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Quand l’Amérique était française : l’histoire épique et tragique de la Nouvelle-France (PARTIE II)

Le Canada français et la Nouvelle-France… rien que leurs noms peuvent laisser rêveur… Ils nous renvoient il y a quelques siècles, quand la France se disputait avec l’Angleterre la place de première puissance d’Europe et du monde. Une époque où les grandes puissances européennes étaient parties à la découverte du monde, de nouveaux mondes, qu’elles avaient ensuite colonisés, avec plus ou moins de violence et de succès.

Les Espagnols et les Portugais s’étant déjà partagé le monde entre Est et Ouest, et s’y étant déjà bien installés, c’est avec retard mais vigueur que les autres grandes puissances européennes (France, Angleterre, Hollande principalement) se décidèrent aussi à aller explorer et coloniser ce Nouveau Monde et ces fabuleuses richesses, sans parler de leur concurrence dans la recherche de son mythique passage menant aux Indes et à la Chine par l’Ouest.

La France, par une certaine forme de hasard des choses, s’aventura et explora le golfe du Saint-Laurent, le remonta, et établi là le berceau de sa future colonie. Les Anglais et les Hollandais préférèrent quant à eux s’installer sur les plaines plus tempérées de la côte Est de l’Amérique, entre la Floride espagnole et le futur Canada français. Et toutes ces colonies se développèrent, s’agrandirent, se peuplèrent. Mais en Amérique du Nord, l’une d’elle, avec peu de moyens, fut abondement explorée et s’étendit, plus, bien plus que toutes les autres…

A son apogée, la Nouvelle-France, comme on appelle alors l’ensemble de la colonie nord-américaine française, est un territoire immense et grandiose, qui s’étend des Appalaches à l’Est aux grandes prairies à l’Ouest, et de la baie d’Hudson et du Labrador au Nord à la Louisiane et au golfe du Mexique au Sud, en passant par les Grands Lacs et la vallée et le golfe du Saint-Laurent, le cœur de la colonie. Une immensité de forêts, de lacs, de marais, de roches et de prairies, seulement peuplée de 70 000 habitants. Une colonie prospère et baroque mais vide, comparée tout particulièrement aux colonies anglaises, coincées entre les Appalaches et l’océan Atlantique, et dont le million d’habitants se sent bien vite très (trop) à l’étroit. Anglais qui regardent vers le nord et l’ouest, vers la Nouvelle-France, leurs contrées d’expansion naturelle. Il y aura d’abord des raids et des péripéties. Des conquêtes rapidement restituées, du moins au début. Et puis viendra de façon inévitable la grande guerre, une guerre  hors-normes, totale, tragique, héroïque, et qui décidera du destin de la Nouvelle-France.

C’est ainsi l’histoire peu connue de cette extraordinaire colonie, qui nous amènera de l’époque des Grandes découvertes aux grandes guerres de la fin du XVIIIe siècle et des provinces peuplées et agricoles de France aux immensité quasi-vides et boisées du Canada, que je me propose de vous raconter dans ce long article, richement détaillé et illustré. Bonne lecture !


Après avoir étudié dans la première partie la découverte et l’exploration du Canada puis l’implantation des premiers établissements permanents dans la jeune colonie française, nous allons pouvoir observer et détailler dans cette seconde partie la formidable mutation que la colonie va connaître à partir de l’arrivée au pouvoir de Louis XIV.

Célèbre « Roi Soleil » et grand artisan de l’affermissement de la puissance française qui va ainsi déployer en direction de la Nouvelle-France une politique de développement d’envergure, faisant de la colonie royale, à la fin du siècle, un immense territoire bien administré et organisé, et couvrant près des deux-tiers de l’Amérique du Nord. Bonne lecture !

Lien vers la première partie de l’article, pour ceux qui se verraient atterrir directement sur la deuxième.. !

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La Nouvelle-France : du comptoir de commerce à la colonie royale

Bien avisé par son secrétaire d’Etat de la Marine Colbert (ministère auquel est rattachée la gestion des colonies), le jeune monarque donne dès le début de son règne un véritable coup de barre en direction de sa Nouvelle-France. Dans un premier temps, Louis XIV met fin à l’ère des compagnies commerciales et instaure une administration calquée sur celles en vigueur dans les provinces de France (faisant en quelque sorte de la Nouvelle-France une province française ultramarine, à l’image de nos départements d’outre-mer d’aujourd’hui).

Comme nous l’avons vu, l’administration de la Nouvelle-France qui prévalait jusque-là, et qui consistait à confier l’administration de la colonie à une compagnie qui exerçait un monopole sur la traite des fourrures, et devait en contrepartie s’occuper du peuplement, n’avait pas donné de brillants résultats. Durant toute cette période, la Nouvelle-France demeura une colonie-comptoir, où l’essentiel de la chasse fournissant les pelleteries était le fait des partenaires commerciaux autochtones des Français.

On imagine bien que dans ce cadre de fonctionnement, l’importation de colons ne présentait donc que bien peu d’intérêts économiques pour les compagnies qui se succédaient : il leur suffisait d’entretenir les trois grands postes de traite que constituaient Tadoussac et Québec pour le Canada et Port-Royal pour l’Acadie. Même la tentative de la Compagnie des Habitants, où les coloniaux formèrent eux-mêmes la compagnie détenant le monopole, se solda par un échec (bien aidé il est vrai par la situation catastrophique de la Nouvelle-France durant cette période, où la guerre avec les Iroquois faisait rage).

Objectif 1 : peupler la Nouvelle-France et le Canada français

Dès son arrivée au pouvoir, Louis XIV mit ainsi fin à ce régime avec l’instauration du gouvernement royal. A partir de 1663, le gouverneur de la Nouvelle-France (représentant du roi détenant l’autorité du commandement militaire) se voit ainsi assisté d’un intendant, haut-fonctionnaire compétent recruté au sein d’une bourgeoisie émergente, et ayant à s’occuper des affaires de police, de justice, des finances, et plus globalement, du développement économique et démographique de la colonie. Un « conseil souverain » est également mis en place, ayant vocation à réunir au sein d’un même collège les deux dignitaires (gouverneur et intendant), l’évêque, ainsi que quelques notables triés sur le volet.

Mise en place dans la continuité de la grande réforme de l’administration territoriale conduite en France en 1661, la province canadienne voyait néanmoins quelques spécificités lui être accordées, notamment des gouverneurs qui y conserveraient une importance plus grande qu’en France, du fait de l’isolement de la colonie et des risques encourus sur le plan militaire face aux Iroquois et aux Anglais.

Carte du Canada français et du nord des colonies anglaises d'Amérique du Nord
La Nouvelle-France et le territoire des colonies voisines en 1664

Dans le cadre de cette nouvelle politique d’envergure de développement de la Nouvelle-France, une des premiers gros dossiers arrivant sur la table de Colbert est celui du sous-peuplement chronique de la colonie. Résultat notamment des politiques mercantilistes des compagnies successives de traite des fourrures, très peu de colons ont été encouragés ou financés à venir s’installer en Nouvelle-France.

Depuis près d’un siècle, ceux-ci arrivent aux compte-gouttes : on considère ainsi l’agriculteur Louis Hébert et son épouse Marie Rollet, installés dans la colonie en 1617, comme les premiers véritables colons de la Nouvelle-France. Si au milieu des années 1630, quelques familles de la région du Perche choisissent Québec et la Nouvelle-France, cela reste des cas isolés. En 1640, la colonie ne compte guère plus de 400 habitants. En 1661, ils seront à peine 2 500 (sur un territoire grand comme deux fois la France – bien que l’essentiel des colons se concentrent dans la vallée du Saint-Laurent).

Des chiffres à mettre en perspective avec les colonies anglaises voisines, qui au même moment, comptent déjà plus de 30 000 habitants, une population toujours en plus forte croissance. Alors que la France est alors de loin le pays le plus peuplé d’Europe, elle fournit incomparablement moins de colons nord-américains que les îles britanniques. Il existe à ce titre de nombreux éléments contextuels expliquant cette dissymétrie.

Les Britanniques ont bien davantage de raisons de quitter leurs pays natal et de venir s’installer au Nouveau Monde que les Français de la même époque. Les persécutions religieuses qu’y endurent là-bas une frange importante de la population, ainsi que le climat structurellement plus rude de l’Angleterre (surtout à cette époque du petit âge glaciaire), ne pouvant que favoriser ce vaste mouvement d’émigration des classes pauvres et religieusement persécutées vers les territoires tempérés et libres des colonies britanniques.

Deux autres facteurs importants (dont ne bénéficiait pas la Nouvelle-France), jouèrent aussi substantiellement en faveur du peuplement des Treize Colonies : leur facilité d’accès par mer douze mois par an, et leurs terres riches au climat doux, propices au développement de nombreuses activités agricoles et commerciales (notamment celles axées sur les produits exotiques : tabac, coton,…).

Une superbe peinture représentant le célèbre Mayflower quittant Plymouth pour l’Amérique

La Nouvelle-France, quant à elle, se voit à l’époque beaucoup moins attractive pour les populations françaises et leur riche pays agricole au climat agréablement tempéré. En métropole, en effet, la Nouvelle-France n’a pas bonne presse : traversée longue et éprouvante (en moyenne 10% des passagers y perdent la vie), hivers difficiles et climat extrêmement hostile, implantation très laborieuse pour des Français majoritairement urbains, attaques iroquoises surprises, souvent suivies de tortures… Rien pour susciter des vocations !

