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Chemin de Stevenson : histoire d’une randonnée grandiose au cœur des Cévennes (PARTIE II)

En septembre 1878, Robert Louis Stevenson, qui n’a pas encore écrit ses célèbres romans fantastiques L’Ile au Trésor et Docteur Jekyll et Mr Hyde (ni parcouru le chemin de Stevenson… !), traverse les Cévennes sur un âne pour oublier un chagrin d’amour et découvrir le pays des Camisards (ces révoltés protestants qui seront persécutés et résisteront aux troupes de Louis XIV pendant trois ans au début du XVIIIe siècle).

De ce beau périple, il écrira un bouquin singulier : Voyage avec un âne dans les Cévennes, carnets de voyage et de réflexion relatant son aventure, et portail vers l’histoire de la région.

De ce beau périple, un sentier de Grande Randonnée va être créé à l’occasion du centenaire du voyage de Stevenson : le GR70, 272 kms du Puy-en-Velay à Alès, en passant par le Gévaudan, le Mont Lozère et les Cévennes.

Vieille carte postale de Florac

À la fin septembre 2021, avec les copains Corentin et Raquel (sur la première moitié du voyage), nous partons faire une partie de ce GR en autonomie, sur les traces de l’écrivain.

Du mont Lozère, dont les couleurs de la fin d’été subliment ses paysages de landes de granite, de bruyère et de myrtilles, aux belles vallées cévenoles, royaume du châtaignier et des belles maisons aux toits de lauzes, un voyage inoubliable et une magnifique expérience, que je me propose de vous (ra)conter dans le cadre de ce nouvel article. Bonne lecture !


La première partie de ce riche carnet de rando, à lire avant, c’est mieux ! 😉

Dans mon premier article (disponible ici), je vous avais laissé à Florac, capitale des Cévennes dite « des trois rivières », car implantée à proximité de la triangulation aquatique formée par la confluence du Tarn et du Tarnon. Une bien belle ville d’environ 5 000 habitants (presque la « grande ville » pour certains lozériens.. !) située dans un cadre magnifique, au fond d’une vallée coincée entre mont Lozère, montagne du Bougès et causse Méjean – mon paysage de causse préféré, avec ses étendues d’herbe jaune infinies seulement ponctuées par quelques rares maisons et chaos de granite.

Justement, nous y allons. Avant de reprendre en effet la suite du chemin de Stevenson vers Saint-Jean-du-Gard à travers les Cévennes, et après le départ des copains la veille, je m’étais planifié une halte d’une journée au camping du Tarn pour pouvoir aller me promener dans les environs. Et effectivement l’aventure sera belle.

* * *

Avant de reprendre le chemin de Stevenson : une randonnée inoubliable sur les hauteurs de Florac

Dans un souci d’authenticité – et dans un intéressant concept d’autocitation, je me propose de vous livrer tel quel le texte que j’ai écrit le soir du lundi 20 septembre 2021 :

Aujourd’hui j’ai vécu la rando la plus inoubliable de toute ma vie.

Faisant le chemin de Stevenson, je fais halte à Florac après avoir traversé le Mont Lozère, et avant de continuer à travers les Cévennes.

Chose à laquelle je tenais absolument étant donné la beauté du lieu, je monte pour une rando de 6h sur le causse Méjean, magnifique haut plateau steppique au-dessus de Florac, et dont la première moitié consiste en un sentier panoramique au-dessus des falaises.

Il pleuviote. Un 1er magnifique arc-en-ciel apparaît derrière moi, reliant la falaise à la vallée. Je suis comblé par cet instant magique.

Je continue et tombe sur un site de stacking, 100m au-dessus du vide. Des gens sont dessus (voir photos). D’autres font du saut à l’élastique. Je contemple longuement ce spectacle vertigineux. Je mange avec eux puis je continue, sous une pluie croissante et vers la partie la plus isolée.

J’arrive enfin sur le causse, désertique. Je vais à un belvédère isolé de tout où est censé se trouver un géocache, que je ne trouve en plus pas après avoir moultes fois fouillé la zone.

Le temps est de plus en plus exécrable ; depuis 2h, la pluie (non-prévue dans cette mesure) ne veut pas cesser. La montagne est à moitié dans le brouillard. Je veux redescendre récup la route de Florac dans la vallée, 500 m plus bas. Du belvédère part un sentier non balisé mais bien net qui a l’air de descendre vers la route. Parfait. Je le prends et descends.

À mi-pente (bien raide), plus de sentier, j’arrive sur une zone de terrasses aménagées, paysages typiques du coin, fruit de siècles de travail de l’Homme dans ces contrées à la vie rude. Je les descends en marchant vite, avec des accélérations pour descendre d’une terrasse à une autre, car je suis pressé d’arriver à la route.

