’Utrecht, Terre-Neuve, dont la capitale française fut Plaisance).

L’intendant va jouer en Nouvelle-France un rôle très important, en particulier en matière de politique de peuplement et de développement économique. Sur place, il est représenté par des subdélégués (commissaires-ordonnateurs) dans les gouvernements particuliers ou plus tard les régions éloignées comme Détroit (en réalité, certains relèvent directement de la capitale, comme ceux de Louisbourg ou de la Nouvelle-Orléans au XVIIIe siècle). À défaut de Parlement, un conseil souverain va être aussi institué en 1663 à Québec pour conseiller le gouverneur général et servir de cour d’appel. Le gouverneur, l’intendant et l’évêque (dont le diocèse englobera toute la Nouvelle-France) en deviendront les membres les plus éminents. L’Église va jouer bien sûr elle aussi un rôle essentiel dans l’administration, puisque les services comme l’instruction ou les hôpitaux relèveront d’elle (sous l’Ancien Régime – et selon une analogie moderne –, on peut ainsi considérer que le corps ecclésiastique assuraient gratuitement les « services publics » de la santé et de l’éducation auprès des populations).

La Nouvelle-France restera cependant aussi vaste que peu densément peuplée, et même au Canada, l’absolutisme louis-quatorzien y rencontrera de nombreux obstacles pratiques. Beaucoup de paroisses n’auront pas de curé, tout comme de nombreuses seigneuries se trouveront sans seigneur résident. Le véritable relais de l’autorité centrale sur place se trouvera ainsi être le capitaine de milice, coopté par ses pairs et avalisé par le gouverneur. Instituée en 1669, la milice mobilisera théoriquement tous les hommes âgés de 16 à 60 ans. Outre leur autorité militaire, on confiera également aux capitaines le soin de transmettre et de faire respecter les directives du gouvernement (et d’autres responsabilités comme celles de servir d’auxiliaires locaux de justice, ou d’organiser le recensement.)

Pour celles et ceux pour qui les « diocèses », « généralités » et autres « gouvernements » d’Ancien Régime demeureraient des concepts aussi étrangers qu’obscurs, je vous renvoie vers ce riche article du site, qui explique en détail, domaine par domaine (justice, fiscalité, religion, etc.), comment fonctionnait et s’organisait la société française d’Ancien Régime !

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Second impératif : protéger et défendre la Nouvelle-France

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En 1667, le Canada ne compte encore que 4 000 habitants.
Grâce aux efforts de Colbert et de l’intendant Talon, la population monte en quelques mois à 6 282. Puis la croissance se ralentit.
Plusieurs fois, les décès et les départs l’emportent sur les naissances et les arrivées.
En 1714, on n’est pas encore à 19 000.
À la faveur de la paix, le progrès reprend : en 1730, on dépasse 34 000.
En 1756 enfin, on atteint 70 000.
La nation canadienne est née ; l’homme l’a emporté sur la forêt et sur la mort.

Pierre Gaxotte, Le siècle de Louis XV, pp. 199-200

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… Fin du Chapitre II …

Dans le troisième et avant-dernier chapitre (disponible ici), nous allons voir comment la montée en puissance de la Nouvelle-France tout au long du XVIIe et XVIIIe siècles (que ce soit en termes économiques, territoriaux, militaires ou de peuplement), puissance qui n’a pas cessé d’inquiéter ses populeuses voisines britanniques, va finalement (et d’une certaine façon inexorablement) dégénérer en un affrontement généralisé.

Ainsi verrons-nous comment des finalement assez banals petits échauffourées aux frontières vont peu à peu se transmuter en véritables guerres intercoloniales, puis ces dernières s’inscrire dans une dynamique de guerre générale et totale entre la France et l’Angleterre, faisant de l’Amérique du Nord l’un des grands (et principaux) théâtres de la rivalité mondiale franco-britannique.

Du traité d’Utrecht (1713) à la paix d’Aix-la-Chapelle (1748), puis des conséquences de cette dernière à l’éclatement européen de la guerre de Sept Ans, c’est en effet à un véritable combat à mort entre les Amériques française et britannique à laquelle nous allons progressivement assister. Un combat qui ne semblera devoir se conclure, malgré les tentatives de partage du monde colonial insufflés de part et d’autre (mais surtout par les Français il faut bien le dire), que par l’écrasement par l’un des adversaires de tout ou partie de l’autre… À bientôt !


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