Une émigration française existait bien pourtant à cette époque, mais elle se dirigea plutôt vers les colonies des Antilles (où la mortalité était pourtant très forte en raison des maladies tropicales), ainsi que vers la péninsule ibérique, où les artisans aussi bien que les travailleurs non qualifiés étaient attirés. Par contraste, la Louisiane, l’Acadie, et par-dessus tout la vallée laurentienne avec son hiver sibérien et ses attaques iroquoises, conservèrent longtemps leur mauvaise réputation. Les autorités en charge du développement de la Nouvelle-France devaient donc trouver urgemment des moyens d’attirer des colons et de peupler cette grande colonie vide.

Illustration de l'hiver au Canada français
Une illustration de l’hiver canadien pour les colons français (#MaCabaneAuCanada)

La première mesure que met en place le secrétariat de la Marine répond directement à un grave problème dans le problème dont pâtit la colonie sur sa problématique démographique : celui du déséquilibre des sexes. En effet, non seulement la colonie souffre depuis son origine d’un grave déficit de colons, mais supplémentairement, presque tous les immigrants sont des hommes, très peu de familles s’étant installées pour défricher des terres (une des raisons qui pourraient également expliquer pourquoi Champlain s’était pragmatiquement montré aussi ouvert au métissage).

Afin de remédier à ce premier problème, dès 1663, est mis en place un programme de recrutement de « filles à marier ». De 1663 à 1673, près de 770 orphelines d’origine très modeste, munies d’un certificat de bonnes mœurs fourni par le curé, traversent ainsi l’Atlantique et font souche en Nouvelle-France. Elles donneront naissance à elles-seules à 4 500 bébés.

Appelées les « Filles du Roy », ces orphelines provenaient pour la plus grande partie d’entre elles de l’hôpital général de Paris, où étaient placées des filles de différentes classes sociales, dont des familles de gentilshommes indigents. Il est ici intéressant de noter que la forte proportion de parisiennes parmi ces femmes de familles pionnières entraîna une rapide uniformisation des parlers dans la colonie en faveur du « français du roi » (la France parlant à l’époque, selon la province, des patois très différents – breton, basque, occitan, etc.).

Une "fille du Roy" à son arrivée au Canada français
Gravure représentant une des “filles du Roy” lors de son arrivée en Nouvelle-France

Une autre anecdote relativement cocasse à noter sur ce thème est le choix de l’Etat français de mettre un terme à ce programme en 1673 et de ne plus encourager aussi fermement l’émigration au Canada de peur de… « dépeupler le Royaume » ! Il était convenu que désormais, c’est par croissance naturelle que la population du Canada (qui avait doublée durant la période) devrait se faire, selon l’idée d’alors que cela permettrait au caractère distinct des Canadiens de s’en affirmer que plus rapidement. Cette croissance naturelle, il est vrai, était importante : en moyenne, la population doublait tous les vingt-cinq ans. Mais la Nouvelle-France accusait un tel retard avec ses voisines britanniques, qui jouissaient elles à la fois d’une immigration soutenue et d’une croissance naturelle forte, que l’écart devait inexorablement devenir si disproportionné que le petit poisson en viendrait par être mangé par le gros…

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Objectif 2 : protéger et défendre la Nouvelle-France et le Canada français

Quoiqu’il en soit, investi sur le devenir de sa Nouvelle-France, Louis XIV se voit également soucieux de renforcer la sécurité de la colonie et de ses habitants qui lui a tant manqué durant le milieu du XVIe siècle. A cette fin, notamment en vue de diminuer la menace iroquoise, le gouvernement de Louis XIV décide enfin de dédier la colonie de troupes régulières, avec l’envoi du régiment Carignan-Salières (représentant environ 1 200 hommes). Arrivés sur place en 1665, les soldats se mettent immédiatement à l’ouvrage : leur première tâche consistera à construire un réseau de fortifications le long de la rivière des Iroquois (aujourd’hui le Richelieu), qui relie le Saint-Laurent au lac Champlain et à la rivière Hudson (soit aux confins des zones de rayonnement respectives des Français et des Anglais – qui seront plus tard le théâtre de grands affrontements entre ces derniers).

Ce travail accompli, dès l’année suivante, afin de produire une démonstration de force, des expéditions sont menées dans les marches des territoires iroquois, avec des résultats assez mitigés (les Iroquois, comme tous les Amérindiens, ne pratiquant pas la guerre conventionnelle, frontale, à découvert, où ils se savent inférieurs en puissance, lui préférant la guerre d’embuscade et les attaques surprises).

Ces interventions du régiment de Carignan-Salières sont suivies d’autres conflits avec les Iroquois, alimentés notamment par les actions entreprises par le nouveau gouverneur de Québec, Frontenac. Dès sa prise de fonction en 1672, il engage la construction d’un fort sur le lac Ontario (actuelle ville de Kingston), afin de développer le commerce des fourrures dans l’Ouest. Cette expansion provoque à partir de 1675 une vive réaction des Iroquois, qui cherchent à prendre le contrôle de la vallée de l’Ohio (région vers laquelle commence à regarder très sérieusement les Anglais, enserrés dans leurs treize colonies, désormais encerclées par la Nouvelle-France de la Louisiane à l’Acadie).

Gravure représentant le Fort Frontenac

Malgré plusieurs avertissements de Colbert, Frontenac s’entête dans de vaines querelles et finit par être rappelé en France. Il est néanmoins de retour à son poste en 1689, en pleine guerre de la Ligue d’Augsbourg contre les Britanniques et leurs alliés iroquois (les guerres entre puissances européennes se répercutant désormais systématiquement dans leurs empires coloniaux respectifs). Il réorganise alors les forces de la colonie, passe à l’attaque en 1690 et résiste au siège de Québec par William Phips qui vient de piller l’Acadie. Le conflit s’enlise alors dans une guerre de raids menés de part et d’autres jusqu’en 1697. Frontenac n’en oublie pas pour autant le développement du commerce des fourrures à l’Ouest : des postes sont établis dans des régions de plus en plus éloignées jusque chez les Sioux (les Hurons n’étant plus là pour assurer le relai de l’ancien réseau). Il entreprend également plusieurs opérations d’envergure contre les Iroquois, qui perdent du terrain. Son attitude déterminée aura contribué à placer la France en position de force lors de la grande conférence de Montréal qui se tiendra en 1701, et qui aboutira à une grande paix amérindienne.

Avant d’en venir à cet événement qui constituera un immense succès diplomatique pour la France, et pour bien le comprendre, il nous faut une fois n’est pas coutume revenir en arrière, autour de la question du commerce des fourrures, qui est la clé des relations et frictions entre nations européennes et amérindiennes. A la fin du XVIIe siècle, le territoire couvert par la Nouvelle-France est immense, presque à son apogée, et s’étend sans cesse. Ce grâce à la connivence des missionnaires, d’explorateurs audacieux, d’Indiens toujours prêts à partir et faire profiter les Français de leurs connaissances et de leur habilité.

Dit assez trivialement : Français et Indiens font bon ménage, chacun y trouvant réciproquement ses intérêts dans les entreprises qu’ils mènent ensemble. L’heure est en fait aux affaires. Si le ministre Colbert déclarait qu’il ne voulait pas « dépeupler la France », la Nouvelle-France, elle, se vide à cette époque à vrai dire aussi vite qu’elle ne se peuple. La course des bois et la promesse de l’aventure et de la richesse offrent en effet aux jeunes adultes un attrait presque irrésistible, entrainant le départ de nombreux jeunes hommes loin de leur domicile pour se livrer au commerce avec les autochtones, et souvent même, s’installer avec eux. Les autorités ont beaucoup de mal à endiguer l’hémorragie. Il en résultera des générations de ceux que l’on appellera les « coureurs des bois », une des figures mythiques du Canada français.

Zoom sur : les « coureurs des bois »

Les coureurs étaient de jeunes canadiens qui visitaient les villages amérindiens pour les inciter à venir échanger leurs pelleteries aux postes de traite, qui prospectaient de nouvelles tribus, toujours plus loin de leurs bases, ou qui agissaient à leurs propres comptes, emportaient avec eux des marchandises européennes d’échange chez les Amérindiens et revenaient avec des cargaisons de fourrures qu’ils revendaient directement à des marchands grossistes en import-export, qui les exportaient à leur tour vers l’Europe.

Ces voyageurs partaient seuls ou en très petit groupes, quelques mois ou quelques années. La plupart étaient équipés par des compagnies et signaient des contrats en bonne et due forme, d’autres agissaient en francs-tireurs. Contrairement aux premiers, qui étaient autorisés à transporter des marchandises aux postes de traite, les coureurs des bois « rebelles » étaient considérés en quelque sorte comme des hors-la-loi parce qu’ils n’avaient pas de permis délivré par les autorités coloniales. Libres et indépendants, ils ont joué un rôle important dans l’exploration européenne du continent et ont établi des relations commerciales essentielles avec les peuples autochtones.

Les célèbres "coureurs des bois" du Canada
Des coureurs des bois en pleine négoce avec une tribu amérindienne

Avant le milieu des années 1660, peu de colons français se sont aventurés à l’ouest de la rivière des Outaouais. À cette époque, une chute soudaine du prix du castor, l’arrivée de quelque 3 000 serfs et soldats et la paix avec les Haudenosaunee (Iroquois) rendent la chose à la fois nécessaire et faisable.

En 1680, environ 500 coureurs des bois se trouvent dans la région du lac Supérieur, où ils essaient de distancer les intermédiaires autochtones. Ils sont là malgré l’interdiction de l’Église catholique et des autorités coloniales. Leur concurrence fait que les Autochtones sont moins nombreux à apporter des fourrures à Montréal et à Trois-Rivières.