Arrivé à un moment je checke mes poches : plus de portable. Putain. Il était dans ma poche ouverte, branché sur la batterie de secours ; ne reste que cette dernière. Hyper dur de se souvenir par où je suis passé exactement en descendant les terrasses bien escarpées. Je remonte jusqu’au dernier point où je me souviens avoir pris une photo (1 km plus haut). Je ne trouve rien. Je rechecke toute la zone des terrasses. Rien. Je n’y crois déjà plus. Je suis bien dans la merde. Cela fait très, très chier de perdre le portable, déjà dans l’absolu, mais aussi parce que c’est mon seul moyen de communication s’il m’arrive un pépin, surtout que je suis dans une zone complètement isolée loin des sentiers.

Je rebalise encore toutes les zones. Je suis épuisé après déjà 5h de marche et masse de dénivelé. J’ai plus beaucoup d’eau. Mes chaussures sont trempées depuis déjà longtemps. Le portable est noir, de la même couleur que la plupart des pierres partout, qui me donnent plusieurs fois de faux espoirs…

Je refouille encore une des terrasses, et là, miracle, je vois le portable, sur un pré, pas du tout là où je pensais qu’il aurait pu tomber.

Je rejoins jusqu’à la route en descendant un peu n’importe comment, me croûtant plusieurs fois sur les pierres glissantes. Enfin j’arrive à un sentier, qui grâce à mon portable retrouvé, me permets de checker que celui-ci mène bien à la route via un hameau. J’y arrive enfin.

Je fais du stop, la première voiture qui passe me prends (magie de la campagne) et 10 min plus tard me revoilà au camping, trempé jusqu’à l’os, mais au complet, n’aspirant qu’à une bonne douche chaude.

Source : moi-même

Panorama sur Florac depuis le sentier des Couronnes, sur le causse Méjean
Les magnifiques « couronnes » de Florac, falaises déchiquetées du causse dominant la vallée du Tarnon, face au Bougès

Le premier arc-en-ciel, quelque part au bord des falaises…

Le vertigineux spot de slacking sur les falaises au-dessus de Florac, entre deux arc-en-ciel… 😵😍

Une photo que je trouve assez incroyable.. (et l’une des plus magiques que je pense n’avoir jamais prise !)

Plus de peur que de mal, donc. Pour être honnête, j’ai un peu mis deux jours à en « redescendre » ; dès que je voyais mon portable, je n’arrivais toujours pas à croire que je l’avais retrouvé. Je me demande si, là-haut, je n’ai pas prié pour le retrouver. Même si je me désespère un peu d’être aussi attaché à ce genre de choses, le portable, c’était tous les numéros de téléphone, toutes les belles photos du voyage, mais aussi un outil quasi-indispensable pour la poursuite de cette rando en autonomie, où les points de pause étaient définis au jour le jour grâce à la magie des informations d’Internet. Plus de peur que de mal donc, un souvenir mémorable, une prudence renforcée vis-à-vis de mes poches, et toujours l’idée qui m’anime depuis toujours que je dispose d’une sacrée bonne étoile.

Le soir, une autre bonne surprise m’attend. Bien rentré et douché, je pars me poser dans la salle commune pour recharger mon portable et préparer ma popote du soir (bien que les vingt-cinq cigarettes fumées durant l’heure de l’accident m’ait un peu diminué l’appétit). Et voilà t’y pas que revoilà les copines de la mission eau, qui campent ici pour la nuit avant de rentrer dans leur Lorraine d’origine. Grand amusement général de se recroiser pour la 3ème fois. On se raconte nos dernières aventures respectives et nous souhaitons mutuellement une bonne continuation. Je crois même me souvenir qu’elles m’ont offert leur dessert, une bonne petite pâtisserie qui m’a fait bien plaisir après les affres de la journée sur le causse. Si le voyage s’arrête là pour ces compagnonnes de route, pour moi, le lendemain est la promesse de la poursuite de l’aventure, et du chemin qui continue à se dérouler devant moi.

* * *

De Florac à Cassagnas : sur l’ancienne voie ferrée, le long de la belle Mimente…

Levé pas trop tard, mais pas bien tôt non plus, je me remets enfin en route ce mardi matin. Non sans avoir passé de longues minutes à sécher mes chaussures complètement trempées de la veille, à base de cure de sèche-cheveux gentiment prêté par les propriétaires du camping. Mes vieilles chaussures de rando maintenant raisonnablement sèches et ma tente repliée, je caresse un peu les beaux ânes qui pâturent à proximité du camping avant de laisser définitivement le Tarn derrière moi, et d’engager cette belle traversée des Cévennes.

