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[L’histoire en cartes] Détroit de Gibraltar : une vue 3D et un portail vers l’Histoire

Une simple et belle image du détroit de Gibraltar, qui comme vous allez le voir, ne manque pas d’une certaine profondeur historique.

Il y a tant à dire en effet sur ce détroit. 14 petits kilomètres qui ne semblent rien, mais qui font tout. Qui historiquement, changent la face du monde (comme je vous propose de le voir dans ce nouvel opus de « L’histoire en cartes » !).


L’imbrication « d’Histoire-Géographie » ne vient pas de nulle part, et ne manque définitivement pas de sens, tant ces deux dimensions – un état de fait géophysique et des dynamiques de devenirs anthropologiques – semblent consubstantiellement et invariablement liées.

14 kilomètres de large et 1 000 mètres de profondeur qui séparent deux continents, aux destins, histoires, cultures bien différents, et pourtant tellement liés et imbriqués. Deux continents marqués par des millénaires d’échanges économiques et commerciaux, de migrations et d’invasions de part et d’autre, de diffusion de religions, de connaissances et de cultures.

14 petits kilomètres (de la pointe de Tarifa côté européen à Eddalya côté africain) qui marquent aujourd’hui la frontière entre deux réalités géographiques et socioéconomiques distinctes : l’Europe et l’Afrique, le “Nord” et le “Sud”, les pays dits “développés” et ceux dits “en voie de développement”, avec toutes les limites et critiques que l’on peut apposer à ces termes et modèles.

14 petits kilomètres qui constituèrent longtemps une toute autre frontière, à l’orientation totalement orthogonale : celle d’un Empire romain englobant tout le monde et bassin méditerranéens avec le vaste au-delà océanique, une frontière Est/Ouest (dans la symbolique des Romains) entre « leur mer » (« Mare Nostrum »), leur monde, et l’inconnu (Méditerranée venant rappelons-le du latin mediterraneus : « au milieu des terres »). Un monde romain où Nord et Sud de la Méditerranée sont indistincts au sens où appartenant à un même vaste ensemble, où n’existent qu’un centre (Rome et l’Italie) et des périphéries (“provinces”), plus ou moins peuplées, plus ou moins riches, conquises au fil des siècles.

À son apogée (soit à la fin du IIe siècle ap. J.-C.), l’Empire romain englobe tout le bassin méditerranéen, la moitié nord de l’Europe ainsi que tout l’ouest du Proche et Moyen-Orient. Il constitue alors le plus grand empire que le monde ait jamais connu, réunissant ainsi sous une même bannière près de 60 millions d’habitants, distribués de l’Atlantique aux confins du désert syrien, et de l’Égypte aux Îles britanniques..
(© Olivier Henry, via Wikimédia Communs)

Les régions orientales et sud-méditerranéennes ne sont alors pas moins riches ni moins considérées et développées que les autres : les provinces grecques, anatoliennes et du Proche-Orient (actuels Syrie, Israël, Liban et Palestine), berceaux des premières grandes cités et civilisations méditerranéennes (Phéniciens, empire Hittite, civilisations minoenne et mycénienne,…), comptent en effet parmi les plus lucratives de l’Empire, par leurs riches ressources économiques et commerciales (liées notamment à leur dense urbanisation et situation de portail avec l’Eurasie).

Les provinces africaines de l’Empire romain ne sont pas en reste : les régions côtières des actuelles Tunisie et Algérie ainsi que la Sicile – territoires centraux de l’ancien empire punique (c’est-à-dire celui de la célèbre cité et civilisation de Carthage, dont les Romains mettront près de deux siècles à venir à bout) sont alors de riches territoires agricoles. Territoires qui constitueront à cet égard durant des siècles, avec l’Égypte, le « grenier à blé » de Rome.

Carthage et l’Empire punique

Fondée au IXe siècle par des marchands de Tyr (actuel Liban), et bénéficiant d’une excellente situation géographique au centre de la Méditerranée, la colonie phénicienne de Carthage deviendra rapidement l’une plus grandes villes du bassin méditerranéen. Véritable nœud maritime, la colonie est en effet idéalement située au carrefour des grandes routes commerciales méditerranéennes de l’époque (notamment celle de l’important commerce de métaux entre la péninsule ibérique et le Proche-Orient), ainsi qu’à portée du hautement stratégique détroit de Messine (qui sépare la Sicile de la botte italienne) : l’autoroute maritime de l’époque, par laquelle transitent des milliers de navires chaque année.