Le Fort Michilimakinac, le grand poste de traite des fourrures de la région des Grands Lacs, où les coureurs des bois et marchands venaient récupérer les pelleteries fournies par de lointaines tribus vivant au-delà des Grands Lacs pour les ramener à Montréal

En 1681, les autorités françaises établissent un régime de permis de traite afin de contrôler l’exode saisonnier vers les Pays d’en Haut. Des voyageurs professionnels ‒ et donc « respectables » ‒ sont désormais autorisés à transporter des marchandises aux postes de traite et n’ont généralement pas le droit de s’adonner eux-mêmes à la traite. Toutefois, il reste des commerçants rebelles, qu’on en vient à appeler « coureurs des bois » après que la Nouvelle-Orléans soit devenue un nouveau carrefour de la traite au XVIIIe siècle.

Les voyages étaient longs et très éprouvants physiquement. Il fallait beaucoup d’endurance pour pagayer de longues journées, marcher sur des sentiers difficiles et abrupts, dormir à la belle étoile, affronter les bêtes sauvages, transporter son canot et les marchandises nécessaires aux échanges. Pour faciliter ces échanges et instaurer un climat de confiance, il fallait apprendre les langues de ces tribus et vivre parmi elles pendant de longues périodes.

Un groupe de coureurs des bois à l’aube

Plusieurs revenaient transformés de ces longs périples. Rasés, tatoués, habillés à l’indienne, ils ne passaient pas inaperçus. Affranchis des normes religieuses et morales, ils suscitèrent beaucoup d’inquiétude au sein de l’Eglise et du gouvernement. L’intendant craignait un effet négatif sur le peuplement du Canada. En effet, le métissage et les unions libres qui se développaient en masse alors entre coureurs des bois et amérindiennes, en plus d’être jugé sévèrement par le clergé, contribuaient peu à cette augmentation naturelle souhaitée par Colbert, qui souhaitait « un même peuple et un même sang » (le problème étant que les enfants issus de ces unions avaient effectivement tendance à s’intégrer dans les communautés autochtones).

Aventuriers et voyageurs infatigables, les coureurs des bois indépendants ont établi des relations commerciales essentielles avec les peuples autochtones et ont joué un rôle très important dans l’exploration européenne du continent, dont nous parlerons plus loin.

Le commerce de la fourrure en Amérique du Nord est une affaire si lucrative qu’elle ne manque pas de susciter de franches rivalités, voire à attiser des rivalités déjà existantes pour de nombreuses autres raisons, comme entre Français et Anglais. En effet, l’implantation des Anglais dans la baie d’Hudson et les postes qu’ils établissent là-bas, dans l’objectif notamment de court-circuiter les réseaux d’approvisionnement français mis-à-mal par la destruction de la Huronie, déterminent bientôt ces derniers à tenter d’en prendre le contrôle ou tout au moins à accélérer la marche vers l’Ouest, vers de nouveaux fournisseurs potentiels de pelleteries. Marchands et coureurs des bois poussent ainsi vers les Grands Lacs, et parviennent à organiser le 4 juin 1671 aux Sault-Sainte-Marie une immense réunion où pas moins de quatorze nations indiennes sont présentes. Afin d’éblouir leurs partenaires désirés, les Français sortent le grand jeu : soldats défilant en armes, missionnaires parés de leurs plus beaux vêtements sacerdotaux. Les Indiens jouent également le jeu, le courant passe bien entre eux et les Français, à l’exception faite, une fois n’est pas coutume, des Iroquois.

Ce voyage officiel finit ainsi scellé par une nouvelle alliance générale entre Français et un nombre très important de nations amérindiennes de la région des Grands Lacs. Cette alliance va avoir un impact considérable : symboliquement, elle a jeté les bases d’un vaste empire, et annoncé un large mouvement d’explorations vers le nord, vers l’ouest, et surtout, vers le sud ; des zones une fois explorées appelées à passer sous contrôle ou a minima dans l’aire d’influence française. Et ce n’est pas tout : par cette alliance, les Indiens sont devenus des sujets de Louis XIV qui, en échange, se charge de leur protection, selon les instructions adressées en 1665 au gouverneur de l’époque : « Que les officiers, soldats, et tous les autres sujets traitent les Indiens avec douceur, justice et équité, sans leur faire jamais aucun tort ni violence ; qu’on n’usurpe point les terres sur lesquelles ils sont habitués sous prétexte qu’elles sont meilleures ou plus convenables aux Français ».

Si cette nouvelle alliance générale de 1671 sera pourtant suivie de trente ans de constantes turbulences du côté de la relation franco-iroquoise, marquée comme on l’a vu par la série d’affrontements et de raids respectifs entre Frontenac et les tribus iroquoises, elle n’empêchera pas et sera même parachevée par la Grande Paix de Montréal de 1701. Une paix générale constituant le chef d’œuvre diplomatique du gouverneur de la Nouvelle-France, Louis-Hector de Callières, qui après des mois d’un patient travail de rencontres, discussions et compromis entre Indiens et Français, obtient la ratification des différents accords de paix lors d’un grand rendez-vous à Montréal où pendant quelques jours, la petite ville de 1 500 habitants sera l’hôte de 1 300 Indiens représentant une quarantaine de nations.

Après des jours de festins, danses, parades, défilés et multiples discours, Callières fait en effet accepter aux parties une paix générale, et obtient même des Iroquois leur neutralité en cas de guerre avec l’Angleterre. Pour l’essentiel, cette paix générale sera maintenue jusqu’en 1760, et permettra une extension considérable de l’Amérique franco-indienne.

La Grande Paix de Montréal, moment clé de l'histoire du Canada français
Un chef indien tenant un discours devant l’assemblée lors de la rencontre aboutissant à la Grande Paix de Montréal

Malgré cet immense succès diplomatique et militaire, toujours soucieux de garantir la protection de la colonie sur une base permanente, Louis XIV, en plus des réguliers qu’il a fait venir de Métropole, fait fonder une milice, parallèlement à l’initiative du ministère de la Marine qui, quant à lui, créé ses propres troupes, des « compagnies franches », postées en colonie et rapidement investies par une élite canadienne émergente. En cas de guerre, tous ont l’obligation de prendre les armes (bourgeois, marchand, fermier, domestique,…). Ainsi ces miliciens canadiens joueront, on le verra, un rôle décisif au siècle suivant, lorsque l’inévitable affrontement généralisé avec les Anglais finira par arriver.

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Objectif 3 : développer économiquement la Nouvelle-France et le Canada français

Longtemps demeurée uniquement axée sur les activités liées à la pêche et à la traite des fourrures, l’économie de la Nouvelle-France, tout particulièrement dans son berceau du Saint-Laurent, va connaître d’importantes mutations avec la mise en place de la colonie royale. En effet, la nouvelle dynamique de peuplement impulsée par le programme des « filles à marier » ainsi que l’arrivée modeste mais constante de familles de colons venues de France qui se mirent en place à partir des années 1660 vont entraîner graduellement une diversification de l’économie.

Après l’instauration du gouvernement royal en 1663, comme nous l’avons vu plus haut, la population canadienne commença à croître naturellement de façon beaucoup plus rapide. Dans ce nouveau contexte, la majorité des Français du Canada, et tout particulièrement les nouvelles familles pionnières, délaissèrent la traite des fourrures pour se consacrer au développement de l’agriculture, avec le défrichage de terres et la construction de fermes et de moulins le long des rives du Saint-Laurent, essentiellement entre Québec et Trois-Rivières, où les terres étaient bonnes à cultiver.

Colbert incita également l’intendant Talon de stimuler certaines activités, y compris des industries, pour le marché local. Ses initiatives en matière d’agriculture eurent du succès, avec le blé, les pois, le lin, le chanvre, l’élevage (bovins, porcins, ovins, chevaux), etc., qui stimulèrent à leur tour le développement d’industries locales (moulins, tissage, tannerie, cordonnerie,…). Mais restent à noter que d’autres furent néanmoins bloquées : on lui interdit ainsi la culture du tabac pour ne pas concurrencer d’autres colonies, en l’occurrence les Antilles, les précieuses « îles à Sucres » des Caraïbes.

Les colonies françaises des Antilles constituaient une source très importante de richesses pour la métropole (assurant jusqu’à 10% de ses ressources au XVIIIe siècle)

Durant la même période, l’Acadie, elle-aussi entrée dans le périmètre de la colonie royale et de son administration, voit enfin également sa situation s’améliorer. Comme l’ensemble de la Nouvelle-France avant 1663, elle avait été laissée aux bons soins des compagnies à monopole, dont l’objectif était bien avant toute chose d’exploiter la fourrure et la morue que de faire venir des colons. Après les maigres réussites d’implantations permanentes à l’époque de Champlain, il y avait néanmoins eu une grande année fondamentale dans l’histoire du peuplement de l’Acadie : celle de 1632, marquée par l’arrivée de 300 hommes, bientôt suivi de colons qui fonderaient des familles et feraient de l’Acadie une colonie à vocation agricole.

Le développement agricole de la colonie prend alors une identité particulière en raison du recours à la remarquable technique des aboiteaux, ces digues qui permettent aux Acadiens de gagner sur la mer et les fleuves des terres à cultiver. Un système qui fonctionne tant et si bien qu’à compter de ce moment, la colonie aura la réputation d’être pratiquement autosuffisante sur le plan alimentaire. Elle en vient même à générer des surplus, qu’elle exporte vers la Nouvelle-Angleterre en échange de biens de consommation que la France ou le Canada n’arrivent pas à lui fournir en quantité suffisante pour répondre à ses besoins.

Schéma du système des aboiteaux, qui permet de drainer les marais pour optimiser les surfaces de terres cultivables tout en constituant des digues protégeant des vagues et des grandes marées.