Entre Florac et Alès, le chemin de Stevenson propose en effet une option de traversée des Cévennes plutôt sympathique, car permettant de découvrir pas moins de 4 vallées différentes, et offrant un gradient de paysages méditerranéens et d’ambiance du sud croissante. D’abord par la remontée de la belle vallée de la Mimente, une jolie rivière cévenole orientée vers l’Atlantique, se jetant dans le Tarnon un peu en amont de Florac. Puis, de l’autre côté de la ligne de partage des eaux, par la traversée de trois grandes vallées cévenoles (vallée Longue, vallée Borgne, vallée Française), dont les eaux se jettent elles dans la Méditerranée, dont la proximité se ressent toujours plus. Une traversée de col en village et de village en col, jusqu’au Gardon de Saint-Jean et Saint-Jean-du-Gard, la « perle des Cévennes », ultime étape avant le terminus du sentier à Alès.

La première partie de la marche journalière (une étape d’environ 20 kms jusqu’à l’ancienne gare de Cassagnas) se fait dans les pentes boisées de la vallée, sous un ciel passablement gris. Je suis parti assez tard et ne croise personne, si ce n’est quelques géocaches qui me valent quelques sympathiques arrêts près d’un pont en pierre ou dans les châtaigniers. Vers le début d’après-midi, j’arrive à Saint-Julien-d’Arpaon, où je déjeune en solidaire au niveau de l’ancienne gare. Sur cette seconde partie du sentier, le GR70 emprunte en effet un autre chemin que celui suivi par Stevenson en 1878 : celui de l’ancienne voie de chemin de fer qui rejoignait Florac à Alès à travers les Cévennes, aujourd’hui désaffectée, construite à flanc de montagne juste au-dessus des rives de la Mimente, qui coule tranquillement dans l’autre sens juste en-dessous, à plus ou moins longue distance.

Cette partie fut magnifique. La randonnée alterne ici entre longs passages à flanc de falaise, au-dessus du petit canyon formé par la rivière (à laquelle il est possible de descendre faire trempette), et des pentes plus douces et boisées, où le passage dans la forêt forme comme un tunnel de végétation. Autant de tunnels naturels qui semblent répondre aux nombreux tunnels ferroviaires de l’ancienne ligne qui rythment également le trajet, et où des stevensonniens qui m’ont précédé se sont amusés à placer leurs géocaches dans les anciens puits d’aération. Une bien belle marche entre roches et forêts, entre pierres et eaux. Une bien belle marche dans un canyon de schiste, ici d’une couleur orange-violacée, rochers qui offre ainsi un magnifique contraste avec le vert et jaune de la végétation, et dont les teintes semblent répondre aux eaux noires de la Mimente, vers laquelle, après l’avoir suivie des kilomètres, je décide à un moment de descendre goûter la fraîcheur de ses eaux.

Encore quelques kilomètres, puis la voie de chemin de fer croise la route, qui jusqu’ici serpentait dans les hauteurs des pentes boisées de la rive droite, à l’emplacement de la route historique empruntée par Stevenson. Peu après, le sentier quitte l’ancien tracé de la voie ferrée pour faire un petit crochet par un joli village cévenol, aux beaux toits de lauzes. Le changement d’environnement est perceptible. En seulement 15 km, le climat a changé, et la végétation n’est plus la même. J’ai quitté Florac dans la fraîcheur des hauts-plateaux lozériens, et ses paysages caractéristiques du Massif Central. Ici, l’environnement rappelle déjà les senteurs et la végétation de la Méditerranée – impression bien complétée par le chaleur du soleil sorti dans l’après-midi, et qui dore aussi bien mes épaules qu’un paysage de vergers et de châtaigniers qui m’évoque le Gard voisin.

Paysage des Cévennes
Un paysage qui fleure bon le sud…

Encore quelques kilomètres, et me voici à l’ancienne gare de Cassagnas, à 1 km du village, devenue un sympathique relais d’étape pour les randonneurs. Après la solitude de la journée qui m’a semblée longue, je goûte avec plaisir la perspective de compagnie offerte par le petit camping, où font étape une dizaine d’autres randonneurs arrivés plus tôt moi. Je partage mon repas avec un groupe d’amis dans la salle commune, une de ses agréables rencontres qui constitue une occasion pas si courante de découvrir d’autres métiers, d’autres parcours, mais aussi souvent des points communs inattendus, ainsi que d’amusantes convergences de pensée. Mes compagnons se couchent tôt, contrairement à moi qui aime bouquiner le soir, et qui ai repéré un sympathique salon-bibliothèque derrière la salle à manger, garni de belles cartes des Cévennes et de lectures intéressantes. Et puis je ne suis pas seul : le chat du camping avec lequel j’avais sympathisé quelques heures plus tôt est venu me tenir compagnie et dort tranquillement sur mes genoux. Quel bonheur plus simple que celui d’une bonne lecture sur un confortable canapé, bercée par le doux ronron du félin.