Carthage à l'époque des guerres puniques
Carthage deviendra en quelques siècles l’une des plus grandes villes de Méditerranée, ainsi qu’une des plus prospères.

Dépassant rapidement en taille et en prospérité ses propres cités-mères, la jeune Carthage sera même aidée dans son émancipation par l’Empire perse, qui conquiert la Phénicie (une des plus remarquables civilisations maritimes et commerciales de la Méditerranée antique) aux alentours du VIIe siècle av. J.-C. Indépendance qui catalyse encore le développement de la cité punique, qui d’empire commercial, devient également dans les siècles qui suivent, un grand empire territorial et maritime. Un empire qui ne manque pas d’ailleurs de connaître une rivalité croissante avec l’autre grande puissance montante de la zone : une certaine Rome..

Au moment du déclenchement de la première guerre punique (du nom de la série de guerre qui opposera Carthage à Rome durant près de deux siècles), la cité carthaginoise domine alors tout l’ouest méditerranéen, contrôlant notamment toute les côtes des actuels Maroc, Algérie et Tunisie, une grande partie de la péninsule ibérique, ainsi que les Baléares, la Corse, la Sardaigne et la Sicile. Riche et stratégique Sicile qui constituera d’ailleurs le premier terrain de rivalité et premier théâtre de l’affrontement avec la jeune république romaine..

Carthago delenda est ..

Modélisation du port de Carthage à la période de la première guerre punique, mis en perspective avec l'apparence du lieu aujourd'hui
Le port de l’antique Carthage (avec sa forme de cercle caractéristique) est toujours bien visible sur le site de l’ancienne cité, situé aujourd’hui à quelques kilomètres de l’actuelle Tunis

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Bien que bien moins importantes que sous l’Empire romain de part la géographie-même de ce dernier, les dynamiques d’échanges et de flux entre Nord et Sud, Est et Ouest du bassin méditerranéen ne cesseront jamais après la fin de celui-ci, et connaitront une intensité sans pareille lors de l’expansion des grands empires coloniaux européens à l’Afrique (après l’Amérique et les Indes « orientales »). Intensité majorée également par l’entrée du monde dans l’ère industrielle ; sans parler des denses échanges commerciaux qui perdureront durant tout le Moyen-Âge, et qui feront notamment la richesse des grandes républiques maritimes italiennes (Amalfi, Gênes, Venise,…).

Les thalassocraties (empires maritimes) méditerranéennes de Venise (bleu) et de Gênes (rouge) au XVe siècle.

Mais revenons à notre détroit de Gibraltar et à notre image. On y voit notamment très bien la fameuse presqu’île de Gibraltar (qui a donné son nom au détroit, bien que non techniquement l’endroit le plus étroit entre les deux continents), propriété de la Couronne britannique depuis le début du XVIIIe siècle (moment depuis lequel la presqu’île n’aura de cesse d’être revendiquée par l’Espagne, à laquelle elle se rattache géographiquement).

Une carte qui montre bien combien ce gros promontoire rocheux facilement défendable de terre comme de mer (car vaste falaise et port naturel relié à la terre par un seul petit bout de plaine), situé à quelques encâblures de l’unique point de passage entre la si peuplée et commerciale Méditerranée et le reste des mers du monde, constituait un verrou stratégique de premier plan. Verrou et site hautement stratégique que les Britanniques, maîtres incontestés des mers depuis la fin du XVIIe siècle, captureront à l’occasion de la guerre de Succession d’Espagne (accompagnée d’une flotte hollandaise), puis y résisteront des siècles à bien des assauts (terrestres comme navals). Autant de vaines tentatives de prise de contrôle ou de récupération de la presqu’île, tout particulièrement de la part des Espagnols..