Les échanges avec les colonies anglaises d’Amérique auront en outre pour effet de forger chez eux un esprit d’accommodement : ils en viennent en effet à comprendre qu’en raison de la vulnérabilité de leur colonie aux impératifs géopolitiques européens et nord-américains, et coincés entre les colonies anglaises et le Canada français qu’ils sont, la neutralité – concept pourtant assez impensable sous l’Ancien Régime – pourrait constituer une option politique viable. L’histoire tourmentée de cette région leur donnera à la fois tort et raison.

En aparté : l’organisation territoriale de la Nouvelle-France

Vaste territoire toujours en expansion, la Nouvelle-France était divisée en plusieurs districts nommés « gouvernements particuliers ». Le gouverneur général siégeait à Québec, au château Saint-Louis. Son autorité s’étendait en principe sur toutes les colonies de la Nouvelle-France, des prairies de l’Ouest à l’Acadie, de Terre-Neuve à la Louisiane. Le Canada lui-même était divisé en trois gouvernements. Celui de Québec était gouverné directement par le gouverneur général. S’ajoutaient les gouvernements des Trois-Rivières et de Montréal, ce dernier contrôlant tout l’hinterland du Canada, en perpétuelle expansion vers l’ouest.

Carte du Canada français au sein de la Nouvelle-France
La Nouvelle-France en 1664 (les connaisseurs noteront une petite coquille sur cette carte : en effet, la Nouvelle-Orléans, qui apparaît ici dans les territoires espagnols, ne sera fondée qu’en 1718)

Certains territoires y connurent même une colonisation, comme la région du Détroit (Michigan actuel) et le pays des Illinois, plus tard rattaché au gouvernement de Louisiane. La situation en Acadie était plus instable, en raison des nombreuses invasions britanniques venant de Grande-Bretagne et surtout de Nouvelle-Angleterre : après le traité d’Utrecht, la capitale des territoires demeurant sous contrôle français était Louisbourg, sur l’île du Cap-Breton. La Louisiane formait un autre gouvernement particulier. Tout comme, jusqu’à sa cession par le traité d’Utrecht, Terre-Neuve, dont la capitale française fut Plaisance.

L’intendant jouait en Nouvelle-France un rôle important, notamment pour stimuler l’économie et le peuplement. Il était représenté par des subdélégués (commissaires-ordonnateurs) dans les gouvernements particuliers ou les régions éloignées comme Détroit. En réalité, certains relevaient directement de la capitale, comme ceux de Louisbourg ou de la Nouvelle-Orléans. A défaut de Parlement, un conseil souverain fut aussi institué en 1663 à Québec pour conseiller le gouverneur général et servir de cour d’appel. Le gouverneur, l’intendant et l’évêque (dont le diocèse englobait toute la Nouvelle-France) en étaient les membres les plus éminents. L’Eglise jouait bien sûr un rôle essentiel dans l’administration, puisque les services comme l’éducation ou les hôpitaux relevaient d’elle.

Carte du Canada français et de la Nouvelle-France (autour de 1750)
Carte de la Nouvelle-France en 1750 (crédits Wikipédia : Pinpin)

La Nouvelle-France étant cependant aussi vaste que peu densément peuplée, même au Canada, l’absolutisme louis-quatorzien y rencontra de nombreux obstacles pratiques. Beaucoup de paroisses n’avaient pas de curé, tout comme de nombreuses seigneuries se trouvaient sans seigneur résident. Le véritable relais de l’autorité centrale sur place était le capitaine de milice, coopté par ses pairs et avalisé par le gouverneur.

La milice, instituée en 1669 par Louis XIV, mobilisait tous les hommes âgés de 16 à 60 ans. Outre leur autorité militaire, on confia aux capitaines le soin de transmettre et de faire respecter les directives du gouvernement et d’autres responsabilités, comme celles de servir d’auxiliaires locaux de justice ou d’organiser le recensement.

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Objectif 4 : explorer et agrandir la Nouvelle-France

Parallèlement à la restructuration de la colonie entreprise par Louis XIV et Colbert dès leur prise de pouvoir, au développement économique et démographique que cette nouvelle administration va impulser, et aux grands succès diplomatiques qui aboutissent à l’établissement d’immenses alliances franco-indiennes de l’axe laurentien à la région des Grands Lacs (dans l’objectif d’obtenir le monopole de la traite des fourrures dans ces régions au détriment des Anglais, permettant au passage de contrecarrer l’expansionnisme anglais vers ces mêmes régions), la fin du XVIIe siècle est également et surtout marquée par une expansion française très impressionnante, voire héroïque, sur les immenses territoires américains encore inconnus. Aujourd’hui oubliées ou parfois assimilées à de viles entreprises coloniales, les prouesses des explorateurs et des coureurs des bois, ces voyages aux confins du continent, ont permis d’immenses et authentiques découvertes et de grands progrès de la cartographie. Autant d’entreprises d’explorations glorieuses qui résultent presque toujours de rencontres fructueuses avec les nombreuses tribus amérindiennes qui ont guidé ces aventuriers.

Frontenac en route pour Cataraqui, 1690

Parmi ces explorateurs qui vont explorer si nombreux et si loin les horizons du continent de sorte à ce qu’au début du XVIIIe siècle, les deux tiers de l’Amérique du Nord était sous contrôle français, il convient de distinguer toutefois les explorateurs commandités par les autorités des coureurs des bois dont nous avons parlé plus haut. Les premiers avaient en effet pour mission de prendre possession de territoires au nom du roi et consignaient par écrit leurs découvertes et leurs aventures. Les seconds, quant à eux, plus discrets, travaillaient pour des compagnies et n’ont souvent laissé aucune trace. Les premiers comme les seconds ne manquaient cependant ni d’audace, ni de courage. Motivés par les distinctions, les profits et la gloire, ou pour un goût prononcé pour la liberté, ces aventuriers ont ainsi fourni leur lot de mythes et de légendes, tout particulièrement aux Canadiens et aux Acadiens.

Cette expansion vers le nord (baie d’Hudson), l’ouest (lac Supérieur, Rocheuses), le centre et le sud (le Mississippi et le golfe du Mexique) se justifiait de plusieurs façons : les missionnaires poursuivaient leur œuvre d’évangélisation auprès des peuples amérindiens ; les commerçants de fourrures espéraient trouver de nouveaux fournisseurs ; quant aux politiques, ils entendaient stopper l’extension anglaise. Il ne faut pas enfin sous-estimer cette quête prométhéenne de la mer de l’Ouest, cet océan Pacifique si mystérieux (dont les Indiens avaient attesté l’existence aux Français) qui nourrit alors l’imagination de nombreux aventuriers, lesquels rêvent de découvrir la route vers l’Asie que cherchait déjà Jacques Cartier. Attardons-nous sur quelques-unes de ces grandes aventures de Français qui, bien avant les futurs Américains émancipés de l’Angleterre, auront exploré le centre de l’Amérique.

L’expédition de Louis Jolliet et Jacques Marquette

Né en France où il suivit l’instruction jésuite, arrivé à Québec en 1666, Jacques Marquette rêvait déjà d’accomplir un voyage chez les Indiens Illinois. Pour se préparer à ses futures explorations en territoires amérindiens, il passera un an à Trois-Rivières pour se consacrer à l’apprentissage des langues autochtones. Il visitera ensuite diverses missions Jésuites installées dans la région des Grands Lacs, ce qui l’amènera jusqu’à celle de Michillimackinac, le grand poste de traite du nord-ouest des Grands Lacs, d’où transitent toutes les peaux arrivant du nord et de l’ouest, avant d’être convoyées vers le grand marché de Montréal. C’est là qu’il reçoit l’ordre d’accompagner Louis Jolliet dans son expédition sur le Mississippi.

Jolliet et Marquette à la découverte du Mississippi

Louis Jolliet, lui, était un pur québécois, destiné à la prêtrise par ses parents mais qui préfèrera la vie de coureur des bois et la traite des fourrures. Ayant plusieurs années d’expérience  de voyage vers l’ouest à son actif, l’intendant Talon le chargea en octobre 1672 « d’aller à la découverte de la mer du Sud, par le pays des Mascoutiens et la grande rivière que les sauvages appellent Michisipi et que l’on croit se décharger dans la mer de Californie » (les relations des Jésuites écrites au milieu des années 1660 avaient en effet fait état de cette « grande rivière Missipi » qui, selon certains Sioux, conduirait à une mer). Le but à atteindre était ainsi la fameuse mer du Sud, c’est-à-dire le Pacifique, où l’on croyait, alors, que se jetait le Mississippi.

Profitant de l’hiver où les rivières sont de toute façon impraticables pour faire leurs préparatifs, les deux hommes se mirent en route en mai 1673, accompagnés seulement de 5 hommes et équipés de 2 canots. Le 15 juin, après avoir dû effectuer un portage pour atteindre la rivière Wisconsin, un affluent du Mississippi, ils attinrent enfin la « grande rivière », comme l’appelait les « Sauvages » (car elle était la plus considérable de tout le pays environnant), et en commencèrent la descente. Ils en descendirent le cours pendant près d’un mois, croisant quelques villages indiens, de magnifiques gravures rupestres peintes sur une falaise, jusqu’à atteindre le plus septentrional des villages de la tribu des Arkansas. Là, ils décidèrent de rebrousser chemin, craignant de tomber entre les mains des Espagnols de Floride, qui auraient très certainement détruit leurs notes et tous leurs comptes rendus de recherches.