De Cassagnas à Saint-Jean-du-Gard : d’une vallée des Cévennes à l’autre par les cols

Réveillé juste assez tôt pour saluer le départ (bien matinal à mon goût) de mes camarades de la veille, je me vois encore bien retardé par un long papotage avec deux nouveaux arrivants, un couple de jeunes parisiens arrivés en stop suite à une malheureuse blessure, qui les empêchent de poursuivre le chemin à pied. Après avoir longuement discuté tout en déplaçant stratégiquement mon linge mouillé afin de capter les quelques rayons de soleil, je finis par me remettre en route aux alentours de midi pour une étape d’une quinzaine de kilomètres qui doit m’amener de l’autre côté de la ligne de partage des eaux, de la vallée de la Mimente à la vallée Borgne. Les trois heures de montée qui me mèneront jusqu’au col seront solitaires, mais agréables sous le couvert des sapins et châtaigniers qui me protègent d’un soleil qui tape maintenant assez fort en ce début d’après-midi. Je pique-nique à un superbe belvédère quelque part avant le col principal, et avant la redescente vers Saint-Germain-de-Calberte, mon objectif de la journée, où j’ai repéré la présence d’un camping.

Panorama sur les Cévennes
Panorama sur les Cévennes depuis le magnifique col de l’Homme mort

Pendant ma longue pause au niveau de ce magnifique balcon sur les Cévennes, face au mont Aigoual, je suis rejoint par des groupes de randonneurs partis ce matin de Florac (et qui semblent faire des étapes un peu plus conséquentes que les miennes.. !). Pendant qu’ils soufflent et boivent un coup, on discute un peu, et je me joins finalement à eux pour la suite du chemin. Le groupe est hétéroclite : un jeune homme travaillant dans l’industrie et son oncle (très en forme) qui l’accompagne, un jeune retraité ancien rugbyman en forme olympique, et une jeune femme de mon âge, prof de Yoga, qui a déjà fait plusieurs morceaux de Compostelle. Une joyeuse bande d’inconnus qui se sont agglomérés au fil de la rando, comme cela arrive si fréquemment sur ces sentiers. Je mémorise moins les paysages de la descente, au milieu de belles forêts de châtaigniers, très mobilisé par diverses discussions avec les différents membres du groupe. Un peu plus loin, nous rejoignons une autre randonneuse qui marche d’un pas tranquille : Muriel, qui travaille, comme moi, dans le domaine de la solidarité sociale, et avec qui on discute toute la fin du trajet.

Arrivé à Saint-Germain-Calberte dans la belle lumière de la fin d’après-midi (l’heure de l’apéro.. !), et après avoir faite quelques courses pour le repas du soir, toute la bande part s’installer sur l’attirante terrasse du café du centre de ce beau village cévenol, où l’on retrouve d’autres randonneurs qui m’ont doublé plus tôt dans la journée. Après quelques verres bien mérités, pendant que certains rejoignent leurs gîtes et qu’on se redonne rendez-vous pour le soir, nous descendons avec Muriel au petit camping où nous attendent de petits emplacements bien ombragés, et où certains profitent même de la piscine non-chauffée. Un petit repas à la frontale, faute d’avoir trouvé l’interrupteur de la lumière extérieure (qui peut-être n’existait tout simplement pas), et on remonte (via 200 m de dénivelé qu’on sent quand même passer) au village repartager un verre avec les autres et établir le programme du lendemain, qui n’était pour ma part pas vraiment établi. Je décide de poursuivre avec la bande qui envisage ce qui me semble être une grosse étape par Saint-Étienne-Vallée-Française jusqu’à Saint-Jean-du-Gard, 25 kilomètres qui me semblent être la limite de mes capacités journalières après ces sept jours de marche et mes articulations non-habituées, qui commencent à me manifester leurs limites. Mais la météo prévoit plus de 25° le lendemain (ce dont on ne va certainement pas se plaindre.. !) et l’idée d’avaler des kilomètres dans la matinée avant la chaleur de l’après-midi me semble relativement pertinente ; aussi je me cale sur le groupe et règle mon réveil (arghh) sur 6h et demie.