Panorama d'une des attaques (1782) du Grand Siège de Gibraltar, une opération conjuguée navale et terrestre franco-espagnole de grande envergure visant à reprendre la place forte aux Britanniques durant la guerre d'Indépendance américaine (objet d'une autre série d'articles accessible ici), et qui se soldera par un échec.
Panorama d’une des attaques (1782) du Grand Siège de Gibraltar, du nom donné à l’opération conjuguée navale et terrestre de grande envergure organisée par les Français et les Espagnols durant la guerre d’Indépendance américaine, et visant à reprendre la place forte aux Britanniques (tentative qui se soldera par un cuisant échec).
Gravure représentant une vue du rocher de Gibraltar depuis le nord (1852)
Vue de Gibraltar depuis le sud du Rocher
Un autre riche article à découvrir, s’inscrivant dans une plus large série du blog consacrée à la « seconde guerre de Cent Ans » (du nom que certains historiens ont ainsi donné à l’ensemble quasi-ininterrompu de guerres ayant opposé au XVIIIe Français et Britanniques pour l’hégémonie maritime et coloniale mondiales, de la guerre de Succession d’Autriche à la chute de Napoléon –en passant par les guerre de Sept Ans puis d’Indépendance américaine).

Le nom de Gibraltar serait d’ailleurs attribué à une déformation du mot arabe “djebel tarik” (qui signifie “montagne de Tarik”), ce dernier étant le prénom du général musulman Tariq ibn Ziyad, qui, en avril 711, franchit le détroit pour conquérir la péninsule ibérique. Conquête qui ouvrira ainsi la voie à une occupation musulmane de l’actuel Espagne qui durera près de 800 ans, jusqu’à la fin de la Reconquista et la chute de Séville.

Ce dernier grand événement (la chute de Séville) marquera quant à lui la fin du grand califat de Cordoue. Un califat omeyyade et sa capitale en effet entrés dans l’Histoire à la fin du premier millénaire ap. J.-C. par leur rayonnement mondial (Cordoue constituant alors la ville la plus peuplée de toute la Méditerranée), et par la période d’émulation intellectuelle et scientifique remarquables qui y règnera durant près d’un siècle, fruit notamment d’une certaine (et bien rare à l’époque) harmonie entre les communautés musulmanes, chrétiennes et juives de l’époque (on parle d’ailleurs d’« âge d’or andalou »).

Carte du califat de Cordoue autour de l'an 1000
Aux environs de l’an 1 000, les deux tiers de l’Espagne relèvent encore du califat de Cordoue (Qurtuba) – qui sera progressivement grignoté par les royaumes catholiques du Nord durant près de huit siècles.

Dans l’Antiquité, le détroit était appelé les « Colonnes d’Hercule », en référence au célèbre héros de la mythologie grecque (Héraclès) qui, dans le cadre de ses Douze Travaux et de son mythique voyage à travers la Méditerranée, aurait été jusqu’à cet “extrême Occident” y récupérer de monstrueux bœufs voués à être sacrifiés. Lieu où, selon les légendes, il aurait variablement utilisé sa force surhumaine pour s’ouvrir un passage au travers des montagnes, ou au contraire rétrécir le détroit existant pour empêcher les monstres de l’Atlantique de pénétrer en Méditerranée.

Sculpture hommage aux Colonnes d'Hercule, réalisée côté Maroc, face à Gibraltar
Sculpture hommage aux Colonnes d’Hercule, réalisée côté Maroc, face à Gibraltar

Au-delà de la mythologie grecque, ces « Colonnes d’Hercule » resteront également célèbre dans le monde romain, car symbolisant pour ces derniers (comme évoqué plus haut) la frontière entre le monde civilisé et un au-delà océanique inconnu et dangereux. C’est d’ailleurs dans cet « au-delà inconnu » des colonnes d’Hercule que Platon aurait situé le royaume perdu de l’Atlantide. Un indice géographique sur la localisation de la mythique cité et civilisation atlantes d’ailleurs sujet à bien des interprétations aujourd’hui (un passionnant sujet sur lequel j’aurai normalement l’occasion de revenir un jour dans le cadre d’un article dédié à l’histoire de la civilisation minoenne).

Un belle vue imagée de l'Atlantide
Une belle vue imagée de la cité de l’Atlantide (avec ses caractéristiques cercles concentriques décrits par Platon)

C’est aussi non loin de là qu’aura lieu la célèbre (et tragique pour la France) bataille de Trafalgar, grand affrontement naval décisif entre les marines britannique et franco-espagnole. Bataille qui tient son nom du cap au large duquel se déroulera cette dernière, sur la façade Atlantique du détroit.

Vue 3D du détroit de Gibraltar (légendée des différents caps, pointes, golfes et baies du détroit)
On aperçoit le cap Trafalgar (situé entre le port de Cadix et le détroit) dans le coin en bas à gauche de l’image 3D.