Descente du Mississippi par le père Marquette et Louis Jolliet en 1663

Malgré leur décision de rebrousser chemin, les deux explorateurs ne doutaient point que le terme de leur découverte n’aurait été le golfe du Mexique et non la mer de Californie, sur la base des bonnes connaissances cartographiques dont ils bénéficiaient. En revanche, ils se trouvaient beaucoup plus éloignés de la mer qu’ils ne le pensaient lorsqu’ils firent demi-tour, se pensant à seulement 50 lieux de cette dernière (soit 200 km), quand celle-ci se trouvait en fait à encore près de 1 000 km de là. Empruntant une route différente pour leur retour qui devait les amener à faire une halte au niveau de l’actuel Chicago, ils arrivèrent enfin à une autre mission jésuite près du lac Huron, en octobre 1673. En une quinzaine de mois, les explorateurs auront ainsi couvert une distance de plus de 3 500 kilomètres, effectuée uniquement en canot ou à pied (où il fallait porter les canots). Jolliet et Marquette avaient bien découvert et exploré le Mississippi, mais n’était pas parvenu à son embouchure. C’est un autre remarquable explorateur, Cavelier de La Salle, qui réussira cet exploit, quelques années plus tard.

Carte des expéditions de Jolliet et Marquette

Et Cavelier de La Salle et Pierre Le Moyne d’Iberville fondèrent la Louisiane…

Né à Rouen, et après de brillantes études au collège des jésuites, La Salle embarqua pour la Nouvelle-France en 1666, en qualité de colon et d’explorateur. Cet homme brillant à la fin tragique y mènera pas moins de cinq voyages exploratoires, qui repousseront encore plus loin les frontières de l’Amérique française. Comme beaucoup de ses contemporains, Cavelier de La Salle rêvait de découvrir le fameux passage qui par l’ouest, devait, croyait-on, mener en Chine.

Incité par des Indiens à explorer cette région, son premier voyage consista à trouver un passage conduisant du lac Ontario à la rivière Ohio, celle que l’on surnommait alors la « belle rivière », où La Salle projetait de naviguer dans l’espoir d’y rejoindre la « mer du sud », cet océan Pacifique dont on ne connaissait pas encore la localisation exacte. Soutenu par l’intendant et le gouverneur général, et accompagné de plusieurs autres explorateurs, La Salle arpenta pendant des mois la région, explorant longuement une bonne partie des côtes des Grands Lacs (Ontario, Erié, Michigan, Huron,…). Un voyage qui, faute de trouver de nouvelles ressources à exploiter, permis de préciser peu à peu la géographie de ce vaste territoire lacustre, ainsi que de découvrir les sources du Mississippi, que l’on désigna sous le nom de fleuve Colbert. Durant ces premiers voyages successifs, il engagea également des négociations avec les Iroquois du Sud permettant de détourner une partie de leur commerce vers les Français du Canada plutôt que vers les Hollandais ou les Anglais. Autant de succès qui vaudront à La Salle d’être introduit et chaudement recommandé par le gouverneur Frontenac auprès de Colbert en vue d’une expédition vers le Mississippi.

Après un passage en France et plusieurs mois à convaincre les autorités de la pertinence du projet et à réunir les appuis à la cour et les fonds nécessaires à l’expédition, il finit par obtenir en mai 1678 l’autorisation officielle d’explorer le centre du continent et de découvrir où se jette le Mississippi. Rapidement, il réembarque avec une trentaine de compagnons sur un navire chargé de tout le nécessaire à la future expédition (notamment de nombreux produits d’échange avec les autochtones). Passant rapidement par Québec, il se rend rapidement vers Niagara, où il lance la mise chantier d’un bateau ponté (appelé « le Griffon »), qui devra permettre de collecter les fourrures autour des Grands Lacs, et de compléter ainsi le financement de l’expédition vers le Mississippi. Bateau qui fera de La Salle le premier à naviguer sur les Grands Lacs, en amont des chutes du Niagara, mais qui disparaitra lors d’une tempête lors du voyage retour, avec son précieux chargement de fourrures. Un désastre qui obligera La Salle et ses compagnons à sillonner la région des Grands Lacs durant les deux années qui suivront, explorant et commerçant pour renflouer les dettes issues de la perte de la cargaison. Bravant la neige et le froid, en canot et à pied, construisant au passage plusieurs forts, ils réaliseront ainsi la plus incroyable expédition pédestre – environ 2 000 km – jamais menée par une équipe d’explorateurs en un tel laps de temps.

Gravure montrant Cavelier de La Salle offrant la Louisiane à Louis XIV

Finalement, le 19 décembre 1681, aux alentours du lac Michigan, l’expédition vers le Mississippi est enfin engagée. Elle compte 23 français et 28 autochtones de diverses nations, dont des femmes et des enfants. Les voyageurs reprennent l’itinéraire de rivières, lacs et portages parcouru dix ans plus tôt par Jolliet et Marquette, malgré quelques obstacles et difficultés supplémentaires que leur impose l’hiver. Au bout d’un mois et demi d’efforts, ils atteignent enfin le Mississippi, qu’ils descendent jusqu’à atteindre le point le plus septentrional auquel était parvenu les deux précédents explorateurs, après plusieurs haltes pour se ravitailler, échanger avec les autochtones, participer à un ou deux festins et calumet de la paix et bâtir au passage un nouveau fort (une véritable passion). Là, il prit officiellement possession de la vallée du Mississippi au nom du roi de France Louis XIV, et donna à toute la région qui l’entourait le nom de Louisiane. Trois semaines plus tard, La Salle atteint l’embouchure du Mississippi dans le golfe du Saint-Laurent, et deux jours plus tard, ayant remonté le fleuve jusqu’à l’actuel Venice, il prit une seconde fois possession du territoire au nom du roi de France, selon une cérémonie beaucoup plus solennelle.

Il est vrai que ce jour-là, La Salle faisait officiellement entrer dans le royaume de France un territoire central de l’Amérique du Nord s’étendant des Grands Lacs au golfe du Mexique, entre les colonies anglaises de la côte atlantique et la partie occidentale inconnue au nord du Mexique. Une désormais Louisiane constituant un enjeu de taille pour le roi de France, alors au faîte de sa gloire en Europe, et qui tenait aussi à s’affirmer au « Nouveau Monde » face à ses deux puissances rivales, l’Angleterre et l’Espagne, déjà bien richement installées sur le continent américain. Prenant le chemin du retour vers Québec dès le lendemain, pressé d’annoncer la nouvelle au gouverneur de la Nouvelle-France, il fera notamment édifier sur une colline rocheuse dominant la rivière Illinois le fort Saint-Louis, qui donnera son nom à la ville.

Carte des expéditions de Cavelier de La Salle (1679-1687)

Rendu aussitôt en France après son passage vers Québec, et devant la réussite de l’expédition, La Salle parvient à convaincre le secrétaire d’Etat à la Marine ayant succédé à Colbert d’un projet d’établissement permanent sur les rives du Mississippi. Une entreprise qui devra inclure des colons et des militaires, afin d’être en capacité, si nécessaire, d’imposer la force française aux prétentions espagnoles, et qui cette fois, se fera par voie de mer.

Partie de La Rochelle avec quatre navires, l’expédition tournera à la catastrophe, les commandants ne parvenant d’abord pas à retrouver l’embouchure du fleuve aperçu deux ans plus tôt. Errant vers l’ouest au niveau du Texas actuel, un des navires sera capturé par les Espagnols, un autre fera naufrage, et la frégate comprenant les militaires, préfèrera rentrer vers la France. Quant au dernier navire où se trouvent La Salle et sa centaine d’hommes restant, il restera sur place où sera fait édifier un fort, avant de s’échouer lui aussi. Persistant à vouloir explorer la région afin de rejoindre le Mississippi par voie terrestre, faisant évoluer ses hommes dans des contrées marécageuses semant la maladie et la mort chez de nombreux d’entre eux, ceux-ci finiront ainsi par se mutiner et abattront le grand explorateur qui avait offert la Louisiane à son pays, quelque part vers la frontière nord du Texas, le 19 mars 1687.

Malgré cette fin tragique, l’expédition aura permis de mieux connaître, grâce aux quelques survivants, les possibilités d’accès à la Louisiane par la mer. Aussi le secrétaire d’état de la Marine confie-t-il une nouvelle mission à un marin d’expérience, bien informé du littoral oriental de l’Amérique du Nord. En 1698, Pierre Le Moyne d’Iberville prend ainsi le relai de La Salle. Avec son frère Jean-Baptiste, il réussira l’implantation en Louisiane, dont la capitale deviendra la Nouvelle-Orléans, fondée en 1718. La Nouvelle-France atteindra alors sa dimension maximale, couvrant le territoire qui s’étend de Terre-Neuve aux Grands Lacs, et de la baie d’Hudson au golfe du Mexique.

Vue de la Nouvelle-France et du Canada français
Une vue de la Nouvelle-France au moment de son extension maximale, au début du XVIIIe siècle

L’épopée des La Vérendrye vers le grand ouest

Derniers grands explorateurs, et non des moindres, dont je vous propose de découvrir les périples ici : celui de la Vérendrye et de ses fils, qui repoussèrent très loin à l’ouest les frontières de la Nouvelle-France, et qui permirent aux Français de s’y installer durablement, dans le cadre de solides relations et amitiés avec les tribus amérindiennes de ces contrées.

L’objectif de l’expédition est de s’aventurer le plus loin possible à l’ouest des Grands Lacs, des territoires où a priori aucun français ne s’est encore jamais aventuré. Une fois n’est pas coutume, le secrétaire d’Etat à la Marine avait chargé La Vérendrye de découvrir la « mer de l’Ouest » (le Pacifique). La Vérendrye n’avait pas caché au gouverneur l’extrême difficulté de cette mission, et les deux hommes convinrent de centrer la mission sur l’exploration des terres situées au-delà du lac Supérieur (le plus occidental des Grands Lacs), et d’y travailler au développement d’alliances commerciales avec les tribus indiennes, dont les pelleteries enrichissaient jusqu’ici les comptoirs de la compagnie de la baie d’Hudson (anglaise). Sous couvert de raisons patriotiques (prendre possession de nouvelles terres au nom de la France), son expédition avait en fait pour but bien plus concret de détourner vers Montréal et Québec tout le réseau commercial de ces contrées du Nord-Ouest qui faisait la prospérité des marchands britanniques (ce qui, tout au long de l’histoire de la Nouvelle-France, fut une guerre sans fin).