Après un réveil cette fois plutôt matinal et un petit café qui réveille au bar du village, nous nous mettons tous en route et attaquons la descente vers Saint-Germain-de-Calberte, dans l’agréable douceur ensoleillée de cette belle matinée. Si mes fréquentes pauses photographiques et géocaching finissent par me faire perdre le groupe, je les rejoins au niveau du Gardon de Saint-Croix, du nom d’une de ces rivières du même nom (Gardon de Saint-Martin, Gardon de Sainte-Croix, Gardon de Saint-Jean,…) qui descendent des principales vallées cévenoles et se rejoignent pour former le Gardon d’Anduze ; qui rejoint lui-même un peu plus loin le Gardon d’Alès pour former le Gard, qui passe dans la région des Garrigues sous le célèbre pont romain du même nom. Autant de rivières connues pour les inondations qu’elles génèrent, lors des fameux « épisodes cévenols », ces gros orages stationnaires dont je vous ai parlé dans la partie I, qui arrosent goulument les pentes escarpées des vallées cévenoles et y transforment les ruisseaux en torrents.

Carte des vallées des Cévennes
Une jolie perspective des vallées cévenoles, vues depuis le sud-est

Carte en relief des vallées cévenoles exposée à la Maison du Parc national des Cévennes de Florac
Une autre belle carte en relief des vallées cévenoles, que l’on peut admirer à la Maison du parc national des Cévennes à Florac !

Les Cévennes, entre Causses et garrigues (carte issue de l'ouvrage L'Atlas des Camisards)
Comme on dit : jamais deux sans trois : une dernière belle carte des Cévennes issue du remarquable ouvrages l’Atlas des Camisards. On y voit bien la géographie particulière des Cévennes, avec leurs vallées parallèles orientées nord-ouest/sud-est et leur principe d’entonnoir (avec tous les Gardons qui se rejoignent pour former le Gard), ainsi que plus globalement la région d’interface et de transition que constitue les Cévennes entre la plaine languedocienne (« basses terres ») et les Grands Causses (« hautes terres »). C’est en particulier cette géographie qui y explique le développement du système agropastoral !

Une belle ancienne ferme des Cévennes
La ferme cévenole dans toute sa splendeur : sur sa pente, au milieu des châtaigniers

Les petits coquins n’ont pas perdu leur temps : je les retrouve en train de barboter dans les belles eaux translucides de la rivière, où je file les rejoindre. Bien que fraîche, la baignade est délicieuse, après la bonne marche de la matinée et la chaleur montante. Le temps d’un pique-nique rapide, et nous quittons le bord de route que nous longions depuis quelques kilomètres pour une nouvelle ascension dans la montagne cévenole, où nous devons rejoindre le col Saint-Pierre – où passe la connue route de la Corniche des Cévennes – avant 7 km de redescente jusqu’à Saint-Jean-du-Gard. N’arrivant pas à suivre le rythme conséquent de nos camarades plus âgés (la forme de la jeunesse), on avance plus tranquillement derrière avec Carole, originaire (je suis jaloux) de la belle région du Ventoux que je connais un peu, discutant de tout et de rien.

Après environ deux heures de bonne montée au milieu du schiste et des châtaigniers, on arrive enfin au col, et je m’interroge sur ce que je dois faire. Mes genoux sont en effet en train de me lâcher. Qui plus est, j’ai mal anticipé les besoins de cette (très) chaude journée, et faute de point de ravitaillement, je suis proche d’avoir complètement épuisé mes réserves d’eau, indispensables à la poursuite. Qui plus est, grâce à l’application Géocaching, j’ai appris l’existence d’un superbe point de vue juste au-dessus du col, à environ 20 min de marche. Etant également quasi à court de batterie, je laisse Carole qui part rejoindre le groupe qui s’apprête à se remettre en route un peu après le col, et tente ma chance auprès d’un couple de hollandais à vélo posés au bord de la route. Il me dépanne gentiment un peu de recharge pour mon téléphone et on papote un peu. Ils suivent la route de la corniche en direction des causses, dans le cadre d’un remarquable road-trip à vélo qui doit les amener jusqu’en Espagne, ce qui ne manque pas de me laisser rêveur devant ce beau voyage.

Mon portable un peu rechargé et armé de mes ultimes centilitres d’eau, je monte jusqu’au point de vue, un peu harassé et mes genoux à bout, mais sans regretter le voyage. En effet, en haut de ce sommet caillouteux, m’attend un panorama grandiose sur les Cévennes, du mont Aigoual au mont Lozère, avec une vue magnifique sur les vallées cévenoles traversées la veille et l’avant-veille. Dans l’autre direction, vers l’est et le sud, je suis même agréablement surpris d’apercevoir le mont Ventoux, bien reconnaissable dans l’horizon bien dégagé. Si je ne trouverai jamais la géocache, je ne peux que me réjouir de ce détour bienvenu, qui m’a offert un panorama imperceptible depuis le sentier.