L’histoire est bien connue. Napoléon, après avoir mis les grandes puissances terrestres européennes à genoux grâce à de brillantes campagnes militaires, souhaite en finir une fois pour toute avec son plus coriace et invariable adversaire : la Grande-Bretagne. Grande-Bretagne qui, depuis des années, impulse et finance les grandes coalitions visant à défaire la France révolutionnaire et désormais impériale (suite au sacre de Napoléon en 1804). Une immense armée d’invasion de l’imprenable île britannique est réunie à Boulogne-sur-Mer (le énième plan de débarquement en Angleterre de l’histoire de France – éminent sujet dont je vous parle d’ailleurs en détail dans ma série sur la guerre de Sept Ans).

Premier volet d’une série de 4 articles sur la grande guerre de Sept Ans, le premier conflit d’envergure véritablement planétaire de l’Histoire (et un moment charnière de l’histoire du monde moderne par ses considérables répercussions géopolitiques, économiques et démographiques).

Des milliers de bateaux de transport sont prêts à porter la Grande Armée et son général de génie sur le territoire britannique, ne manquant pas d’ailleurs de provoquer un certain affolement au sein du gouvernement du voisin insulaire. Mais encore faut-il que cette flotte puisse traverser le Channel (la Manche), solidement contrôlé par les escadres anglaises (notamment par la puissante Channel Fleet).

Le plan est donc le suivant : réunir toute la flotte de bataille française, divisée entre escadres du Levant (flotte de la Méditerranée, basée à Toulon) et escadres du Ponant (flotte de l’Atlantique, basée à Brest), pour sécuriser et protéger la traversée de l’Armée. L’escadre de Toulon (une trentaine de vaisseaux de ligne) doit rejoindre l’Atlantique, simuler une attaque sur les Antilles anglaises, puis se dérober pour rejoindre Brest et son escadre et réunir ainsi en un seul point l’ensemble de la flotte de guerre française, seule à même de tenir tête à l’attaque probable et générale de la redoutable escadre de la Royal Navy chargée de la protection des côtes de sa mère patrie durant la traversée de la flottille de transport. Un plan simple sur le papier, mais hautement compliqué à réaliser…

Ce plan, contre toutes attentes, va réussir dans sa partie la plus difficile : faire sortir l’escadre de Toulon de Méditerranée (où celle-ci est pourtant surveillée de près par son alter-ego anglaise, basée à Gibraltar, et commandée par un certain Horatio Nelson). Miraculeusement en effet, l’amiral de Villeneuve, qui commande l’escadre française, parvient à échapper à l’escadre anglaise venue l’intercepter en Méditerranée et à gagner les Antilles, poursuivi par Nelson et sa flotte… Ayant réussi conformément au plan français à attirer Nelson et toute la flotte britannique de Méditerranée aux Antilles, Villeneuve décroche et refait voiles toutes vers Brest pour y rejoindre la seconde moitié de la flotte française. Le plus dur est ainsi fait, et le plan peut alors sembler en passe de réussir…

Mais arrivée à l’entrée du golfe de Gascogne, au large du cap Finisterre (pointe nord-ouest de l’Espagne), l’escadre de Villeneuve rencontre une autre flotte de navires de guerre anglaise. Mal renseigné, l’amiral français surévalue leur nombre, et au vu de l’état de ses équipages (épuisés et accablés par les maladies), fait demi-tour vers le sud et se réfugie avec sa flotte à Cadix (Andalousie) ; le grand port atlantique de l’allié espagnol. Port où Nelson l’a rapidement retrouvé, et surveille de près toute sortie de l’escadre française depuis sa base voisine de Gibraltar..

Entretemps, les plans ont changé. Face à la menace des troupes autrichiennes et russes aux frontières, Napoléon fait lever le camp de Boulogne et fait prendre la route de l’est à toute son armée à marche forcée, dans un grand mouvement stratégique qui les mènera vers l’Europe centrale et la non moins célèbre bataille d’Austerlitz. L’Empereur s’irrite néanmoins du manque de combativité de Villeneuve et lui ordonne de rejoindre Naples avec tous ses vaisseaux, auxquels s’ajoutent en renfort presque autant de navires espagnols alliés (dont beaucoup sont néanmoins en mauvais état ou trop vieux et trop lents pour le grand combat qui s’annonce – un paramètre qui s’avèrera déterminant dans la défaite à venir…). L’amiral se voit également délivrer la directive stricte de rechercher et d’engager le combat à la moindre opportunité. Le 20, profitant de vents favorables, Villeneuve sort avec tout son armada de Cadix et fait voile vers le détroit de Gibraltar, d’où Nelson arrive à sa rencontre…