Parti en 1731, accompagnés de ses fils et d’une cinquantaine d’hommes, La Vérendrye était sûrement loin de se douter que son voyage durerait 10 ans. Dix années durant lesquelles ses hommes remontèrent les rivières de lac en lac, édifièrent de nombreux forts et postes aux endroits stratégiques, ce jusqu’aux confins de l’Ouest Canadien, à des milliers de kilomètres des Grands Lacs. Chacun de ces postes contrôlait une zone productrice de fourrures, où vivaient des tribus d’Indiens alliés, qui les fournissaient en pelleteries. Ces bastions fortifiés surveillaient aussi étroitement toutes les voix de passage et permettaient d’intercepter les convois destinés aux comptoirs anglais.

Pour s’assurer de leur fidélité et de leur loyauté, comme le fit Champlain à son époque, La Vérendrye n’hésita pas à leur prêter assistance dans leurs conflits personnels, veillant toutefois à ce que ces luttes ne dégénèrent pas en guerre ouverte, très nuisible pour le commerce. Il recevait fréquemment dans ses forts les chefs de tribu Indiens, auxquels il faisait de magnifiques présents (fusils, munitions,…), ce qui permet ainsi de conserver leur amitié et leur éviter toute tentation de se tourner vers les Britanniques. Toutefois, accaparé par sa politique indigène, gêné aussi par les difficultés matérielles qui ne faisaient que s’accroître, La Vérendrye négligea de s’occuper très sérieusement de la découverte de sa « mer de l’Ouest ».

Rappelé à l’ordre par le gouvernement de Paris, ce furent ses fils qui, au final, reprirent son œuvre inachevée. Aussi bons explorateurs que leur père, ils franchirent les plaines du Dakota méridional, et parvinrent ainsi jusqu’au pied des Montagnes Rocheuses, mais ne poussèrent pas plus avant. Il faudra attendre encore un demi-siècle pour qu’une autre expédition, américaine cette fois-ci, parviennent à traverser les Rocheuses et atteignent enfin ces rives tant rêvées du Pacifique (expédition des célèbres Lewis et Clark).

Carte des expéditions de les La Vérendrye

EN RÉSUMÉ : Au milieu des années 1660, les Relations des Jésuites avaient donc fait état de la grande rivière Missipi, qui, selon certaines tribus indiennes, conduirait à une mer. Cette piste du Mississippi fut ainsi celle qui suivirent Louis Jolliet, Jaques Marquette, René-Robert Cavelier de La Salle, qui aboutirent ainsi jusqu’à l’embouchure du grand fleuve dans le golfe du Mexique, puis de Pierre le Moyne d’Iberville, qui y revint par mer pour fonder officiellement la Louisiane en 1699 (un accomplissement qui lui valut d’être le premier canadien à se voir remettre des mains de Louis XIV la Croix de Saint-Louis – la plus haute distinction du royaume).

Au XVIIIe siècle, comme nous l’avons vu également, ce sont les aventures de Pierre Gaultier de la Vérendrye et de ses fils qui retiendront l’attention. En canot et à pied, ces hommes auront franchis des distances colossales. De 1731 à 1741, les La Vérendrye fondent six forts dans l’Ouest canadien et installent de nouvelles relations commerciales avec les autochtones rencontrés. En janvier 1743, deux de ses fils se rendront même jusqu’au pied des Rocheuses, le grand massif montagneux qui sépare les grandes plaines du Pacifique. Bien avant Daniel Boone ou Davy Crockett, ce sont ainsi en quelque sorte ces descendants des Français qui auront parcouru l’Amérique et, les premiers, tissé des liens avec les Amérindiens. Ayant pris forme au tournant des années 1670, leurs aventures se poursuivront jusqu’au XIXème siècle.

Quant à la situation générale de la Nouvelle-France, nous l’avons vu, l’entrée en scène de Louis XIV a favorisé l’essor de cette colonie dont il fait une véritable province de France. Il l’a doté d’une organisation administrative hiérarchisée, veillé au peuplement, étendu son emprise territoriale et permis la multiplication des entreprises économiques. La paix a également été apporté grâce notamment au régiment de Carignan-Salières, qui a érigé des forts, ravagé des villages ennemis (iroquois) et s’est empreint à démontrer la puissance militaire française.

Sur le plan économique aussi, la colonie s’est développée. L’intendant Jean Talon, solidement appuyé par le ministre Jean-Baptiste Colbert, a amorcé un dynamique programme de développement. À l’agriculture et au commerce des fourrures (dont le réseau commercial a été réorganisé et étendu avec les nations autochtones), Jean Talon ajoute la construction navale, le commerce avec les Antilles, les cultures industrielles du lin et du chanvre, les entreprises de pêche, une brasserie, etc.


Une rivalité franco-anglaise toujours plus exacerbée, qui précipitera la chute du Canada français

La rivalité franco-anglaise précède de loin l’établissement des uns et des autres en Amérique du Nord. Les aristocrates normands au pouvoir en Angleterre ont vécu, pourrait-on dire, dans la rivalité avec la Couronne française depuis 1066 et la bataille de Hastings (bataille marquant la victoire décisive de Guillaume le Conquérant sur les Saxons qui contrôlaient alors l’Angleterre, et lui ouvrant la conquête et prise de contrôle du pays). On ne compte plus ensuite le nombre de guerres qui verront la France et l’Angleterre s’affronter, siècle après siècle.

La guerre la plus marquante dans l’imaginaire populaire demeurera certainement celle de Cent Ans (qui en durera en pratique 126, entrecoupés de période de trêves), née de la prétention des Plantagenêt (une dynastie d’origine française occupant alors le trône d’Angleterre) à la Couronne vacante du royaume de France. Une prétention faisant suite à la mort du dernier roi de la dynastie capétienne sans descendance mâle – couronne à laquelle prétend également la dynastie française des Valois. Avec bien sûr, en arrière-plan, des enjeux économiques, politiques et territoriaux très importants (notamment la souveraineté et le contrôle des fiefs de la Guyenne – actuelle Aquitaine, alors terrain de constants affrontements entre Plantagenêt et Capétiens depuis des décennies).

L’ère coloniale : le retour de la franche rivalité entre France et Angleterre

A l’époque moderne, c’est plutôt comme puissance protestante que l’Angleterre s’affirmera contre l’Espagne et la France, et cette dimension religieuse revêtit une importance de premier plan en Amérique du Nord au XVIIe siècle. La Nouvelle-France était en effet une terre de mission catholique, qui attirait des dévots, où s’établirent de nombreux missionnaires et entreprises d’évangélisation (particulièrement par les Jésuites). La Nouvelle-Angleterre était, elle, un refuge pour les puritains, persécutés en Angleterre, qui souhaitaient créer un pays en accord avec leur foi. La tension semblait ainsi inévitable. L’intolérance prononcée des puritains autorise même à parler d’une véritable haine des « papistes » (terme péjoratif désignant les catholiques), nourrie par la peur. Ces premiers n’eurent ainsi de cesse, pour certains d’entre eux, de tenter de convaincre Londres d’anéantir Louisbourg et d’envahir le Canada.

Les “puritains” de Nouvelle-Angleterre avaient une vision religieuse très radicalement distincte de celles des catholiques de Nouvelle-France, qu’ils considéraient comme des croyants de moindre foi.

Mais la rivalité franco-anglaise en Amérique du Nord ne se limite pas bien sûr qu’aux considérations religieuses. Elle se nourrit également puissamment de dimensions économiques et commerciales, présentes en Nouvelle-Angleterre, mais particulièrement évidentes par exemple avec la colonie de New-York, plus tolérante sur le plan religieux. Alliée des Iroquois, elle considérait le Canada comme un rival permanent dans la traite des fourrures, principale richesse de la région et objet d’une guerre commerciale impitoyable, ainsi qu’un obstacle majeur à son expansion vers l’ouest.

De façon générale en effet, tout au long du XVIIe siècle, les Treize Colonies anglaises situées sur les rives de l’Atlantique ne cessent de s’étendre. Alors que des marchands anglais s’activent pour prendre pied à Terre-Neuve, de grands propriétaires américains rêvent de prendre possession des terres de la vallée de l’Ohio et d’étendre leur emprise sur l’Ouest. Très tôt, les velléités hégémoniques de cette puissance maritime et commerciale émergente prirent forme en Amérique. L’Angleterre place ses pions, tente quelques invasions, arrache des bribes de l’Empire français, attend son heure.

Les Treize Colonies anglaises originelles, avec leur dynamique d’extension au nord et à l’ouest, vers la Nouvelle-France

Témoignant de cette rivalité franco-anglaise historique, notons le fait que chaque conflit officiel entre la France et l’Angleterre durant l’époque coloniale se répercuta en Amérique du Nord : guerre de la Ligue d’Augsbourg, guerre de Succession d’Espagne, guerre de Succession d’Autriche, et bien sûr, la guerre de Sept Ans, qui poussera cette rivalité jusqu’à ses limites de coexistence possible. Ainsi, dès 1629, des corsaires anglais prennent possession du poste de Québec (où se trouvait alors Champlain), mais celui-ci est finalement rétrocédé en 1632 à la suite du traité de Saint-Germain-en-Laye (rétrocession pour laquelle Champlain aura pesé de tout son poids dans les négociations).