Panorama sur les Cévennes depuis la montagne de Saint-Pierre
Au fond à gauche : le mont Aigoual, plus haut sommet des Cévennes après le mont Lozère (1 567 m) !

Panorama sur les Cévennes depuis la montagne de Saint-Pierre
Dans le lointain à gauche, à près de 100 km de là : le sommet pelé du mont Ventoux !

Après avoir bu la beauté des paysages tout mon saoul, je me traîne jusqu’à la route, où je suis pris en stop par la première voiture. Les 7 kilomètres de descente sur la caillasse avec mes genoux flingués me semblent en effet une assez mauvaise idée, et je profite de la présence de la route pour m’épargner les dernières kilomètres et me faire magiquement transporter jusqu’à Saint-Jean-du-Gard, où je rejoins les copains attablés autour d’une bonne boisson rafraichissante, non sans avoir reçu quelques bons conseils sur les crèmes qu’il convient d’acheter à la pharmacie pour soulager mes articulations douloureuses.

Il est désormais clair pour moi que Stevenson s’arrête ici, et que je ne pourrai pas rejoindre Alès à pied via l’ultime étape du lendemain. Nous nous disons au revoir avec les camarades qui poursuivent le lendemain, et nous partons avec les restants poser notre barda à un des bivouacs choisi arbitrairement parmi les différents campings de Saint-Jean-du-Gard. Non sans avoir profité d’une ultime baignade collective dans le gardon de Saint-Jean, face au magnifique vieux pont de la ville, dans des eaux un peu vaseuses mais ô combien bienvenues après cette chaude après-midi. Mais l’aventure ne se termine pas là, et le camping de Saint-Jean-du-Gard réserve encore quelques surprises…


Supplément Gardois : le train à vapeur des Cévennes, la bambouseraie d’Anduze, et le musée des vallées cévenoles

Après avoir monté nos tentes, nous partons nous poser à la terrasse du resto du camping, où deux visages me semblent familiers. Ce ne sont autres que le couple des jeunes parisiens rencontrés au camping de Cassagnas deux jours plus tôt, qui sont venus en voiture jusqu’ici pour visiter un peu la région, à défaut d’avoir pu finir la randonnée (la tristitude…). C’est aussi plus ou moins mon planning, n’ayant prévu de rentrer dans mon Paris de résidence que le surlendemain. Amusant hasard de plus, leur emplacement est voisin du nôtre avec Muriel et Stéphanie – une autre randonneuse avec qui j’avais partagé le repas du soir au même camping de Cassagnas, et que j’avais retrouvé par hasard au bar où s’étaient installés mes camarades de route quelques heures plus tôt, et qui cherchait aussi un camping… (tous les chemins mènent à Saint-Jean-du-Gard… !)

On discute le soir des possibilités de visites du lendemain autour de Saint-Jean-du-Gard, prévues sous une nouvelle belle météo. Les copains avaient envie de faire le train à vapeur des Cévennes, qui comme son nom l’indique est un petit train à vapeur aujourd’hui touristique reliant Saint-Jean-du-Gard à Anduze, le long de la vallée du gardon du même nom. Etant un grand amateur de train et n’ayant encore jamais eu l’occasion de rouler sur un vrai train à vapeur, l’idée me botte pas mal. J’avais idée initialement de mon côté d’aller voir le musée des vallées cévenoles, dédié à l’histoire de la région, et installé dans le beau bâtiment d’une ancienne filature (la « Maison Rouge »). On a également entendu parler d’une grande bambouseraie aménagée à la fin du XIXe siècle par un riche passionné, où le train à vapeur des Cévennes fait un arrêt avant Anduze. Le programme semble tout établi.

Vendredi 24 septembre. Réveil sous un temps merveilleux pour le parisien que je suis. Muriel et Stéphanie sont déjà parties, tôt : elles avaient une bonne marche à faire aujourd’hui pour l’ultime étape jusqu’à Alès, qu’il valait effectivement mieux avancer la matinée au vu des presque 30° annoncé pour l’après-midi. Définitivement sorti de la grande randonnée, notre groupe de parisiens se rend quant à lui à la petite gare du train à vapeur, de l’autre côté du Gardon. Une foule se presse à la billetterie – on se croirait en pleine saison. On parvient quand même à acheter nos billets et on part se placer dans un des wagons ouverts, histoire de bénéficier du maximum de vue sur le joli paysage qui s’annonce. Le voyage est fort plaisant, sous un temps radieux, légèrement embrumé par la vapeur de la locomotive, qui cahote joyeusement entre les petites montagnes de la vallée, direction Anduze.