Schéma de la bataille de Trafalgar, avec la célèbre attaque en colonnes de Nelson sur la flotte franco-espagnole commandée par Villeneuve (1804)
Une belle carte schématique de la bataille de Trafalgar et de la célèbre tactique de Nelson de l’attaque en colonnes (contre l’habituelle attaque en ligne) : une tactique aussi risquée qu’attendue par Villeneuve, mais qui rondement menée (face à la désorganisation franco-espagnole), fera néanmoins le succès des Britanniques.

Le déroulement de la bataille est aussi célèbre qu’épique, et je vous laisse le loisir de le découvrir sur la page ou le site de votre choix. Nous n’en noterons ici que les éléments les plus saillants : bien que forts d’une flotte bien plus nombreuse, les Français et Espagnols subissent une défaite totale, où près des deux tiers de leurs vaisseaux sont coulés ou capturés, et plus de 10 000 marins noyés ou faits prisonnier. Seul la mort de Nelson durant la bataille (abattu par un tireur d’élite du vaisseau amiral français), un des plus remarquables et redoutables commandants de l’histoire de la marine britannique, vient consoler les Français et éclaircir ce sombre tableau (qui en suscitera d’ailleurs de nombreux).

La bataille marque également (et encore aujourd’hui) le symbole de la suprématie britannique sur les mers (le Trafalgar Day est en effet toujours un jour de fête nationale au Royaume-Uni). On peut la voir comme le dernier soubresaut du grand adversaire et rival français de toujours contre l’entreprise d’hégémonie maritime mondiale de la Grande-Bretagne et de suprématie complète de sa Royal Navy. Suprématie qui restera, suite à cette bataille, incontestée durant plus d’un siècle (faisant ainsi de la Grande-Bretagne et de l’Empire britannique – et de très loin – la première puissance du monde.. !).

Célèbre peinture de William Clarkson Stanfield représentant la bataille de Trafalgar (1804)
Une des plus célèbres peintures de la bataille de Trafalgar (réalisée par William Clarkson Stanfield en 1836)

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Et il y aurait encore tellement d’autres histoires à raconter autour de ce célèbre détroit..

Retenons combien ce dernier est infime au regard des envergures des mers qu’il délimite, mais malgré tout, est, ce qui changea tout historiquement. Du point de vue géographique et biologique, l’espace connectant la vaste mer Méditerranée à l’immense océan Atlantique est en effet si étroit qu’il fait quasiment de la première une mer fermée. Propriété qui lui confère ainsi ses propres caractéristiques de salinité (la Méditerranée est 100 fois plus salée que l’Atlantique.. !), de biotope, ainsi qu’un haut degré de pollutions en tout genre (ces dernières, dues à la densité de population et de grandes villes bordant l’ensemble du littoral méditerranéen, n’ayant en effet pas vraiment la possibilité de se “diluer” dans les vastes océans..).

Mais ce détroit, ce passage, cette ouverture maritime de cette région-berceau de si nombreuses et grandes civilisations sur le reste des océans et du monde existe bel et bien, et Dieu sait ainsi que cela changea tout, absolument tout, dans l’histoire de cette région et du monde.. !

Une vieille carte française du détroit de Gibraltar
Une magnifique ancienne carte du détroit (d’origine française)

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À propos d’ailleurs de grande histoire du Monde, il ne me serait pas possible enfin de clore cette Histoire en cartes sur celle du détroit sans quelques dernières cartes impressionnantes : celles de l’ouverture du détroit de Gibraltar, il y a 5 millions d’années environ :

Il convient ici de rappeler certains faits : à l’est de Gibraltar, la lithosphère (constituée de l’écorce terrestre et de la partie rigide du manteau) s’est amincie pendant que les cordillères Bétiques et du Rif se sont soulevées, durant les 20 derniers millions d’années. Selon le modèle de collision admis jusqu’à présent, la plaque africaine qui remonte vers le Nord-Est est entrée en collision avec la plaque eurasiatique. […] De nombreux séismes sont enregistrés à cet endroit.