Mais au-delà même de la répercussion des conflits de leurs puissances-mères sur leurs colonies, existait parallèlement et tout aussi fortement une franche rivalité intercoloniale, qui fut souvent telle que les colonies étaient toujours prêtes à en découdre, nourrissant d’innombrables affrontements. Illustrant parfaitement cette rivalité où les belligérants en sont devenus à être les colonies elles-mêmes, sans intervention de leur Couronne : l’expédition semi-privée qui fut financée par des intérêts américains pour tenter de prendre Québec. Pendant quelques jours d’octobre 1690, la flotte de 34 navires (2 000 hommes) de William Phips mouille devant Québec. Impassible, le gouverneur Frontenac répond sèchement : « Je n’ai point de réponse à faire à votre général, que par la bouche de mes canons et à bout de fusils ». Après une tentative de débarquement qui vira au fiasco, Phips, craignant l’hiver, ordonna la retraite et mit le cap sur Boston.

Gravure représentant la défense de Québec en 1690 par le comte de Frontenac contre une incursion anglaise

L’Acadie, la riche colonie disputée de la Nouvelle-France

La situation de l’Acadie française, située à la charnière de la Nouvelle-Angleterre et du Canada français, était bien davantage précaire que celle de ses compatriotes installés dans la vallée du Saint-Laurent. Exposée par mer aux raids des établissements déjà plus populeux de la Nouvelle-Angleterre, l’Acadie française ne put ainsi guère se développer de façon stable avant l’édification de la grande forteresse de Louisbourg, suite au traité d’Utrecht de 1713 dont nous allons parler bientôt.

Comparé à l’Acadie, le Canada français disposait en effet, lui, de solides atouts, parmi lesquels en premier lieu de solides défenses naturelles. Les étendues sauvages, boisées et montagneuses constituaient en effet une solide barrière entre les colonies anglaises du Nord et le Canada et sa vallée du Saint-Laurent, où était concentrée sa population et ses infrastructures. Qui plus est, le fleuve Saint-Laurent, gelé six mois par an, était en outre de navigation difficile durant la belle saison, rempli d’obstacles fatals aux pilotes qui ne le connaissaient pas (les Français bénéficiant quant à eux de plusieurs siècles de maîtrise de la difficile navigation dans ce fleuve dangereux). Enfin, le site de Québec, avec ses falaises, adéquatement fortifié, en faisait une citadelle redoutable. Aussi plusieurs tentatives d’invasion navale sur Québec furent-elles repoussées, notamment celle de 1690 évoquée plus haut, ou encore celle de 1711, où une expédition encore plus importante (14 navires et 5 000 hommes) fit voile pour prendre Québec, heureusement pour la ville sans jamais y parvenir, les navires s’étant échoué après avoir heurté des récifs dans le golfe du Saint-Laurent.

Malgré la longue période de paix armée qui suivra le traité d’Utrecht de 1713 (dont nous parlerons plus loin), la rivalité ne s’estompa finalement jamais. Dès qu’intervinrent à partir de 1752 de premières échauffourées entre Français et Anglais dans la vallée de l’Ohio, région sévèrement disputée entre ces derniers, se précipita la logique de l’affrontement généralisé. Un préliminaire à la Guerre de Sept Ans qui, comme nous le verrons, constituera l’ultime combat pour déterminer qui des Français ou des Anglais, contrôleraient et conserveraient l’Amérique du Nord.

Avant d’en arriver à la triste narration de l’histoire de la chute de la Nouvelle-France, il nous faut revenir à la fin du XVIIe siècle et nous intéresser notamment à l’histoire de la colonie acadienne, dont les événements qui vont la toucher et son devenir joueront un rôle central et pivot dans la suite et fin grandiose des affrontements pour l’Amérique du Nord.

Petite histoire de l’Acadie française

Durant tout le XVIe siècle, l’Acadie, nous l’avons vu précédemment, s’était spécialisée dans le développement de son agriculture, une économie devenue en quelques décennies relativement prospère et qui l’amenait à commercer avec ses voisins anglais comme canadiens, la colonie choisissant de se positionner dans une posture de neutralité au sein de la grande rivalité intra-coloniale qui ne va qu’en s’accroissant entre les colonies anglaises et le Canada français. Une position qui se comprend d’autant mieux si l’on jette un regard sur les attaques armées dont la colonie fera l’objet entre 1613 et 1713 (soit l’année de sa conquête définitive par l’Angleterre).

Peinture représentant la campagne acadienne, qui témoigne bien de son accent agricole

Avant la guerre de la Ligue d’Augsbourg (1688-1697), qui oppose la France de Louis XIV à la seconde coalition européenne menée par le roi d’Angleterre (et dont la guerre se répercutera sur le continent Nord-Américain entre les colonies affiliées à ces puissances), les nombreuses incursions ennemies que l’Acadie va subir ne sont pas vraiment attribuables aux guerres d’empires que se livrent alors la France, l’Angleterre, la Hollande et l’Espagne, mais plutôt aux ambitions économiques des colonies britanniques, immédiatement voisines de l’Acadie. Colonies britanniques qui aspirent en effet notamment à s’emparer des ressources naturelles de la région que sont la morue et la fourrure.

La minuscule population acadienne (comparée à celle de la Nouvelle-Angleterre voisine), elle, ne s’embarrasse pas de ces nuances et cherche plutôt à consolider son emprise sur le territoire afin de faire fructifier un patrimoine agricole en expansion, laissant vaquer les anglais à leurs entreprises et activités de pêche et de traite de fourrures autour de leurs côtes. Ainsi, malgré une très faible immigration (qui cesse presque complètement dans les années 1660), elle croît à un rythme remarquable, grâce à une alimentation saine et abondante, au faible nombre de maladies graves, à une mortalité liée aux activités militaires moindre qu’ailleurs et à des remariages rapides.

Malgré sa relative prospérité, l’Acadie vit ainsi dans la perpétuelle menace que lui confère sa remarquable position géostratégique. Située dans une zone frontalière avec les colonies de Nouvelle-Angleterre, l’Acadie représente également pour la France un poste avancé décisif face aux ambitions territoriales américaines envers le Canada d’alors – le Québec d’aujourd’hui.

Son territoire se voit à ce titre, malgré le souhait de neutralité de ses habitants, constituer un terrain perpétuellement disputé entre Français et Anglais, chacun souhaitant contrôler, pour des raisons tant économiques que géostratégiques et militaires, cette petite région qui, contrôlée par les Français, est perçue comme une menace pour les habitants de Nouvelle-Angleterre (et pour les Français, comme une région que l’on ne peut abandonner aux Anglais, leur permettant de contrôler le golfe du Saint-Laurent et ce faisant la porte d’entrée vers le Canada français, le cœur de la Nouvelle-France).

L’Acadie, une région très peu peuplée comparée à sa voisine et rivale Nouvelle-Angleterre

Le traité d’Utrecht (1713) : et l’Acadie « péninsulaire » devint anglaise..

Après avoir changé de main plusieurs fois au cours du XVIIe siècle, l’Acadie (région de colonisation historique française rappelons-le) revient ainsi à la France au terme de la guerre de la Ligue d’Augsbourg (1697). Mais il ne s’agit que d’une trêve, et ainsi : en vertu du traité d’Utrecht (1713), qui met fin à la guerre de Succession d’Espagne, l’Acadie (pour sa partie historique et la plus peuplée) passe définitivement à l’Angleterre (région que l’on appellera alors « l’Acadie péninsulaire », correspondant à l’actuelle Nouvelle-Ecosse). En réaction, la France cherche dès lors à consolider sa position dans toute la région. C’est ainsi dans cette perspective que, de 1713 à 1720, des colons français et acadiens s’installent au voisinage de l’Acadie péninsulaire : à l’île Royale, à l’île Saint-Jean et à l’île du Prince-Edouard (dans le golfe du Saint-Laurent), ainsi qu’en « Acadie continentale », région correspondant à l’actuel Nouveau-Brunswick (et alors réclamée également par les Anglais).

Carte de l’Acadie en 1754. En orange, l’Acadie dite “péninsulaire”, de colonisation française (comme toute cette région du golfe du Saint-Laurent au demeurant), et cédée à l’Angleterre lors du traité d’Utrecht de 1713. L’Acadie “de terre ferme”, théoriquement territoire français, reste également revendiquée par les Britanniques et disputée entre les deux pays.

Ayant d’abord l’idée de rapatrier les Acadiens de Nouvelle-Ecosse vers ses possessions, la France décide finalement de les laisser s’y maintenir, la présence de ce petit peuple au comportement « indépendant » pouvant à vrai dire se révéler fort utile sur place en cas de reprise des hostilités. Du côté britannique, si l’on imagine d’abord une Nouvelle-Ecosse peuplée majoritairement de colons anglo-protestants (une idée qui reviendra tragiquement plus tard, comme nous le verrons en détail), il s’agit avant tout de maintenir la colonie productive en attendant leur arrivée. Quant aux Acadiens péninsulaire, peu intéressés d’abandonner un patrimoine foncier chèrement acquis et développé pour partir tout recommencer en territoire français, ils choisissent majoritairement de rester. Devant en principe se soumettre en prêtant un serment d’allégeance au roi d’Angleterre, ses représentants parviendront à négocier une clause de neutralité, qui les dispenserait de prendre les armes en cas de conflit.

Grand bien leur fit puisque la période 1720-1744 s’apparenta à un âge d’or de l’histoire acadienne. L’accroissement démographique et le manque de terres amenèrent les nouvelles générations à migrer vers les territoires français voisins, quand parallèlement la grande productivité agricole permettait non-seulement d’approvisionner la petite garnison anglaise et sa minorité anglo-protestante, mais aussi d’exporter (illégalement !) des produits et du bois vers l’île Royale voisine. Île Royale où suite au traité d’Utrecht, avait été édifié immédiatement en conséquence la citadelle de Louisbourg, témoin du génie de la construction maritime française en Amérique du Nord. Une forteresse réputée imprenable, triplement précieuse pour la France et sa Nouvelle-France. D’abord militairement et géostratégiquement, car jouant le rôle de verrou du Canada français en protégeant l’entrée du golfe du Saint-Laurent à toute incursion anglaise. Mais également précieux sur le plan commercial et logistique, par son rôle de plaque tournante du commerce atlantique et par ses activités de pêche.