L’arrivée sur Anduze est magnifique : un long pont métallique enjambant la rivière entre deux montagnes, puis un long tunnel, débouchant directement sur la petite gare. La ville également est très jolie, avec un beau centre historique offrant quelques détails amusants, comme cette fontaine dont l’architecture rappelle davantage l’Alsace que le Languedoc. On profite d’un petit pique-nique ensoleillé au bord du Gardon, avant de reprendre le train pour la bambouseraie.

Train à vapeur des Cévennes
Le beau viaduc avant l’arrivée sur Anduze (derrière le train à gauche)

Une petite vidéo pour vous restituer un peu l’ambiance… ! 🚂🚂🚂🏞

Autre prise, cette fois depuis l’arrière du train… ! 🚂🚃🚃🚃🎥

La bambouseraie reste également un bon souvenir. Si je l’ai trouvée un peu trop aseptisée à mon goût, les bambous sont tout simplement incroyables, épais comme une main, et hauts comme de vrais arbres. Des beaux arbres, il y en avait également : plusieurs magnifiques séquoias, se dressant fièrement au milieu des massifs de bambous, et offrant ainsi un curieux mélange d’Amérique et d’Asie dans cette campagne gardoise. Après la flore, la faune singulière nous attend également sur le quai : une superbe mante religieuse (je n’en avais jamais vu d’aussi près.. !) semble également attendre tranquillement le train près d’un des bancs. Nos regards semblent déranger sa quiétude.

Fascinant petit animal… !

Après la dernière nuit avant le grand retour, nous passons notre dernière matinée au sympathique musée des vallées cévenoles, qui dispose de très, très belles collections d’objets ayant trait à la vie ancestrale dans les Cévennes : culture du châtaignier bien sûr, aménagement des terrasses, agropastoralisme millénaire, construction des maisons en lauze, mais également une chose que j’ignorais : la très florissante industrie de la soie cévenole, qui connut son âge d’or au XIXe siècle avant de dépérir – le site même du musée témoignant de cette ancienne richesse perdue…

Le musée des vallées cévenoles (et la Maison Rouge – l’ancienne filature à soie dans laquelle le musée est aménagé) : vraiment un lieu à visiter à l’occasion de votre étape à Saint-Jean-du-Gard, pour apprendre la riche histoire de la sériciculture (le terme désignant toutes les activités liées à l’industrie de la soie), et plus globalement l’histoire longue et tourmentée des Cévennes et de la vie traditionnelle dans ces vallées et montagnes de schiste !

Cela aura été une belle façon de terminer le voyage et de refermer la page. Quitter la douceur de vie du Languedoc pour retourner à Paris se fera un peu à contrecœur, mais toutes les bonnes choses ont une fin. Et puis je suis loin d’être malheureux : quelques semaines plus tard, je dois redescendre à Marseille prendre le ferry pour une croisière en voilier d’une semaine le long de la côte ouest de la Corse. Encore une première pour moi. Mais c’est une autre histoire…


Pour aller plus loin… (dans les Cévennes faire le chemin de Stevenson, par exemple ?) 🏕🏞

La première chose à dire sur le GR 70, c’est que c’est vraiment une randonnée très accessible. Sur la portion que j’ai eu l’occasion de réaliser (la moitié sud), le sentier ne présente que très peu – voire pas du tout – de passages techniques. On est très loin du GR20 : les montées sont rarement raides, et très souvent suivies de passages assez plats qui permettent de se reposer. Le sentier est large et très bien balisé. La principale difficulté repose de mon point de vue sur sa longueur cumulée, et le fait de marcher 270 kilomètres en 10 à 15 jours, selon le rythme adopté.

Plan du chemin de Stevenson (GR®70)
Petit rappel du tracé du GR®70 (à zoomer !)

Si la contrainte de l’hébergement est évidemment fluctuante selon la saison envisagée (beaucoup de monde l’été et peu d’hébergement ouverts l’hiver), de nombreuses étapes comptent un camping où il semble rare de ne pas avoir du tout de places, et des dizaines de gîtes et chambres d’hôtes jalonnent le sentier, qui reste très fréquenté en saison. Certains campings sont très bien équipés et très agréables pour séjourner (je recommande particulièrement à ce titre celui de Finiels, avec sa salle commune où chacun peut manger et se faire un bon feu, et sa très riche bibliothèque).

MiamMiamDodo du Chemin de Stevenson
Je suis également trop fan du concept du titre… !