Blog de la Toison d’Or, Une Atlantide dans le détroit de Gibraltar, 2019

Il y a environ 6 millions d’années, la Méditerranée se voit en effet isolée de l’océan Atlantique par une série de mouvements sismiques, qui ont élevé le niveau du détroit de Gibraltar (et permis ainsi au continent européen et africain d’être relié).

Cette “fermeture” du détroit fut loin d’être sans conséquences : avec l’évaporation massive de ses eaux, il entraîna un grand assèchement de la Méditerranée, ainsi qu’une accumulation massive de sel sur le fond marin (un événement géologique majeure appelée la « crise de salinité messinienne » – dont témoignent une couche de sels minéraux de près de 2 kilomètres d’épaisseur tapissant les fonds marins du bassin, sous les couches de sédiments).

Et ce n’est pas tout : comme permet de le déceler notre belle carte 3D ci-dessus, une autre connexion maritime va également être rompu au niveau du milieu du bassin méditerranéen, lorsque le seuil entre la Sicile et la Tunisie va émerger, créant ainsi un nouveau rebord naturel séparant la Méditerranée en deux bassins, ouest et est« Les géologues pensent que le niveau marin a baissé d’au moins quelques centaines de mètres, voire jusqu’à 1.000 m, du côté occidental, et de 2.400 m du côté oriental, » précise d’ailleurs spectaculairement le chercheur Marc-André Gutscher au magazine Futura dans un article.

Mais la situation n’a pas duré (enfin, seulement 700 000 ans..) : vers 5,2 millions d’années av. J.-C., la géologie entre à nouveau en mouvement, et le détroit de Gibraltar se réouvre. Ce qui se passe alors est digne d’un film-catastrophe : les flots de l’Atlantique se déversent dans la Méditerranée à moitié vide, d’abord dans le bassin occidental, puis, après avoir submergé le relief au niveau de l’escarpement oriental, dans le bassin oriental (où les eaux ne font rien de moins que se jeter en une cascade de 1,5 kilomètres de haut, creusant au passage un immense canyon découvert par les géologues contemporains).

Illustration de la « grande inondation » de la Méditerranée en vidéo. Impressionnant..

Avec un débit estimé à 100 millions de mètres cube par heure, ce cataclysme fut si important et rapide que le niveau de l’eau augmentait jusqu’à 10 mètres par jour (pour finalement remplir la Méditerranée, alors asséchée, en seulement quelques mois.. !).

Terminons enfin par un dernier point de géologie intéressant (et – vous l’aurez vu venir – une dernière carte) : celle du niveau du fond marin du détroit de Gibraltar aux environs de -12 000 av. J.-C. (une date qui ne doit rien au hasard, comme vous allez le voir..).

L’archipel du cap Spartel, aujourd’hui englouti (mais bien visible sur cette carte détaillant l’ancien niveau de la mer à Gibraltar), est le théâtre de grandes hypothèses chez des passionnés de la recherche de la cité perdue de Platon..

Durant cette période de fin de l’âge glaciaire, le niveau de la mer est en effet inférieur de plus d’une centaine de mètres à celui de la période moderne. Le détroit de Gibraltar est alors bien plus étroit qu’aujourd’hui, et des îles existent au milieu du détroit, côté Atlantique. Des îles qui seront bientôt submergées par l’inexorable et rapide montée des eaux due au réchauffement des températures et la fonte inhérente massive des glaciers terrestres (îles aujourd’hui immergées à environ 50 mètres sous le niveau de la mer). Des îles correspondant à la localisation que Platon donne de l’Atlantide, et qui connaîtront ainsi le même destin funeste que la mythique cité du récit de Platon..

Les îles du cap Spartel seraient-elles l’ancien territoire de la civilisation atlante ? (à moins qu’il ne s’agisse des Açores ou des Canaries, comme le soutiennent d’autres thèses ?)

Cela, promis, nous y reviendrons en détail dans l’important article du blog prévu autour de l’histoire de la civilisation minoenne ; le dense questionnement autour des origines du mythe de l’Atlantide constituant une grande « enquête de l’Histoire » bien trop passionnante et riche d’enseignements historiques pour ne pas être abordée ici. À bientôt !


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La publication a un commentaire

  1. Philippe

    Un article passionnant.

    On peut ajouter que Tarik est présenté comme l’initiateur de la conquête arabe en Espagne.
    D’autres références mentionnent qu’évincé, il s’est réfugié au bord du détroit sur le promontoire auquel il a donné son nom pour préparer son retour en Afrique et reprendre le pouvoir.

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