Une belle reconstitution générale de Louisbourg issue de la BD “Les pionniers du Nouveau monde (tome 4, « La croix de Saint-Louis »)

Louisbourg constitua enfin un développement majeur favorisant la diversification de l’économie canadienne. Parallèlement à la forteresse, la construction de son port dota en effet le Canada d’un entrepôt permettant de commercer toute l’année. La Nouvelle-France put alors exporter du poisson, du blé, de la farine, de la bière, du lard et du bois vers les Antilles, et au retour de leur périple, les vaisseaux rapportaient des produits manufacturés ou de luxe pour le marché français local ou les échanges avec les Amérindiens (armes, verroterie, tissus, vin et cognac, etc.). Les productions et récoltes du Canada, et plus modestement de l’Acadie, en bénéficièrent grandement.

En résumé : portrait de la Nouvelle-France au début du XVIIIe siècle

Au début du XVIIIème siècle, la Nouvelle-France atteint son maximum d’extension territoriale, couvrant alors près des deux tiers de l’Amérique du Nord. Environ 250 personnes vivent dans une dizaine d’agglomérations à Terre-Neuve. L’Acadie compte près de 15 000 habitants et habitantes. Quelques centaines de personnes s’établissent à l’embouchure du Saint-Laurent et autant dans la région des Grands Lacs. Quelques centaines de personnes pratiquent de façon saisonnière la pêche sur les côtes du Labrador. Le bassin de la rivière Saguenay, qui constitue le Domaine du Roi, contient quelques postes de traite. Le Canada de l’époque compte quelque 20 000 habitants et habitantes.

Les gens du Canada sont agriculteurs ou agricultrices pour la plupart, répartis en un long ruban de peuplement entre Québec et Montréal. À l’ouest, une série de postes de traite et de forts jalonnent les voies de communication. Enfin, un peu plus tard, La Vérendrye déroule la carte du continent jusqu’aux pieds des Rocheuses. Mais la Nouvelle-France est un colosse aux pieds d’argile. Les colonies britanniques américaines sont 20 fois plus populeuses et se sentent encerclées et menacées. Par le Traité d’Utrecht en 1713, qui marque la fin de la Guerre de la succession d’Espagne, la France cède à ce titre à l’Angleterre, Terre-Neuve, la péninsule de l’Acadie et la baie d’Hudson. La Confédération Haudenosaunee (iroquoise) passe sous la protection des Britanniques.

De plus, le XVIIIème siècle s’ouvre sur une crise majeure dans l’économie coloniale. Le principal produit d’exportation (les fourrures) est touché par une mévente en Europe, impliquant une qualité à la baisse et des coûts de revient qui deviennent bien moins attrayants. Les nombreux jeunes gens qui viennent de s’établir n’ont donc d’autre choix que de se replier sur la terre.

La reprise économique est bien lente, mais elle connaît un essor sans précédent au cours de la longue période de paix qui s’étend de 1713 à 1744. Pour protéger ses zones de pêche, son territoire et les échanges commerciaux avec la colonie, la France a donc érigé une imposante forteresse à Louisbourg. Le développement de l’agriculture rapporte des surplus qui, à compter de 1720, sont exportés vers l’île Royale et les Antilles françaises. Le territoire du Canada compte environ 200 seigneuries. Le peuplement accéléré par un taux de natalité très élevé entraîne la création de paroisses.

Concernant l’évolution économique du Canada français au XVIIIème siècle, à cette époque, c’est donc toujours l’agriculture qui, sans surprise, continue d’occuper la majorité des Canadiens. La vallée du Saint-Laurent se caractérisait par une longue bande ininterrompue de villages, hameaux et fermes, constituant en quelque sorte le grenier à blé du Canada. La population urbaine, quant à elle, comptait en outre de nombreux artisans, lesquels bénéficiaient d’un régime beaucoup plus libéral qu’en métropole. Autour des années 1730, peu avant la guerre qui devait bientôt signer la fin de la Nouvelle-France, le Canada connaissait même un embryon de développement industriel avec l’essor des forges du Saint-Maurice, qui permettaient désormais à la colonie d’être autonome dans la production d’une multitude de produits du fer (chaudrons, boulets de canon, poêles, etc.), ainsi qu’avec le développement d’une (modeste) industrie de la construction navale.

L’exploitation du fer débute en 1733, à environ 12 kilomètres de la rivière Trois-Rivières. Un ruisseau qui se jette dans la rivière Saint-Maurice fournit la force hydraulique, et, pour faire fondre le minerai, on utilise du charbon produit localement

D’un point de vue sociologique, concernant le Canada français (le cœur de la Nouvelle-France), il est intéressant d’y noter que la société coloniale, influencée par l’élite française qui gère sa destinée, se modèle sur celle de la mère patrie. Elle s’en éloigne toutefois à cause de la faiblesse numérique de la population et d’un contexte économique et géographique radicalement différent. Nobles, bourgeois et bourgeoises, officiers militaires, seigneurs, administrateurs civils et négociants et négociantes s’allient entre eux ou elles. Ensemble, ils et elles forment une haute société très sensible aux faveurs des autorités de la colonie.

Cependant, 80 % de la population vit sur la terre et des produits de la terre. Chaque génération produit de nouveaux pionniers et pionnières qui recommencent à défricher, peupler, s’acclimater aux saisons, aménager une nouvelle portion de territoire et à s’associer à ses voisins. L’importance de la terre, du bien paternel, de l’indépendance économique caractérisent l’appropriation de ce territoire d’Amérique par des descendants de Français.

Un constat qui dresse le portait d’une forte dichotomie entre les élites dirigeantes et la haute-société de cette Nouvelle-France, parfois bien éloignées de leur devoir de bonne gestion et développement de la colonie, et sa population urbaine et rurale, qui réalise depuis des siècles un remarquable travail d’exploration et d’alliance avec les autochtones, de développement de l’agriculture, du commerce, de l’artisanat et de l’industrie. Une population ayant forgé son identité franco-canadienne et qui se caractérise par un fort ancrage et attachement à son pays, un fort patriotisme pour le défendre, qui contraste avec la certaine corruption qui peut exister dans les strates de la haute-société coloniale.

Gravure représentant l’intérieur d’une maison canadienne du XVIIIème siècle

Quant à la Louisiane, suite à l’implantation réussie de Pierre Moyne d’Iberville puis à la fondation de la Nouvelle-Orléans au début du XVIIIème siècle et l’arrivée de colons, l’économie s’y orientera immédiatement vers la production de plantations que son climat bien différent du canadien rendait propice. Production qui décolla dès les années 1710 et 1720, d’abord axée sur l’exportation du tabac (régie par la puissante Compagnie des Indes), mais aussi sur du riz pour le marché local. Ce focus sur le développement de la Louisiane constitue à ce titre l’occasion d’évoquer la question de la pratique de l’esclavage dans les colonies de la Nouvelle-France. Du fait de son économie axée sur les plantations, l’esclavage fut en effet beaucoup pratiqué en Louisiane, bien qu’à une relativement petite échelle comparée aux Treize Colonies anglaises ou aux Antilles (la Louisiane comptait en effet environ 7 000 ou 8 000 esclaves au milieu du XVIIIème siècle, pour environ autant d’Européens).

Deux esclaves sous l’œil de leur contremaître en Louisiane

Quant au reste de la Nouvelle-France (Canada, Acadie,…), l’esclavage y fut globalement marginal. Quelques esclaves amérindiens (faits captifs par d’autres tribus, et que l’on nommait les panis), furent achetés par des Français, essentiellement dans la région du Missouri, ceux-ci étant ensuite revendus au Canada ou en Louisiane, où l’on tentait de les faire travailler dans les plantations. Quant à l’importation d’esclaves noirs au Canada, elle fut interdite jusqu’au XVIIIème, après quoi elle devint significative avec environ trois cents Africains qui furent transportés au Canada, ce qui reste peu à nouveau par rapport au Treize Colonies, à la Louisiane ou surtout aux Antilles. L’économie du Canada ne fut cependant pas esclavagiste : l’achat d’un esclave correspondait à l’affichage d’un statut social élevé. On les retrouvait ainsi chez de riches particuliers ou au sein de grands établissements qui les utilisaient comme domestiques (propriété en ville, grands domaines seigneuriaux, Eglises, hôpitaux,…).

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… Fin de la partie II …

Dans la troisième et dernière partie (disponible ici), nous allons voir comment la montée en puissance de la Nouvelle-France tout au long du XVIIème et XVIIIème siècles (que ce soit en termes économiques, territoriaux, militaires ou de peuplement), puissance qui n’a pas cessé d’inquiéter ses populeuses voisines britanniques, va finalement, et d’une certaine façon inexorablement, dégénérer en un affrontement généralisé.

Ainsi verrons-nous comme une succession d’échauffourées transformeront une guerre intercoloniale en une véritable guerre générale et totale entre la France et l’Angleterre, cette dernière s’apprêtant à déployer des moyens colossaux pour abattre une bonne fois pour toute le Canada français.

Les Franco-canadiens, bien plus isolés et moins bien ravitaillés que les Treize, résisteront-ils à la force de frappe anglaise ? C’est ce que nous verrons dans le détail dans cet ultime partie, où les destructions et les défaites côtoieront la résistance et la gloire.


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