De nombreux guides de la randonnée existent, mais deux sont énormément utilisés : celui de la Fédération Française de Randonnée (plus orienté je trouve détails historiques), et le MiamMiamDodo, que j’ai trouvé génial pour effectuer la rando en autonomie : on y trouve en effet, section par section, toutes les infos utiles dont on peut avoir besoin : la cartographie détaillée des sentiers, les distances et temps de parcours approximatifs de point en point, les équipements à proximité (supermarchés, restaus, cafés, campings, gîtes, etc.) avec leurs horaires et leurs téléphones, les points d’eau,… Vraiment une petite bible du randonneur en autonomie sur Stevenson.

Pour ceux qui en ont le temps et la possibilité, je recommande également chaudement le musée des vallées cévenoles de Saint-Jean-du-Gard, qui offre une mine d’informations sur la région traversée : son histoire (notamment celle des Camisards), son architecture, sa géographie, ses traditions,… Les amateurs de train passeront également un bon moment dans le train à vapeur des Cévennes, qui plaira également beaucoup à ceux qui feront le voyage avec leurs enfants (ce qui est tout à fait possible sur cette randonnée – beaucoup le font avec un âne.. !). Profitez également du passage à Florac pour aller visiter la maison du parc national des Cévennes, qui dispose de très belles cartes et collections de photographies sur les Cévennes et la Lozère. Quant aux amateurs de géocaching, ils trouveront bon nombre de sympathiques cachettes laissées pour beaucoup par de précédents randonneurs tout le long du chemin, parfois au prix d’un petit détour.

Mon petit exemplaire perso de Voyage avec un âne dans les Cévennes (dont j’adore la couverture.. !)

Pour les amateurs de lectures, avant d’entreprendre le voyage, je ne peux également que recommander la lecture du livre de Stevenson (c’est quand même le point de départ de toute cette affaire.. !), qui reste un sympathique carnet de voyage à dimension historique. A l’exception de quelques parties écrites postérieurement à sa randonnée – principalement celles historiques nécessitant la consultation de sources – le récit de Voyage avec un âne dans les Cévennes, publié en juin 1879 par Stevenson, a en effet été rédigé par Stevenson directement durant son voyage. L’écrivain s’astreignait en effet à écrire au fur et à mesure de ses étapes dans un journal. Chaque matin, il rédigeait ainsi le récit de sa journée précédente avant de prendre la route pour une nouvelle étape, ce qui parfois, lorsque l’inspiration lui faisait défaut, lui valut quelques départs tardifs. C’est un livre très agréable à lire, un carnet de voyage bourré d’histoire et d’anecdotes sympathiques, qu’il reste ainsi très intéressant de lire avant de réaliser la randonnée sur le GR 70.

Enfin, si vous souhaitez en savoir plus sur l’histoire de cette région des Grands Causses et des Cévennes, n’hésitez pas à consulter mon article dédié à l’histoire de l’agropastoralisme sur ces territoires (également très riche en belles photographies de la région). Du Néolithique à l’ère industrielle, en passant par les Romains et les moines templiers, les paysages des hautes terres du Languedoc témoignent en effet de millénaires de pratique de l’agropastoralisme. À l’échelle des Grands Causses comme des vallées cévenoles, ce sont ainsi plus de 5 000 ans de pratiques agropastorales successives qui ont façonné les paysages de ces territoires de sud du Massif central. Aujourd’hui classés à l’UNESCO et préservés par le remarquable travail du parc national des Cévennes, ces grandioses paysages culturels constituent aujourd’hui les témoins vivants tant du génie local de l’adaptation humaine, que d’un certain (et bien rare) équilibre et harmonie entre l’Homme et son environnement !

La seconde partie de mon gros article sur l’histoire de l’agropastoralisme dans la région est justement consacré à la présentation et à la découverte de ces superbes paysages agropastoraux caussenards et cévenols !

Espérant vous avoir donné envie de réaliser ce beau voyage (ou peut-être vous avoir rappelé quelques bons souvenirs…), je reste bien entendu à votre écoute dans l’espace commentaire pour toute question, précision ou demande de conseil concernant la randonnée.

Vraiment, n’hésitez pas, et sinon, à bientôt dans un prochain article ! 😉

Et sinon, pour les amateurs d’un petit « rab » de mont Lozère : mon photoreportage sur le cham des Bondons !

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Cet article a 2 commentaires

  1. Malaval A.

    Votre reportage est un régal !!! , en tous points !!! Cévenole d’origine, j’ai redécouvert grâce à vous cette région que j’adore !! MERCI MERCI !!

  2. Collet Isabelle

    Votre récit est très agréable à lire, instructif.
    Vos photos laissent entrevoir des paysages magnifiques. Vous donnez bien l’envie de faire cette belle randonnée. Merci !

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